MUSIQUE

S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer. Grâce à eux, on peut préserver le langage et, au nom de la liberté d’expression, faire un pied de nez en rimes au politiquement correct.

Le vieux singe fait sa grimace
Plume Latraverse / Hors-Saisons Dragon/Sélect
Rassurez-vous, Plume est en pleine forme ! Entouré uniquement de ses deux larrons Concho Gravelle et Le Globe Labelle, il nous balance sa nouvelle livraison avec sa gouaille habituelle. Textes éloquents, parfois virulents, agrémentés aussi de quelques enfantillages, comme dans « Pas de quartier ! », où « général Turcotte » rime avec « cot, cot, cot ». Inénarrable, Plume peste contre tout ce qui bouge et dresse une liste interminable des choses dont il a ras le bol (« Trop »). Et bien sûr, le père du comique absurde et de l’humour noir au Québec donne encore dans la ballade romantique décalée ou la « tounette » douce-amère et faussement désabusée sur la vieillesse (« L’âge où l’on… »). C’est aussi un bougon au cœur tendre, qui ose écrire sur les accommodements raisonnables et les filles frivoles (« Niaiseries ») sans être facho ou misogyne. Il y a ici des classiques instantanés à inscrire dans le panthéon de la plumologie, comme « La pompe à Stime » et « Les bleus d’la plinthe », un blues digne de sa belle époque.
Cliquez ici pour écouter deux extraits de ce disque

Le polisson de la chanson
Pierre Perret / Le plaisir des dieux Naïve/Fusion III
En bon « pornographe du phonographe » (l’expression est de Brassens), l’ami Pierre Perret est enfin de retour, éclatant de santé à 73 ans, les yeux pétillants et le sourire en coin. Celui qui nous avait tout dit sur le zizi revient à la charge avec une « anthologie de la chanson paillarde » bien ficelée et drôlement salée. Évidemment, les curés, bonnes sœurs et grands-mères en prennent pour leur grade, et les secrets de famille les plus honteux sont étalés au grand jour, pour le bonheur des putes au grand cœur. Ces chansons lestes, que Perret qualifie de « défi à la morale admise et à l’autorité reconnue », contiennent largement de quoi enrichir votre vocabulaire. Pour adultes avertis, on s’entend !
Cliquez ici pour écouter un extrait de ce disque

Diabolo menthe
Les Chauds Lapins / Parlez-moi d’amour Hot Rabbit Records/Statik
À part « Il m’a vue nue », ce premier disque des Chauds Lapins n’est pas vraiment irrévérencieux. Mais l’originalité de ce quintette purement américain, c’est qu’il revendique le droit de chanter exclusivement en français des chansons romantiques et coquines de l’entre-deux-guerres, et ce, avec un maigre attirail de banjo, d’ukulélé, de contrebasse et de clarinette. Si la mode est au rétro, voici un groupe sobre et plein d’humour qui pourrait séduire les amateurs de Pink Martini.

CLASSIQUE
Véronique Robert

Marc-André Hamelin, poète
Marc-André Hamelin : No Limits. Œuvres de Joseph Haydn, Frédéric Chopin, Claude Debussy, Marc-André Hamelin et George Gershwin. Concert, portrait et entrevue. Marc-André Hamelin, piano. DVD. EuroArts 2055788.
Le titre No Limits — sans limites — convient on ne peut mieux à ce DVD qui prouve à qui en doutait encore que tout réussit à Marc-André Hamelin. Reconnu comme l’un des meilleurs pianistes de sa génération — sinon le meilleur —, le Montréalais de 46 ans a d’abord mis sa technique prodigieuse au service d’œuvres méconnues parce qu’elles sont, justement, d’une difficulté inouïe. Pourtant, comme il le dit en entrevue avec le réalisateur du DVD, c’est moins le piano que la musique qui le passionne. D’où son intérêt pour un répertoire sollicitant le poète qu’il est, au fond. Dans ce concert présenté au Festival de piano de la Ruhr, en Allemagne, en juin 2007, sa virtuosité est dirigée vers la transparence de Haydn ou le chant de Chopin. Dans les Préludes de Debussy, il se fait carrément magicien. Chaque note reflète l’intelligence d’une analyse qu’il effectue loin du clavier, au cours de ses promenades. C’est l’une des choses que nous apprend le portrait en annexe, fascinant.

Premiers violons
George Frideric Handel : Water Music (Suites nos 1, 2 et 3) ; Ouverture et Sinfonia de l’oratorio Solomon. Les Violons du Roy, dir. Bernard Labadie. ATMA ACD2 2569.
Les Violons du Roy de Bernard Labadie signent ici une interprétation magistrale de la célèbre Water Music de Handel, soulignée par une qualité de son exceptionnelle. En effet, voici le premier enregistrement réalisé dans la nouvelle salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm. De très beaux disques en perspective !
Cliquez ici pour écouter un extrait de ce disque

Laisser un commentaire