Musique

La filière nigériane, c’est d’abord la descendance de Fela Kuti, ancrée à Lagos. Mais il faut compter avec les chanteuses de la nouvelle génération qui font carrière en Europe.

Le fils à papa
Femi Kuti / Day by day Mercer Street

Pour expliquer les sept années de silence discographique qui nous séparent du puissant Fight to Win, le fils de celui qu’on appelait le « Black President » évoque les difficultés liées à l’exploitation de la salle de spectacle The Shrine. Femi se devait de garder en vie ce haut lieu de la musique afro-beat, salle que le grand Fela avait ouverte au cœur de la tumultueuse capitale nigériane et qui fut l’objet de déboires. Mais cette galette toute chaude du fils fera honneur au patrimoine de la famille Kuti.

À la fois poignant, hypnotique et jubilatoire, cet enregistrement donne à l’auditeur l’envie de le réécouter. Femi varie la structure des pièces, joue du sax, parle de jazz. Parfois, l’armada des cuivres barrit comme un troupeau d’éléphants ; parfois, les rythmes lancinants nous entraînent dans des complaintes émouvantes, comme dans la chanson éponyme, où l’héritier du grand rebelle cause étrangement de christianisme. Favorisant la sincérité et l’engagement politique, cette réalisation remarquable transmet la fièvre du père et son urgence d’agir.

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Ayoye !
Ayo / Gravity at last
Polydor/Universal

Cette fille est d’un naturel épatant. Née à Cologne d’une maman gitane et d’un papa nigérian, elle a conquis l’Angleterre et la France à 25 ans avec un premier album, Joyful, qui s’est vendu à près d’un demi-million d’exemplaires. La suite, enregistrée en moins d’une semaine, est ce qu’on appelle un sans-faute. Cette mixture assez unique d’afro-pop, de reggae, de folk et de soul a tout pour plaire. Les arrangements sont plus mordants que sur son premier album, mais on a préservé la spontanéité d’Ayo, qui écrit avec toute son innocence et s’exprime avec un timbre unique. Les références à Marley sont percutantes (mentionnons « Them Belly Full » dans « Slow Slow [Run Run]) » et les moments de douceur comme « Sometimes » sont divins.

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Achat nécessaire
Asa / Asa Naïve/Fusion III

On pense d’abord à Tracy Chapman età India.Arie. Une voix suave et pétrie de soul, une jeune femme noire et sans fard, des chansons simples et directes… Son nom de scène — qui se prononce « Asha » — évoque un faucon. Même si rien ici n’est totalement nouveau, le premier album de cette jeune Africaine à la fois candide et incisive séduit. On a beau appeler cela de l’afro-folk, c’est le rythme reggae qui capte l’attention, et le blues n’est jamais loin. Onze chansons impeccables, les plus belles chantées en yoruba, comme « Eye Abada » ou le refrain de « Bibanke ». Née à Paris, Asa a grandi au Nigeria, où elle a appris la guitare. Puis, elle est retournée en France pour faire carrière et chanter la vie de son peuple. Mission accomplie !

Le chef venu du froid
Henry Purcell / Dido and Aeneas. Simone Kermes et Deborah York, sopranos ; Dimitris Tiliakos, baryton. MusicÆterna, The New Siberian Singers, dir. Teodor Currentzis. Alpha 140.

L’opéra Didon et Énée, de Purcell, est un tel chef-d’œuvre qu’on succombe à l’envie d’écouter toute nouvelle interprétation, même si on doute que certains sommets puissent être dépassés, notamment celui atteint par la Didon de Tatiana Troyanos, sous la direction de Mackerras. Eh bien, voici un miracle qui — on se pince — arrive de Sibérie ! Depuis qu’il a étudié à Saint-Pétersbourg, le jeune chef grec Teodor Currentzis est amoureux de la Russie et de ses musiciens, « moins précis que les musiciens d’orchestre occidentaux, dit-il, mais qui jouent avec plus de cœur ». Du cœur, l’ensemble MusicÆterna, que Currentzis a fondé à Novosibirsk, n’en manque point. Jamais neutre, la musique passe des rythmes enlevés et des sonorités orientalisantes, dans les intermèdes dansés, aux lignes sobres et éthérées qui soutiennent la tristesse évanescente des célèbres complaintes de Didon, chantées par l’Allemande Simone Kermes avec une simplicité qui les rend plus déchirantes encore. L’interprétation historique à son summum, avec instruments et ornementation d’époque.

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Le basson à l’honneur
François Devienne / Sonates OP. 24 et autres pièces.
Mathieu Lussier, basson ; Benoît Loiselle, violoncelle ; Richard Paré, piano-forte.
ATMA ACD2 2584.

Très agréable, ce disque de musique du compositeur français François Devienne, contemporain de Mozart qui vécut de 1759 à 1803. Ces œuvres dans le style galant de l’époque sont sans prétention, mais soulignent la virtuosité du formidable bassoniste montréalais Mathieu Lussier, fort bien secondé par le violoncelle et le piano-forte.

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