Musique

Plus ça change, plus c’est pareil ? Voici des artistes d’horizons divers aux prises avec l’obligation de surpasser un album magistral, un succès critique ou commercial. Comment aller plus loin sans faire du copier-coller.

par Ralph Boncy

Bonjour, l’Afrique est en ligne Youssou n’dour / Rokku Mi Rokka (Give and Take) Nonesuch/Warner
Un nouvel album de Youssou N’Dour est toujours un événement, et celui-ci ne passera pas inaperçu. Huitième opus officiel pour le marché international de l’homme le plus influent du Sénégal, Rokku Mi Rokka nous ramène en terrain connu. Pourtant, il rafraîchit la formule m’balax et se rapproche du style pulaar des nomades peuls qui viennent du Sahel, plus au nord. Après les digressions de Nothing Is in Vain (2002) et du magnifique et mystique Egypt, enregistré au Caire (2004), voici le retour du Youssou simple et direct, à la fois engagé et d’un naturel qui frise la légèreté. Des refrains irrésistibles évoquent l’évolution des peuples africains devenus indépendants, tout en mettant en relief leurs défis et responsabilités. Et le duo final avec Neneh Cherry est une petite bombe d’afro-pop urbaine capable de surclasser la fameuse « 7 Seconds », de 1994.

Telle mère, telle fille Coral Egan / Magnify Justin Time/Fusion III
Pas facile d’écrire la suite de My Favorite Distraction, cet album de 2003 où la fille de Karen Young, touchée par la grâce, est passée de l’état de chrysalide à celui de papillon. Ce deuxième compact solo est encore plus introspectif et s’aventure par moments dans des univers néo-soul quasi expérimentaux. Plus inégal que son prédécesseur, Magnify a néanmoins ses beautés, sa lumière et sa poésie propres. Coral ne sait peut-être pas où elle s’en va de façon certaine, mais elle évolue dans son écriture très personnelle et il est difficile de la comparer à qui que ce soit de connu. Sinon à Joni Mitchell… Ou à sa maman, peut-être ?

Sauvez mon âme ! James Blunt / All The Lost Souls Custard 60/Warner
Avec sa voix de fausset et sa barbe de trois jours et demi un peu trop cute, le Britannique James Blunt, ex-soldat au Kosovo, a séduit les filles du monde entier en chantant à tue-tête l’incontournable « You’re Beautiful ». Il nous propose 10 nouvelles chansons sur la fatalité, la mort, la célébrité et la fragilité. Tour à tour formaté pop ou passablement déchirant, Blunt a ce petit côté mélodique qu’on retrouve en écoutant Elton John. Envoye donc !

Retour vers le futur
Federico Aubele / Panamericana ESL/Select
Ce dandy filiforme à la coupe afro sortie des années 1970 nous avait intrigué, il y a trois ans, avec son Gran Hotel Buenos Aires. Le voici qui affine la formule, sans déroger d’un iota à son mandat. Plus accrocheur mais toujours aussi mélo moderne, avec des échantillons en boucle aux ambiances atmosphériques, l’Argentin Federico met en scène quelques voix féminines et nous fait encore son cinéma. ¡ Bueno !

CLASSIQUE

par Véronique Robert

Luciano dans YouTube !
On lui pardonnait ses caprices de star et ses flirts avec la pop, ses fraudes fiscales et son mariage sur le tard avec une femme plus jeune que ses filles. Luciano Pavarotti n’était pas non plus un grand comédien, mais qui s’en souciait ? Quand la voix solaire de cet artiste généreux, truculent et plus grand que nature se faisait entendre, plus rien n’importait, et il a élargi comme personne le public d’un art que beaucoup croyaient voué à la disparition. On retiendra surtout son Rodolfo dans La bohème de Puccini, son Nemorino dans L’elisir d’amore de Donizetti, son interprétation de « Nessun dorma » dans Turandot de Puccini… On appréciera YouTube, qui présente des perles, comme ce duo de Pavarotti avec son boulanger de père, ténor amateur. Fernando, 88 ans, entonne le Panis angelicus à une soirée marquant les 40 ans de carrière de son illustre héritier. Et fiston de réduire le volume et de s’adapter aux défaillances du paternel. Jamais Pavarotti n’a semblé aussi sympathique !

La clarinette romantique Phantasiestücke / Oeuvres de Josef Rheinberger, Marie Elisabeth Von Sachsen-Meiningen, Robert Schumann et Carl Reinecke. André Moisan, clarinette ; Jean Saulnier, piano. ATMA ACD2 2516.
Après son très beau Schubert avec la soprano Aline Kutan, puis un enregistrement consacré à Brahms et à Jenner, l’excellent clarinettiste montréalais André Moisan poursuit son exploration d’œuvres méconnues du romantisme germanique. Entreprise séduisante, dans laquelle Jean Saulnier est un partenaire de premier ordre.

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