Noël chez les geeks

Le temps des Fêtes « geek », « kitsch » et « psychotronique » de notre chroniqueuse Marilyse Hamelin ne serait pas le même sans le balado Noël chez Isidore, des Mystérieux étonnants.

L'édition 2018 du spécial de Noël des Mystérieux Étonnants. Photo : Youtube / Les Mystérieux Étonnants

À fredonner sur un air connu : c’est cette merveilleuse période de l’année… où nous souffrons à peu près tous de dépression saisonnière, bénigne ou aiguë ! Blague à part, j’aurais de la difficulté à vous expliquer à quel point je suis brûlée rendue au temps des Fêtes. Comme la plupart d’entre nous, j’ai un pressant besoin de réconfort.

La semaine dernière, à l’émission Pas tous en même temps, j’ai entendu l’écrivain Samuel Archibald parler de la théorie psychanalytique de l’objet transitionnel. Il peut s’agir de n’importe quel objet, comme une doudou ou un toutou. L’enfant projette sur l’objet l’amour fusionnel qu’il a éprouvé pour sa mère, pour se rassurer, se sentir moins seul. Bingo ! Je suis convaincue que la culture populaire et l’imaginaire nostalgique entourant la période des Fêtes sont une extension de ce concept pour les adultes que nous sommes devenus.

Le souvenir fantasmé de nos Noëls d’enfant est une sorte de valeur refuge, une source de consolation. D’ailleurs, la popularité des Fêtes « rétro » ne se dément pas s’il faut en croire les calendriers de l’avent qui se multiplient sur Facebook. Par ici je tombe sur la pochette d’un 33 tours du p’tit Simard de « Nawel », époque coupe de cheveux en bol, et par là on a publié des extraits de recettes — peu ragoûtantes — de soeur Berthe, que ce soit des viandes en gelée ou encore d’autres salades douteuses alliant fromage et ananas. Décidément, le patrimoine kitsch n’a pas dit son dernier mot…

Autre manifestation de l’engouement pour la rétronostalgie des Fêtes : des geeks organisent ce vendredi à Montréal une projection spéciale du film Le sapin a des boules (version française de Christmas Vacation avec Chevy Chase) de type participatif à la sauce Rocky Horror Picture Show — lire où l’on crie et fait les fous. Or l’événement, qui souligne le 30e anniversaire du film, suscite un engouement tel que les organisateurs ont dû troquer le Théâtre Plaza pour le Club Soda !

Et ça, c’est pour ce qui est du plus mainstream de la vague, parce qu’il existe aussi une sous-culture geek de Noël plus trash et psychotronique. J’ai assisté la semaine dernière à une projection spéciale du temps des Fêtes de la bande de Total Crap, qui rend hommage aux « désastres télévisuels et cinématographiques » en présentant des vidéos « tellement poches, mais tellement drôles ». Parmi une foule d’initiés en délire au bar Ninkasi Simple Malt, j’ai vu des morceaux choisis des proverbiales Soirées canadiennes de Télé-Métropole, des archives du bon vieux canal communautaire 9 du début des années 1990 et, bien entendu, de l’incontournable Star Wars Holiday Special, un célébrissime ratage complet.

Par-dessus tout, mon temps des Fêtes « geek », « kitsch » et « psychotronique » ne serait pas le même sans l’émission Noël chez Isidore. Eh oui, Isidore pour La famille Soucy, dont ce dernier était le patriarche. Ce balado est pour moi une lueur dans la nuit à cette période de l’année. C’est presque un réflexe pavlovien, aussitôt que j’entends l’irrésistible thème musical d’ouverture, je me sens déjà mieux. Je sais que je vais passer une bonne heure et demie à l’abri du monde et de la tempête sous la cloche de verre d’une boule à neige.

Noël chez Isidore est signé Simon Chénier, archiviste à l’ONF, et Étienne Forest, professeur d’informatique au collégial, et fait partie de la famille des balados des Mystérieux étonnants du producteur Benoit Mercier. Si vous ne connaissez pas, ce sont de véritables précurseurs du genre au Québec. Depuis près de 15 ans que ces fous de culture pop enregistrent une émission par semaine, incluant, tradition oblige, leur fameux spécial annuel de Noël, un gros party kitsch inspiré des émissions du temps des Fêtes des années 1980 et 1990. Ce spécial diffusé en direct sur Facebook aura lieu ce samedi 21 décembre et la bande de Noël chez Isidore en fera évidemment partie…

Accros à Noël

Déprime saisonnière aidant, je l’avoue, je cherchais des réponses un peu métaphysiques à mes questionnements sur le temps des Fêtes en donnant rendez-vous à Simon Chénier dans un pub montréalais.

Inutile de chercher de midi à 14h00, le coanimateur de Noël chez Isidore est un gars pas compliqué : il aime les réjouissances de fin d’année parce que cela lui rappelle les vacances et l’enfance. Il faut dire que, peut-être même à son corps défendant, tout dans ce sympathique barbu à la bonhomie certaine transpire Noël. On pourrait dire de lui qu’il est un grand nostalgique. Parce que, je le disais d’emblée, il y a ça dans l’amour du temps des Fêtes, de la grosse nostalgie en sucre.

D’ailleurs, le slogan du balado dit tout : « pour les dépendants affectifs de la période de Noël ». Les comparses utilisent même un adjectif néologique à tout bout de champ : « noëllé ». Comme dans ceci ou cela est très « noëllé ». Comme ce gin tonique que Chénier commande et qui arrive coiffé de citron vert, assorti d’un gobelet d’eau en plastique rouge translucide. Noël malgré lui, je disais…

Parmi mes épisodes préférés de Noël chez Isidore, on compte la fois où les joyeux drilles se sont rendus au camping Larochelle en Mauricie en pleine canicule pour décrire le défilé du père Noël ou encore le spécial messes noires en Acadie avec l’humoriste Catherine Éthier. Sans oublier l’analyse en profondeur d’un party de Michèle Richard réunissant Jean-François Provençal, membre des Appendices, et l’animateur du populaire podcast 3 bières, Yannick Belzile.

J’aime aussi le train-train habituel du balado ; lorsqu’ils nous racontent des films, des concerts et des BD, je n’ai même pas envie d’aller visionner ou de lire par la suite. Je préfère encore leur manière de me conter ces histoires comme si nous étions ensemble au coin du feu. Je m’occupe moi-même des images dans ma tête et c’est là toute la force de ce balado. En y ajoutant une pincée de nostalgie, de kitsch et de psychotronique, avouez que c’est un peu la recette du bonheur !

En terminant, si cette liste de chansons que Chénier et Forest vous ont concocté pour vos partys des Fêtes ne met pas au moins un peu de joie dans votre coeur, ma foi, je ne peux rien pour vous…

Joyeux Noël !

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