Nicolas Dickner nous transporte

Six degrés de liberté, le dernier roman de Nicolas Dickner, se veut à la fois une enquête sur un conteneur clandestin qui fait le tour du monde, et un portrait nuancé et global du transport intermodal. 

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Photo : Paule Thibault

« Tous les biens qu’on achète transitent par le transport intermodal », explique Nicolas Dickner au sujet du demi-milliard de conteneurs qui circulent actuellement par bateau, par camion ou par train sur la planète. « Les chiffres dépassent l’entendement. »

Les proportions ahurissantes de cette industrie ont tellement frappé l’auteur de Nikolski et de Tarmac qu’il a voulu les apprivoiser par la fiction. Son nouveau roman, Six degrés de liberté, est donc à la fois une enquête sur un conteneur clandestin qui fait le tour du monde, et un portrait nuancé et global du transport intermodal. « Je suis fasciné par l’extra­ordinaire réalisation que ça représente, dit-il. Quand je le compare, dans le roman, au réseau routier romain, je le crois vraiment. »

Tout un univers qu’on est conditionné à ne pas voir, dit-il, d’abord parce qu’on ne peut pas savoir ce que cachent les conteneurs, mais aussi parce que les quais et les compagnies de transport, qui occupaient autrefois les centres urbains, ont migré en banlieue. « Il y a maintenant, à la lisière des villes, d’immenses territoires inaccessibles dont l’invisibilité rappelle un peu l’anonymat des banques suisses. »

Selon Nicolas Dickner, ce monde secret a sa géographie particulière. « Le volume cumulatif des conteneurs forme une sorte de continent en pièces détachées. Un des personnages du roman a forcément envie de s’introduire dans cet immense espace inexploré et interdit. »

On reconnaît bien là le redoutable esprit analytique qui fait de Nicolas Dickner l’un des écrivains les plus intéressants de sa génération. Cette intelligence incisive, alliée à un humour irrésistible, parcourt le roman comme un fil conducteur et nous guide là où on ne pensait pas aller. Il suffit de se laisser transporter.

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(Six degrés de liberté, par Nicolas Dickner, Alto, 392 p., 25,95 $)

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