MUSIQUE

Encore des voix de femmes. Mais pas n’importe lesquelles ! Voici le grand retour de Joni Mitchell et de Loreena McKennitt, superstars canadiennes que l’on croyait retraitées. Émouvantes retrouvailles…

Ne tuons pas la beauté du monde
Joni Mitchell / Shine Hear Music/Universal
C’est grâce à un coucher de soleil sur le Pacifique que la grande Joni Mitchell s’est remise au piano après 10 ans de silence discographique. Ce soir-là, un grand ours brun est venu fourrer son museau dans ses poubelles pendant qu’elle composait paisiblement « One Week Last Summer », musique inspirante d’un ballet muet qui se veut une ode à la beauté de cette bonne vieille planète. Les neuf chansons suivantes constituent les autres couplets de cet hymne à la Terre, véritable cri de conscience écologique et politique. Dommage que personne n’ait osé dissuader Joni Mitchell de tout faire elle-même avec des boîtes à rythmes et des claviers électroniques démodés. De grandes chansons, donc, mais dans des habits étranges, enrobées de guitares hawaïennes et des envolées d’un saxophoniste soprano qui semble imiter Wayne Shorter dans « Mingus », de la même Joni jadis. Heureusement, de vieux complices, Larry Klein et Brian Blade, apportent aussi leur touche, et on termine en force et en beauté par « If », de Rudyard Kipling.

Cliquez ici pour écouter un extrait de la pièce « Night of the Iguana ».

Portrait de groupe avec dames
Herbie Hancock / River (The Joni Letters) Verve/Universal
Depuis 50 ans qu’il sévit, le pianiste et jazzman américain Herbie Hancock a toujours aimé les défis. Pour cet hommage à la musique délicate et complexe de Joni Mitchell, il place encore une fois la barre haut. Wayne Shorter au sax est plus grand que nature, le Togolais Lionel Loueke est sans doute le guitariste le plus intéressant du moment, et les chanteuses Norah Jones, Tina Turner et Corinne Bailey Rae sont superbes dans les rôles inattendus que Hancock leur confie. Joni elle-même est sublime, le temps d’une apparition. Tantôt sinueux, tantôt limpide, ce travail d’orfèvre reste bien plus fort et plus profond que la compilation A Tribute to Joni Mitchell, lancée plus tôt cette année.

Souvenirs de l’Alhambra
Loreena McKennitt / Nights From the Alhambra Quinland Road/Universal
Si vous êtes de ceux qui reconnaissent le grand talent de la rousse McKennitt sans avoir jamais vu l’intégralité d’un de ses concerts, ce coffret est pour vous. Si vous êtes déjà un admirateur, alors ce trésor dans un écrin est indispensable ! Enregistré devant public dans le magnifique décor de l’Espagne médiévale et mauresque, ce double compact est assorti d’un DVD qui restitue toute la splendeur de cette musique aux accents parfois touchants, parfois un tantinet grandiloquents. Mais des racines celtiques les plus authentiques jusqu’aux frontières du désert, l’expérience de Loreena est ici « documentée » sous tous ses aspects.

Cliquez ici pour écouter un extrait de la pièce « Caravanserai ».

 

CLASSIQUE

par Véronique Robert

Les Troyens sur DVD Hector Berlioz / Les Troyens. Tatiana Troyanos, Jessye Norman, Plácido Domingo, Allan Monk, Paul Plishka. Orchestre, chœur et ballet du Metropolitan Opera, dir. James Levine. Coffret de deux DVD. Deutsche Grammophon 00440 073 4310.
Rares sont les maisons d’opéra qui ont les moyens de monter l’intégrale des Troyens, de Berlioz : quatre heures de musique et beaucoup, beaucoup de monde dans le décor pas précisément léger de la guerre de Troie. En regardant ce document, qui reprend la réalisation historique du Metropolitan Opera en 1983, on a intérêt à fermer les yeux sur une mise en scène statico-kitsch qui flirte à certains moments avec le ridicule. Et à ouvrir grand les oreilles pour déguster les prestations inoubliables d’une distribution stellaire : Jessye Norman, qui fait ses débuts au Met dans le rôle de Cassandre ; Tatiana Troyanos, dont chaque enregistrement est précieux, car la regrettée mezzo, qui interprète ici une Didon bouleversante, a peu enregistré ; et Plácido Domingo, trop conscient de son talent et de son charme pour rendre de manière convaincante les tourments d’Énée, mais qui éblouit néanmoins.

Constantinople au Mexique
Terra Nostra / Musique baroque et traditionnelle mexicaine et espagnole. Ensemble Constantinople, avec les invités José Angel Gutierrez (requinto, voix) et Teresita de Jesús Islas (jarana, voix). ATMA ACD2 2567.
Irrésistibles, ces « accommodements » musicaux offerts par Constantinople, fondé à Montréal par deux spécialistes de la musique perse, aussi versés dans le répertoire historique du bassin méditerranéen. Cette fois, cap sur les Caraïbes, pour fouiller les influences espagnole, portugaise, gitane, indienne et africaine sur la musique traditionnelle du Mexique.

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