MUSIQUE

Trois teintes de blues assez profondes dans des registres et des contextes complètement différents. Faites votre choix…

CAT A DU CHIEN
Cat Power / Jukebox Matador/Universal
Tout le monde parle d’Amy Winehouse. Pourtant, des interprètes féminines qui ont de la personnalité et qui persistent, envers et contre tout, il y en a quelques-unes. L’Américaine Chan Marshall, alias Cat Power, est de cette trempe. Elle a séduit la critique ces dernières années en faisant curieusement alterner des recueils de créations originales et des collections de chansons connues, comme dans ce singulier Jukebox. Se frotter à des titres transcendés jadis par Billie Holiday, Janis Joplin et Joni Mitchell est un peu suicidaire. Mais avec culot, Chan les dépossède de leurs mélodies pour mieux se vautrer dans les textes et les caresser avec cette langueur monotone et cette gueule d’atmosphère qui la caractérisent. Accompagnée par un quatuor désinvolte, le Dirty Delta Blues Band, au jeu dépouillé et à l’allure très sixties, la dame se promène, lascive, aux frontières du country, de la soul, du jazz et du blues. Qu’on l’apprivoise ou qu’on la rejette, cette femme a du chien.
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TRIO D’OCCASION
Paolo Fresu, Richard Galliano et Jan Lundgren / Mare Nostrum Act/Fusion III
Que font ensemble un Italien, un Français et un Suédois ? De la musique exquise, figurez-vous ! Au départ, il s’agit déjà d’un trio instrumental assez rare — accordéon, trompette et piano —, d’emblée très mélodique. À part une pièce de Ravel, un standard de Trenet et une bossa romantique de Jobim, ces trois super-pointures offrent une douzaine de leurs compositions. C’est léger, aérien ; c’est du jazz européen avec, de temps à autre, des accents méditerranéens. Les trois compères échappent élégamment au concours de virtuosité et préservent leur musique feutrée sans verser dans la mièvrerie. Et puis, on joue pour le plaisir. Ça s’entend.
Cliquez ici pour écouter « Que reste-t-il de nos amours »

BLUE RAY
Ray Bonneville / Goin’ By Feel Red House
Méconnu dans son Canada natal, Ray Bonneville est un chanteur-guitariste sobre mais drôlement solide, qui livre ici son sixième album, pas piqué des vers. Vous laisserez jouer une fois, puis deux, puis trois fois le blues terrien, paresseux, de cet artiste mûr dont la voix évoque celle de Bob Dylan. Comme l’indique le titre, Goin’ by Feel, tout est ici question de feeling… Et tout s’harmonise à la perfection, même le banjo et l’harmonica.

CLASSIQUE
Véronique Robert

BRENDEL POUR MÉMOIRE
Ludwig Van Beethoven / Intégrale des Concertos pour piano (1-5). Alfred Brendel, piano ; Chicago Symphony Orchestra, dir. James Levine. Coffret de 3 CD. Philips 470 938-2.
Les pianistes Alfred Brendel et le regretté Torontois Glenn Gould ont en commun une vaste culture, un intérêt pour d’autres formes d’art que la musique — Brendel manie le pinceau et est poète à ses heures — ainsi qu’un humour acéré. Mais au contraire de Gould, qui a rapidement préféré le studio d’enregistrement à la salle de concerts, Brendel croit aux vertus du direct. Le maître autrichien de 77 ans a donné avec l’Orchestre symphonique de Montréal, en février, son dernier concert au Québec, à l’occasion de sa tournée d’adieu. Il laisse dans nos mémoires un impérissable Troisième concerto pour piano de Beethoven. Il a enregistré les cinq concertos du compositeur plusieurs fois, et ce coffret de trois CD, qui restitue ses prestations en direct avec l’Orchestre symphonique de Chicago en 1983, nous fait partager les convictions de Brendel à l’égard du concert devant public. Le son n’est pas idéal — le numérique en était à ses premiers balbutiements —, mais le célèbre équilibre émotion-intellect de cet interprète hors pair vaut le détour.

LA CRÈME DES CHANTEURS
Piotr Ilitch Tchaïkovski / Eugène Onéguine. Renée Fleming, soprano ; Dmitri Hvorostovsky, baryton ; Ramón Vargas, ténor. Metropolitan Opera Orchestra, dir. Valery Gergiev. 2 DVD. Decca 0743248.
Incontournable, cette réalisation du chef-d’œuvre lyrique de Tchaïkovski, présentée en 2007 au Metropolitan Opera. Le chef russe Valery Gergiev signe une interprétation bouleversante, pour ne rien dire de Hvorostovsky et, surtout, de Renée Fleming. Sa voix reste de velours même dans les scènes dramatiques, où la chanteuse se double d’une actrice convaincante. Du gâteau !

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