Nouveauté : Un homme et ses chiens, de Marc Séguin

Dans Un homme et ses chiens, les réflexions d’un guide de chasse ponctuent le rythme lent des saisons. Un concentré des thèmes fétiches de l’artiste multidisciplinaire.

Photo : Eliane Excoffier

Qu’est-ce qui a inspiré la création d’Un homme et ses chiens ?

Tout d’abord, la mort d’un chien qui a fait partie de ma vie pendant une douzaine d’années (et la réaction de son maître). Le rapport avec d’autres vivants me fascine. Et puis, l’idée du sentiment amoureux dans l’histoire d’une apocalypse. Est-il toujours possible d’aimer lorsqu’on sait qu’on va s’éteindre ? 

Votre personnage principal réfléchit souvent à l’amour. À quelle question tente-t-il de répondre ?

Il se demande pourquoi l’amour devrait être parfait. Ce livre remet en question un modèle imposé de l’amour, où toutes les relations semblent issues du même moule. Lorsqu’on prend conscience du fait qu’on n’est pas éternel, ça finit par teinter notre rapport aux sentiments. L’amour semble être devenu la quête suprême, alors que ce sentiment est quand même assez récent dans l’histoire de l’humanité. On peut avoir l’impression d’être inadéquat sans cette émotion. Dans cette fable, la métaphore amoureuse vient illustrer le désastre annoncé et la fin de notre planète, en s’y superposant. Le personnage principal du roman finira par aimer, enfin, mais ce sera un amour impossible.

Votre protagoniste accompagne des chasseurs. Quelle importance cela a-t-il pour vous qui pratiquez la chasse ?

La chasse est d’abord et avant tout une sorte de poème autobiographique, car je trouve de la beauté dans les gestes du chasseur. Même si j’ai décidé de me nourrir ainsi, ce choix moral engendre une conversation entre mes sentiments et ma conscience. Dans l’histoire du livre, la chasse illustre une admiration pour les gens qui vivent et habitent leur territoire. C’est aussi une allégorie des choses qu’on tue pour survivre.

À quel moment sentez-vous que votre roman est terminé ?

L’histoire se construit comme un tableau : au présent et avec instinct. Avancer, reculer, effacer, prendre un risque. Ne réagir qu’aux gestes et aux mots posés. Et rester libre de détruire ou de recommencer jusqu’à la dernière seconde. L’histoire s’écrit et, une fois terminée, elle s’écrit encore. Un jour, on pense que c’est fini, et puis non. Jusqu’à cette date de tombée des corrections sur épreuves, où ça part à l’impression. C’est une journée triste.

Qu’est-ce qui vous rend le plus heureux à propos de ce roman ?

Je ne suis pas certain que le bonheur fasse partie des envies qui m’interpellent ou m’attirent. Mais depuis que j’ai terminé ce livre, plusieurs commentaires sont venus me conforter dans l’idée que ça vaut la peine de prendre des risques et de faire l’effort d’écrire. Je souhaite que sa lecture insuffle aux lecteurs une certaine urgence de vivre. Sinon, on est mort ou dans le coma !

(Leméac, 168 p.)

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