Musique – 1er janvier 2009

Ce sont des hommes de parole, des auteurs avant tout. Voici des parutions récentes dans lesquelles le poids des mots garantit le choc dans le coco.

Malik au paradis
Abd al malik / Dante Maisonnette/Select

La musique, sur ce nouvel opus de l’audacieux poète Malik, paraît plus convenue, plus proche d’une tradition de la grande chanson française que celle de son album de 2007 (l’époustouflant Gibraltar). Pourtant, la recette n’en est pas moins explosive — surtout dans la mesure où les mots, percutants, atteignent tous leur cible. Les musiciens de jazz nouvelle tendance qui l’accompagnaient sur scène se sont joints au jeune auteur d’origine congolaise sur quelques morceaux, mais c’est le vieux Gérard Jouannest (75 ans), l’indéfectible pianiste de Brel, qui occupe la plus grande place. L’épouse de ce dernier (Juliette Gréco, ce monstre sacré) se fait même slameuse d’élite en duo dans « Roméo et Juliette ». La doyenne vient légitimer le genre, secouant du même coup les préjugés qui voulaient que le slam francophone — issu de l’Amérique révoltée du spoken word et des poètes perdus — soit plutôt un consanguin du rap, n’ayant pas sa place à l’académie des bien-pensants. Présents aussi pour appuyer les textes puissants débités par l’écrivain musulman, l’orchestrateur Alain Goraguer — qui a dirigé tous les violons de la « qualité France », d’Adamo à Jean Ferrat —, Serge Reggiani, échantillonné dans « Le Marseillais », et le grand Nougaro, qui doit trépigner de bonheur dans sa tombe pendant les cinq minutes de ce « Paris mais » qui lui est dédié. Colossal !

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La carrière Miron
Artistes variés / Douze hommes rapaillés Spectra/Select

Si Gaston Miron reste le chef de file incontournable des poètes québécois contemporains, il n’a pas l’aura d’un intouchable. On le considère plutôt comme un proche, un ami vulnérable. Et si le travail de ses admirateurs Gilles Bélanger et Chloé Sainte-Marie l’a déjà fait passer sans effort de la prose au refrain qu’on chantonne, cet album-hommage, avec ses 12 voix masculines, l’amène au nirvana avec la même aisance qu’une marche jusqu’au dépanneur du coin. Le seul ennui (ironiquement !), c’est qu’au fil des écoutes on se surprend à préférer, par exemple, Perreau ou Corcoran à Daniel Lavoie ou à Louis-Jean Cormier. À propos, Cormier mérite encore un sacré coup de chapeau en tant que réalisateur, car il a assemblé le tout et mis en contexte les mots de Miron, 12 ans après sa disparition, dans un décor sonore actuel, sans fard et sans faute de goût. Tout un investissement !

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Le poète est dans la ruelle
Thomas Hellman / Prêt, partez Spectra/Select

Son premier album de folk urbain aux accents presque blues semblait avoir été écrit sur le coin d’une table de bar dans au cours de nuits enfumées, sous l’effet d’un mauvais alcool. Pourtant, L’appartement a valu tous les honneurs à ce Franco-Texan devenu québécois. Thomas Hellman a étudié Samuel Beckett, chante les mâchoires serrées et est souvent comparé à nul autre que le grand Jacques. Voici donc le nouveau tome tant attendu, et il faut dire que tout réussit à l’auteur-compositeur-interprète. L’allant, le verbe, une gueule d’atmosphère et l’homogénéité due, entre autres, au fait que tous les instruments à cordes y sont joués par Hellman lui-même, Erick West Millette et Olaf Gundel, qui signe également la réalisation.

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Karina Regina
Handel Arias / Airs d’oratorios et scènes dramatiques tirés d’oeuvres de George Frideric Handel. Karina Gauvin, soprano ; Tempo Rubato, dir. Alexander Weimann. ATMA ACD2 2589.

Aucun doute possible : Karina Gauvin trône au sommet de son art. La soprano montréalaise s’illustre dans plusieurs répertoires, mais ses atomes avec Handel sont particulièrement crochus. Cette musique exigeante souligne la polyvalence de sa palette expressive et la luminosité de sa voix, qui coule de source. Passons sur la technique faramineuse — trilles insurpassables, vocalises calibrées au nanomètre, souffle olympique, pianissimi irréels. Ce qui séduit avant tout est l’engagement total et l’intelligence de cette artiste qui comprend — mieux, qui habite — les textes qu’elle chante : chaque note, chaque phrase a un sens qui frappe même l’auditeur non averti. D’où, aussi, un art inégalé de l’ornementation baroque, d’un goût exquis. Devant l’éclat des airs du Messie, les roucoulades de Sweet bird, la tristesse chavirante de Lascia chi’o pianga ou la douceur de Oh sleep, on se prosterne. À noter l’excellence de l’ensemble instrumental, réunissant plusieurs spécialistes du baroque, dirigé avec vivacité par le très attentif Alexander Weimann.

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Léopold Mozart réhabilité
Léopold Mozart / Cinq symphonies. Toronto Chamber Orchestra, dir. Kevin Mallon. Naxos 8.570499.

La réputation du père de l’autre a souffert du succès de sa Symphonie des jouets, charmante mais plutôt rudimentaire. On l’entend ici, mais l’intérêt de ce disque réside dans les autres symphonies, moins connues, où se dévoile une écriture évoquant les jeunes années de son célèbre fils, à qui on a longtemps attribué plusieurs de ces pages. On constate que cela n’avait rien de déshonorant.

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