Normand Marcy : Il pense la danse

Chorégraphe-interprète et fondateur, en 2004, de la compagnie BAnG ! de brut, Normand Marcy nous a habitués à des spectacles bardés de bidules technologiques.

Normand Marcy : Il pense la danse
Photo : Jocelyn Michel

Le voici commissaire d’une activité de sensibilisation et de mobilisation : Recommandation 63. C’est sa réponse aux Seconds États généraux de la danse professionnelle du Québec, tenus en avril 2009, qui ont révélé des divisions dans le milieu de la danse et un désir de concertation. Ils ont abouti à 79 recommandations, parmi lesquelles la 63, qu’il résume : « Tous les acteurs du milieu sont responsables des suites des Seconds États généraux, de les actualiser sous forme d’actions. »

Avec Marcy, une action prend forme. Il a mené sa petite enquête auprès de divers intervenants (artistes, producteurs, diffuseurs) : « Ça suffit ! » ont martelé, en gros, les interviewés, qui n’ont pas que pointé les revenus étriqués des danseurs, mais relevé le manque de partage des ressources et de la formation, voire d’identité. « Il faut créer un discours pour nommer notre réalité, afin que les pouvoirs publics et la population aient une idée plus claire de notre apport à la société. C’est à nous de démontrer que le danseur est aussi important que le chanteur ou l’acteur. » D’où cette manifestation réunificatrice, entre spectacle et débat, pendant laquelle séances de recherche collectives enlaceront présentations publiques et tables rondes.

« Quand je m’inscris dans une entreprise, je n’aime pas qu’elle soit banale. » Son parcours ne l’est pas plus : après des études en pratique des arts, ce Français d’origine emprunte diverses voies qui finissent par se rejoindre. Vidéaste, musicien-compositeur, photographe, prof de français, poète, il a collaboré quelque temps au journal Voir, prononcé des conférences sur des sujets aussi savants que « la capture du mouvement : de la forme-poids à la forme-lumière ».

Mais il sait être concret. Metteur en scène du mouvement plus que chorégraphe, il croit à une danse d’auteurs – notez le « s » -, où il crédite ses interprètes du titre de cocréateurs. Beaucoup le pensent, quelques-uns le disent : la danse contemporaine est devenue un bazar où l’on trouve tout et son contraire. C’est pourquoi Marcy a évacué, du moins pour un temps, son exploration des nouvelles technologies pour se concentrer sur la recherche fondamentale en danse. Sa signature : la grande claque au sol, héritée de sa formation en judo. « Ce que j’ai à dire concerne la gravité, autant sur le plan physique que sémantique. » Il l’a exprimé dans quelques spectacles (Twelve Naked Gueules, Fluidengin).

Avec l’aide de compagnons de réflexion, il écrit présentement un manifeste des artistes en danse. « Nous ne sommes pas que des corps, nous pensons aussi. Je déteste la position de la victime, je ne me plains pas qu’on ne nous donne pas la parole, je dis qu’il faut la prendre. »

Recommandation 63, Tangente, à Montréal, du 23 avr. au 9 mai, 514 525-1500.