Nouvelles du Québec

Ce n’est pas une simple rumeur : les écrivains d’ici — les jeunes comme les plus chevronnés — font circuler des nouvelles sensationnelles.


11 félins malins

Le chat a un caractère difficile, l’amateur de chats encore plus. Comment l’un et l’autre se choisissent et arrivent à cohabiter est un mystère que Hans-Jürgen Greif arrive presque à élucider dans ses 11 nouvelles illustrant chacune un proverbe. Parmi les inoubliables félins qu’il nous présente, il y a Birbone, matou du cimetière de Naples qui fit la fortune d’une veuve ; Honoré, digne héritier de deux millions de dollars ; Butler, qui fit preuve d’un altruisme exemplaire ; Fenouil, tigré obèse qui avait un faible pour la cuisine arabe ; Marcel, grand critique d’opéra ; Gustave, qui se servit de l’ordinateur pour dénoncer les pratiques cruelles d’un laboratoire biomédical. Au passage, Greif ne manque pas de rectifier l’histoire du « Joueur de flûte de Hamelin ». À bon rat, bon chat. (Le chat proverbial, par Hans-Jürgen Greif, L’instant même, 300 p., 25 $) M.D.

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16 numéros perdants

À la loterie de la vie, certains n’arrêtent pas de tirer le mauvais numéro. Le joueur invétéré qui a perdu sa famille au poker, l’alcoolique creusant allégrement ses trous de mémoire, l’épouse trompée doublement bernée par une tireuse de cartes, l’ex-toxicomane incapable de retisser les liens brisés, l’introvertie qui ne voudrait surtout déranger personne en se suicidant, la victime d’inceste accablée par la maternité… Nicolas Charette épargne-t-il tous ces pauvres gens ? Non, il les induit en tentation, leur fait des crocs-en-jambe, s’acharne sur eux comme le mauvais sort. Par souci d’équité, il pipe aussi les dés du gérant d’estrade prétentieux, de l’ami déloyal, du caissier de dépanneur médiocre, du freluquet superficiel. Tout bien considéré, on peut lui pardonner d’être aussi impitoyable. (Jour de chance, par Nicolas Charette, Boréal, 232 p., 24,95 $) M.D.

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15 cinglantes leçons

La joyeuse bande d’enfants qui peuplent l’univers d’Éric Simard sont curieux, spontanés, espiègles, turbulents. Bref, ils sont vivants. Mais chaque fois qu’ils tentent de voler de leurs propres ailes, d’être ce qu’ils sont, il se trouve un adulte pour les épingler et leur couper le sifflet au nom de la sacro-sainte éducation. Même les parents les mieux intentionnés ne peuvent s’empêcher d’être étouffants. Rarement a-t-on traduit avec autant de sensibilité l’effet dévastateur de la cruauté et de l’indifférence sur l’enfance et l’innocence. Les 15 courtes nouvelles du recueil sont autant de petits drames, en apparence anodins, sous lesquels couve la grande tragédie de l’être qui se résigne à rentrer dans le rang : « Il ferme sa gueule et joue à l’enfant obéissant. » (Être, par Éric Simard, Septentrion, coll. « Hamac », 162 p., 17,95 $) M.D.

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10 plans de couple

Comme elle l’avait si brillamment fait il y a 10 ans dans Les gens fidèles ne font pas les nouvelles, Nadine Bismuth se penche de nouveau sur les rapports entre les hommes et les femmes. En une dizaine de tableaux, elle dresse un portrait impitoyable de justesse de la génération des trentenaires. Elle met en scène des femmes célibataires, celles qui inspirent tantôt des romans à l’eau de rose, tantôt des téléséries, tantôt la pitié. Puis, elle tourne son regard sur des femmes vivant en couple, des femmes souvent aux prises avec l’infidélité de l’autre, qu’elles découvriront en fouillant dans leurs ordis. Chez Nadine Bismuth, le courriel et le téléphone cellulaire demeurent les instruments privilégiés de l’adultère.

Avec une précision parfois cruelle, l’écrivaine observe aussi les hommes et dresse une hilarante typologie. Il aime Bukowski ? « C’est toujours un bipolaire crotté aux cheveux gras. » Il est célibataire ? C’est probablement un narcissique, phobique de l’engagement.

Tout le génie de Nadine Bismuth consiste à faire de la « vraie » littérature avec des thèmes qui inspirent à des centaines d’autres des romans souvent superficiels. Certains détectent dans ses livres une vague parenté avec Margaret Atwood. Je pense pour ma part souvent à Woody Allen quand je lis ses dialogues incisifs et brillants d’ironie, à travers lesquels elle met à nu les contradictions des protagonistes, sans les juger, ou encore quand elle décrit dans les moindres détails les soirées entre amis des petits-bourgeois.

