Musique

 

Les Cowboys fringants / L’expédition La Tribu/Dep

Les Cowboys n’ont jamais mâché leurs mots. Mais ce qui frappe d’abord dans ce nouveau disque thématique, c’est le contraste presque cynique entre la musique enlevée (la plus belle réussite du groupe en ce sens) et leur acharnement de plus en plus évident à présenter des héros malheureux, tous victimes d’une malchance endémique et incurable. Dans «Monsieur», portrait détaillé d’un leader politique, on retrouve avec plaisir la verve de pamphlétaires sarcastiques. Mais l’auteur-compositeur et guitariste Jean-François Pauzé évacue le discours idéologique pour appliquer un traitement de choc à presque tous ses personnages. Que ce soit le nouveau-né qui s’en va vers la mort, au terme d’un parcours semé d’embûches, le petit pêcheur gaspésien qui sent monter en lui le chagrin, ou le cancéreux de 19 ans qui accueille la mort, on trouve rarement de quoi sourire. Des modèles de chansons brèves, mais qui traînent une lourde mélancolie. Un disque qu’on aime pourtant du premier coup pour des rengaines comme «Tant qu’on aura de l’amour» ou l’adorable «Entre deux taxis», où l’on fredonne: «Qu’il est triste le sort des amoureux qui commencent à se dire adieu dès le premier baiser.»

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De génération en génération
Mes Aïeux / La ligne orange Victoire/Dep

Voici une bande de joyeux lurons qui ne se demandent pas quoi faire dans la vie. Ici aussi, certains textes présentent une grande morosité: «Ma mie, ma tête est mélangée / Je ne sais plus où aller… / À quel saint me vouer.» Mais ce disque très musical regorge de mélodies toniques et de belles harmonies. Du thème de départ, «Le déni de l’évidence», au refrain «Chaque jour, c’est l’enfer ici-bas», le leitmotiv est de sonner l’alarme pour alerter l’auditoire. Toutefois, la formation francophone la plus populaire du moment montre qu’elle ne manque ni de fantaisie ni de ressort. Sans renier leur vocation de groupe traditionnel, Mes Aïeux arrivent en ville et adaptent les légendes urbaines, parfois à la manière d’antan, ajoutant à leur panoplie un portrait fort réussi de feu le Grand Antonio, ce clochard géant à la force herculéenne.

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À tombeau ouvert
Metallica / Death Magnetic

Elektra/Warner
Les pouilleux sont sortis de leurs tanières et les géants du heavy metal viennent de réussir le retour triomphal auquel plus personne ne croyait. Ahurissante de puissance, cette musique frise peut-être la caricature, mais force est de reconnaître qu’elle a gardé tous ses adeptes… et que les temps sombres lui sont des plus prospères. Force tellurique, armada de guitares électriques, autorité suprême de l’implacable soliste Kirk Hammett. Quant aux textes, ils restent terrifiants, voire cauchemardesques. «The Day That Never Comes» et «Suicide & Redemption» s’imposent comme de nouveaux sommets du genre. Rageurs et amers.

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André Mathieu, la suite
André Mathieu / Concerto no 4 en mi mineur pour piano et orchestre, scènes de ballet et quatre chansons pour choeur et orchestre.

ANALEKTA 2 9281.

L’histoire tient du roman: une dame anonyme laisse à Alain Lefèvre — le pianiste qui s’est donné pour mission de ressusciter le compositeur québécois André Mathieu — un sac contenant, ô choc! l’enregistrement par Mathieu d’une version pour piano de son Concerto no 4. Reste à réaliser la partition (le chef Gilles Bellemare accomplira ce travail titanesque) et à convaincre un orchestre de programmer l’œuvre. Comme d’habitude, Lefèvre se donne à fond dans ce qui est sans doute la meilleure œuvre de Mathieu. Difficile de croire que ce monument romantique, d’une écriture héroïque et virtuose, plus cohérente que dans le Concerto de Québec, soit l’œuvre d’un jeune de 20 ans. Comme toute la production de Mathieu, ce concerto exhale l’influence de Rachmaninov, mais l’originalité du Montréalais est indiscutable. On se demande pourquoi c’est un orchestre de l’Arizona qui étrenne le chef-d’œuvre de notre «Mozart assassiné», mais bon, ne boudons pas notre plaisir…

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Du bon Dubeau

Philip Glass / Portrait. Enregistrement consacré à la musique de Philip Glass, dont l’ouverture de La Belle et la Bête, The Hours Suite, Mishima, The Secret Agent, Echorus, Company et Closing.
Angèle Dubeau, violoniste, et La Pietà.
ANALEKTA 2 8727.
Entreprise originale que ce disque consacré à l’un des bonzes du minimalisme. Pari gagné. La musique hypnotique du compositeur américain, rendue avec précision et sensibilité, se révèle subtile — après tout, il voue un culte à Jean Cocteau! À noter qu’Angèle Dubeau est l’une des rares à qui Philip Glass permet d’interpréter ses œuvres. Ce n’est pas rien.

Cliquez ici pour écouter « Ouverture » de La Belle et la Bête, de Philip Glass, par Angèle Dubeau et La Pietà..

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