Norah l’exploratrice

Jazz, rock, folk… Depuis 10 ans, la chanteuse Norah Jones surprend ses fans à chaque nouvel opus. Avec Little Broken Hearts, paru en mai, elle fait un autre virage radical.

Photo : Noah Adams

Dix ans après son dernier passage au Québec, Norah Jones clôturera le 33e Festival international de jazz de Montréal, le 7 juillet, avec un spectacle présenté à guichets fermés à la Place des Arts. Superstar malgré elle, révélée soudainement en 2002, à l’âge de 23 ans, par des chansons douces et sobres qui allient jazz, folk et blues, la fille secrète du très célèbre joueur de sitar indien Ravi Shankar parle peu à la presse.

En quelques années, Norah Jones a vendu plus de 40 millions de disques. Son premier album, Come Away With Me, est devenu le plus grand succès du label Blue Note et est le seul disque – avec Thriller, de Michael Jackson – à avoir généré huit Grammy. Imprévisible et insaisissable, Jones a multiplié les collaborations tous azimuts et joué un premier rôle au cinéma, en 2007, dans My Blueberry Nights, de Wong Kar-wai.

Avec Little Broken Hearts, lancé le 1er mai, elle a mijoté un virage radical avec un mauvais garnement, le producteur Brian Burton, alias Danger Mouse, à l’insu de sa maison de disques.

Dans une rare entrevue, la discrète Norah Jones répond, décontractée, aux questions de L’actualité, qui l’a jointe à sa résidence, à New York.

 

Votre nouvel album, Little Broken Hearts, ne contient que des chansons de ruptures, de cœurs blessés. Pourtant, on est loin de la déprime. Comme si venait, avec chaque séparation ou nouvel amour, l’espoir d’une relation plus harmonieuse ?

Je pense que oui. Comment dire ? On vit, on apprend et, chemin faisant, on accumule de la matière pour écrire des chansons. [Rire] J’ai fait celles-ci avec un ami proche, nous avons pioché des idées dans nos expériences respectives, ce qui a finalement donné cet album.

Cet ami, Brian Burton, qui est votre nouveau réalisateur, a raconté comment il avait rêvé de pouvoir utiliser votre voix pour son album concept Rome. Son art vous était-il familier lorsqu’il vous a invitée à travailler avec lui ?

Je connaissais son travail avec le groupe Gorillaz. J’avais aussi entendu « Crazy », son succès avec Gnarls Barkley, le légendaire Grey Album, dans Internet, et tout ça… Bref, j’en savais assez pour conclure que dès qu’il appellerait, je serais partante. Je n’avais même pas besoin d’enten­dre Rome pour me faire une idée là-dessus. Mais il est venu me le faire écouter et j’ai été encore plus emballée ! C’était complètement différent de tout ce que j’avais fait ou même entendu auparavant.

Vous êtes une douce rebelle. Madonna dirige sa carrière d’une main de fer, mais vous faites aussi tout ce qui vous passe par la tête ! EMI a récemment compilé, sur …Featuring Norah Jones, 18 de vos collaborations avec des artistes de tous les horizons musicaux. Rien ne vous arrête ?

Que vous dire ? C’est amusant ! J’essaie des choses différentes en collaborant avec de multiples artistes et je peux malgré tout être moi-même lorsque je fais mon propre truc. Mais ces échanges ont gardé mon esprit alerte. Ils sont l’un des aspects les plus agréables de mon métier, de ma vie.

Vous n’hésitez pas non plus à changer de style, passant du country au blues, au rock, au hip-hop… Espérez-vous que votre public vous suive dans chaque nouvelle aventure ?

Non, je n’en demande pas tant. Certains me suivent, d’autres pas. Mais ça va. Ce n’est certainement pas une mauvaise chose en soi. Tout ne convient pas à tout le monde… Pourtant, il y a toujours assez de gens curieux de nature, sincèrement désireux de faire de nouvelles découvertes. Donc, c’est toujours agréable.

Vous avez tout fait pour qu’on ne vous catalogue pas comme une pianiste chanteuse de jazz, à l’instar de Diana Krall. Honnêtement, avez-vous quelque chose contre le jazz ?

Pas du tout. J’ai tellement de respect pour le jazz que, si les gens pensent que ce que je fais est du jazz, ils feraient mieux d’écouter Billie Holiday et de regarder la définition du mot comme tel. On met souvent des choses dans des boîtes qui ne sont pas les bonnes. C’est bien parce que je respecte cette musique que je refuse de me faire catégoriser comme une artiste de jazz tout court. Les étiquettes sont parfois trompeuses…

Il paraît que votre ambition se limitait autrefois à vouloir jouer dans les bars avec votre trio, et n’était pas de créer, avec Come Away With Me, un des plus grands succès de tous les temps.

Je n’avais aucune idée de ce qui pouvait m’attendre, et un succès de cette envergure n’était absolument pas dans mes plans quand j’ai commencé ma carrière, il y a 10 ans. Ça m’a vraiment stressée !

Vous avez l’attitude d’une anti­star, mais arrivez-vous à vivre simplement malgré la célébrité ? Les paparazzis ne vous empêchent pas de faire ce qui vous plaît, à votre rythme ?

Quand je suis à New York, je me sens bien, je me sens chez moi. Je vais magasiner quand je veux, sans me faire harceler. Je conduisais ma propre voiture, mais je m’en suis débarrassée quand je suis revenue ici. On n’a pas vraiment besoin d’une voiture quand on vit à Manhattan. Franchement, ça se passe plutôt bien.

Dans une de vos nouvelles chansons, « Say Goodbye », vous écrivez : « Pas facile de rester amoureux sans jamais mentir », puis vous chantez le contraire : « Pas facile de vivre à deux avec le mensonge au milieu. » Laquelle de ces deux affirmations est vraie ?

J’aime beaucoup cette astuce. C’est une petite inversion qui fait un assez bel effet. Laquelle est vraie ? Ça dépend des relations amoureuses. [Éclat de rire] Les deux sont probablement vraies, mais pas pour les mêmes personnes, pas pour les mêmes couples. Dans l’idéal, on devrait vrai­ment tout pouvoir dire à son conjoint. Dans l’idéal, je dis bien…