Si le prince charmant n’existe pas, comprend-on à la lecture de ces nouvelles, il y a peut-être pire que la vie de couple: le célibat… (Êtes-vous mariée à un psychopathe?, par Nadine Bismuth, Boréal, 226 p., 22,95 $) P.C.

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3 courts romans

On les imagine solitaires et reclus. Or, les écrivains ne travaillent pas seuls. Ils forment en fait une fraternité, une république peuplée à la fois de vivants et de morts qui s’entraident mutuellement en partageant les mêmes angoisses, la même quête de sens. Voilà un peu ce que nous rappelle Robert Lalonde dans Un cœur rouge dans la glace. Dans chacune des trois longues nouvelles — ou trois courts romans — réunies ici, des écrivains fétiches de l’auteur apparaissent de page en page. Dans la première nouvelle, « Souvent je prononce un adieu », c’est le fantôme de Virginia Woolf qui vient visiter un homme anéanti par la mort récente de sa femme. Ailleurs, dans les autres récits, des écrivains comme Flannery O’Connor, Alain-Fournier et Cyril Connolly circulent en toute liberté.

Les trois nouvelles s’attardent sur le destin de personnages séparés de ceux qu’ils aiment et désireux de les retrouver, comme cet homme parti à la recherche de son frère, qui s’est enfui de la maison qu’ils habitaient ensemble. La nouvelle est un genre qui sied bien à Robert Lalonde. Elle lui permet d’aller à l’essentiel, en peu de mots. Ceux qui connaissent et apprécient son œuvre — j’en suis — s’abandonneront avec joie aux dérives et aux réflexions de ses personnages, tout en s’inclinant devant la beauté stupéfiante de l’écriture. (Un cœur rouge dans la glace, par Robert Lalonde, Boréal, 248 p., 22,95 $) P.C.

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3 épreuves sportives

En lisant Pierre Popovic, on comprend vite pourquoi le sport s’est élevé au rang de mythologie. Dans les descriptions qu’il fait d’un garçon filant « comme un grand coureur de fond » dans les rues de la ville à la sortie de l’école ou d’une malade ratant un saut en hauteur dans le parc de la clinique psychiatrique où elle est internée, on retrouve toutes les aspirations et les failles de l’être humain. Mais c’est dans la nouvelle qui donne son nom au recueil, « Le dzi », que Popovic se surpasse. Il y raconte la dégringolade d’un champion de soccer, un « buteur naturel » qui ne vit que pour envoyer le ballon dans le filet, jusqu’au jour où il décide de tout saboter. (Le dzi, par Pierre Popovic, Fides, 168 p., 21,95 $) M.D.

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21 perles baroques

Le recueil de Claudine Dugué ressemble à ces vitrines où les princes allemands exposaient leurs collections de curiosités : n’y figurent que des objets dont la rareté suscite l’émerveillement. Cercueil de santal, bague de lapis-lazuli festonnée de corail, scarabée noir, bouteille jetée à la mer, graines de jusquiame mortelles, pinceau trempé dans le sang humain… Écrites dans un style somptueux, les 21 nouvelles sont issues d’une imagination baroque et apparemment inépuisable, qui vagabonde autant sur les côtes d’Irlande que dans le désert du Sahara ou les bars à sushis du Japon. L’histoire de l’équilibriste terrorisé par les oiseaux, celle du chasseur de faisans qui tue accidentellement une botaniste herborisant sur son domaine, celle de la jeune saucière qui épouse le cuisinier d’un baron et entame sa nuit de noces en dégustant des dragées sur un lit de mimosa jetteront tout lecteur digne de ce nom dans le ravissement. (Poisons en fleurs, par Claudine Dugué, Triptyque, 155 p., 19 $) M.D.

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21 roses fanées

Métis-sur-Mer n’est pas le seul microclimat de la Gaspésie. Il y a aussi Roses-sur-Mer, où les roses rouges ont envahi la côte. Elles sont nées des cendres de Rose Chatigny, morte d’avoir trop attendu son fiancé perdu en mer. Malheur aux femmes qui respirent leur parfum vénéneux. Condamnées à la solitude, « ligotées dans les remous salés et les vents rouges que Rose a laissés en héritage », elles errent la nuit, se donnent à tout venant, mettent le feu à leur maison ou encore partent à la dérive sur un morceau de glace au moment de la débâcle. En 21 nouvelles, Lyne Richard démontre qu’il n’y a rien de plus poétique qu’un bouquet de roses fanées. (Il est venu avec des anémones, par Lyne Richard, Québec Amérique, 184 p., 19,95 $) M.D.

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