Nuits blanches

L’insomnie, paraît-il, est le mal du siècle : 40 % des Canadiens en souffrent à un moment ou un autre, selon une récente étude de l’Université Laval. Cette impossibilité de fermer l’œil quand les pensées nous taraudent, Marie-Renée Lavoie l’appelle « le syndrome de la vis », qui est aussi le titre de son deuxième roman.

Photo : Corbis

Josée, prof de littérature au cégep, manque tellement de sommeil qu’elle a de la difficulté à lire l’heure. Elle essaie de s’assom­mer en meublant ses nuits de tâches répétitives, comme le repassage ou l’épluchage de patates, en vain. Quand, à bout de nerfs, elle détruit le cellulaire d’un étudiant, elle décide de prendre quelques jours de repos pour essayer de com­prendre ce qui la tient éveillée. Elle en vient à constater que sa vie diurne est, paradoxalement, endormante au possible. Son quo­tidien, avec toutes ses «?pochi­tudes?», est aussi beige que son apparence physique et sa relation de couple. Or, c’est précisément cet ennui qui «?nourrit la vis?». Pourra-t-elle sortir de ce cercle vis…cieux??

Marie-Renée Lavoie, qui avait démontré une oreille très fine pour les dialogues dans La petite et le vieux, se révèle non moins habile au monologue intérieur quand elle transcrit les pensées nocturnes de la narratrice. Son sens de l’observation, aiguisé par la fraîcheur du regard qu’elle pose sur les choses, lui permet d’établir un parallèle entre la musique et le jus de citron, de voir «?le museau d’une baguette?» poindre d’un sac de boulangerie, de comparer les favoris d’un homme à un «?sévère petit jardin français?», en plus de créer d’adorables inventions langagières. Dommage pour les insomniaques?: Le syndrome de la vis (en lire un extrait >>) n’a rien d’un somnifère.

Pierre Szalowski, dont on attendait le retour après Le froid modifie la trajectoire des poissons, raconte aussi une nuit blanche dans son deuxième roman, celle d’un noctambule invétéré. Mar­tin Gagnon, vedette de hockey, dilapide son talent en faisant la bringue comme une rock star. De retour à Montréal après avoir été renvoyé du club de Los Angeles, il est seul à l’hôtel la veille de Noël, sans femmes, sans rien à boire, rejeté par parents et amis.

La rencontre d’un enfant, qui pourrait bien être son fils illégitime, va transformer sa vie?: pour lui, il se déguisera en père Noël, puis rechaussera ses patins – redécouvrant, du coup, le vrai sens du hockey. Personnages exubérants, situations loufoques, sens du timing précis… Comme toutes les bonnes comédies, Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul?? (en lire un extrait >>) sait aussi nous toucher droit au cœur. Pierre Szalowski a écrit là le parfait antidote au lockout dans la Ligue nationale.

VITRINE DU LIVRE DE MARTINE DESJARDINS >>

Médecin sans frontières


La critique française a déroulé le tapis rouge devant Peste & choléra, qui ressuscite un personnage fascinant de l’histoire des sciences?: Alexandre Yersin, chercheur, explorateur, ethnologue et agronome, qui préféra pratiquer la médecine au fin fond de l’Indochine plutôt que de récolter les honneurs après avoir découvert le bacille de la peste. Patrick Deville en a tiré un roman embrasé par le soleil se couchant sur l’ère coloniale. Un petit chef-d’œuvre. (Seuil, 228 p., 27,95 $)

Monstres ordinaires


Alors que les auteurs de thrillers ne savent plus quel psychopathe inventer, Gillian Flynn préfère une sorte de monstres plus familiers?: les narcissiques. Ceux-ci se révèlent sous leur pire jour dans Les apparences, succès de l’été aux États-Unis. Quand une jeune femme disparaît le jour de son cinquième anniversaire de mariage, le cirque médiatique s’empare de l’affaire et son mari est accusé, jugé et crucifié avant même que l’enquête soit achevée. Ce qui suit est ahurissant?! (Sonatine, 573 p., 34,95 $)