Musique – 1er novembre 2008

Voici trois femmes aux fortunes diverses, dont l’entêtement est la première vertu, et qui revendiquent le même droit d’exercer leur art malgré les contraintes d’un métier de jour…

Omara, pleine de grâce…
Omara Portuondo / Gracias Nonesuch/Warner
Environ 10 ans après la sortie du film de Wim Wenders et celle du fameux disque que l’on doit à Ry Cooder, il ne reste plus grand monde au Buena Vista Social Club. Seule vedette féminine de la célèbre coalition cubaine : Omara Portuondo, 78 ans. L’ex-grande dame de la chanson de La Havane a enregistré un énième album dans sa ville natale, mais voilà que ce dernier prend l’allure d’un véritable testament. Certes, on retrouve sur le disque le thème récurrent de la vieillesse, des regrets, des mercis, de ces bonheurs qu’on se remémore au crépuscule de sa vie. Mais Gracias n’est pas que tristesse. Des invités-surprises y ont aussi participé : le Camerounais Richard Bona, qui réinvente le classique « Drume Negrita », et le Brésilien Chico Buarque, qui a accepté de chanter avec Omara l’immortelle « O que sera », dont il est le créateur. Cet album moderne et dépouillé doit sa réussite à deux jeunes producteurs, Alê Siqueria et Swami Jr, ainsi qu’à une poignée de superbes musiciens. Avishai Cohen à la contrebasse, Trilok Gurtu aux percussions et Roberto Fonseca au piano se font infiniment discrets pour accompagner la diva, lui permettant d’exprimer toute l’émotion dont elle est capable. R.B.

Cliquez ici pour écouter « Gracias ».

Vieux amis, vieilles pantoufles
Susie Arioli Featuring Jordan Officer / Night Lights Spectra / Select
Le couple Susie Arioli et Jordan Officer aura passé 10 ans chez Justin Time. L’étiquette montréalaise, qui a lancé Diana Krall, a fait quatre albums avec eux et en a vendu plus de 100 000 exemplaires. Après l’épisode inattendu du disque consacré à la chanson country du Texas, le tandem déménage ses pénates au nouveau label Spectra et revient du même coup à ses premières amours. Un jazz composé de standards tranquilles et délicats, avec un certain allant parfois. Le jazz des Gershwin et Berlin, des Burke et Van Heusen, et même de Gerry Mulligan. La voix de Susie reste un modèle de sobriété et la guitare de Jordan, cet homme de peu de notes, demeure la meilleure en ville. R.B.

 

À l’abordage !
Cœur de pirate / Cœur de pirate Grosse boîte / Select
Elle n’a que 19 ans et pourtant, autour de la tête blonde de cette débutante, il y a aujourd’hui un véritable buzz. Excusez l’anglicisme, mais c’est vraiment sous ce terme que l’industrie musicale et le milieu médiatique désignent l’engouement soudain que crée le bouche-à-oreille au sujet d’une chanson ou d’un personnage, jusqu’à devenir un incontournable tourbillon. C’est donc le cas de Béatrice Martin, dont la première œuvre peut faire penser à du Pierre Lapointe au féminin, la fragilité en plus. Une ado au piano, un peu troublée, mais qui assume paroles et musique. Le temps dira si son répertoire tient la route, mais cette fille a du cœur. Surtout, l’expérience rappelle comment l’auditoire est une foule sentimentale en quête d’émotion pure et d’un idéal sans fard. R.B.

Cliquez ici pour écouter « Comme des enfants ».

 

Cuvée moderne
Béla Bartók / Divertimento ; musique pour cordes, percussion et célesta ; danses populaires roumaines. Les Violons du Roy, dir. Jean-Marie Zeitouni. Olivier Messiaen / Plusieurs œuvres, dont chants de terre et de ciel. Suzie LeBlanc, soprano ; Lawrence Wiliford, ténor ; Laura Andriani, violon ; Robert Kortgaard, piano. ATMA ACD2 2564.
C’est un événement en soi : des interprètes éminents de la musique ancienne plongent dans le moderne. Les Violons du Roy, orchestre à cordes surtout connu pour ses interprétations de Bach, de Vivaldi, de Händel ou de Mozart, abordent des genres plus contemporains depuis que Jean-Marie Zeitouni en est le premier chef invité. La précision des attaques et le jeu d’ensemble, qui ont fait la réputation des Violons, servent avec bonheur ces œuvres de Bartók qui ont marqué le siècle dernier. La soprano Suzie LeBlanc, de son côté, aime relever de nouveaux défis : l’interprète sublime de Händel a fait récemment ses débuts au cinéma (Lost Song s’est classé meilleur film canadien au Festival du film de Toronto). Sa voix aussi éthérée qu’expressive semble être celle que réclament les envolées mystiques ou poétiques du compositeur Olivier Messiaen. V.R.

Cliquez ici pour écouter « Trois Mélodies ».

 

Soly Solide
Christoph Graupner / Partitas pour clavecin, vol. 7 (Aprilis, Maius, Junius et Julius). Geneviève soly, clavecin. Analekta 2 9120.
L’infatigable claveciniste et musicologue Geneviève Soly signe un 11e enregistrement consacré à Christoph Graupner, ce contemporain de Bach injustement oublié et qu’elle s’est promis de ressusciter. La musique est belle et inventive,
et le succès de l’entreprise doit beaucoup au jeu exquis et à la maîtrise du style dont fait preuve l’interprète à chaque page. V.R.

Cliquez ici pour écouter « Aprilis en do mineur GWV 112 – Praeludium ».

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