Oliver Jones : garder le rythme

S’il va vivre son 80e anniversaire sur scène et en pleine lumière, Oliver Jones se souvient du long chemin qui l’a conduit là où il est. 

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Photo : Jocelyn Michel

Il y a 15 ans, bien qu’en pleine forme et au sommet de son art, Oliver Jones annonçait qu’il prenait sa retraite. « À 65 ans, ça me paraissait aller de soi, dit-il aujourd’hui. C’est ce qu’à peu près tout le monde fait, non ? Mais ça n’a pas marché… » En effet, si le pianiste de jazz était prêt à lever le pied, public et producteurs en redemandaient et une proposition n’attendait pas l’autre. À bientôt 80 ans, tandis que se préparent plusieurs spectacles anniversaires, il leur dit merci : « Le piano, c’est ma vie. Je me serais vite ennuyé ! »

Ce que craignait surtout le réputé pianiste, né dans le quartier de la Petite-Bourgogne et toujours demeuré attaché à Montréal malgré une carrière qui l’a mené aux quatre coins du monde, c’était d’allonger la sauce, de devenir « old-fashioned » alors que de nombreux jeunes jazzmans attendaient leur tour. Mais l’amour du public est plus fort que les modes.

« Ça a commencé par le remplacement d’un ami malade, à la dernière minute, puis j’ai dit oui à une invitation, oui à une autre. Finalement, j’ai continué. J’ai toujours le même plaisir et les salles sont pleines, alors… », dit-il sur ce ton cordial et amusé qui a fait sa réputation presque autant que son époustouflant jeu de piano. « Et puis je n’ai pas trop de problèmes avec mes articulations, autant en profiter », ajoute celui qui mesure sa chance d’avoir encore, à quatre fois 20 ans, des doigts de jeune homme ou peu s’en faut.

En profiter, c’est bien ce qu’Oliver Jones a l’intention de faire ces prochaines semaines, puisque plusieurs ont tenu à souligner ses 80 ans, qu’il aura le 11 septembre. Les festivités commençaient le 20 mai dernier, quand Oliver Jones fut fait citoyen d’honneur de la Ville de Montréal. Le 5 juillet, le Festival international de jazz de Montréal (FIJM) prenait le relais avec un grand concert au Théâtre Maisonneuve en présence de nombreux amis, dont Lorraine Desmarais et Ranee Lee. Le 12 juillet, la fête se transporte au Festival du Domaine Forget, dans Charlevoix, où Jones et son trio (Éric Lagacé, Jim Doxas) partagent la scène avec des invités de haut vol, dont Joe Lovano et la jeune sensation Daniel Clarke Bouchard.

Un long chemin

S’il va vivre son 80e sur scène et en pleine lumière, Oliver Jones se souvient du long chemin qui l’a conduit là où il est. Le jazz entre tôt dans sa vie, pourtant : à partir de ses huit ans et pendant une douzaine d’années, sa professeure de piano n’est autre que Daisy Peterson Sweeney, la sœur d’Oscar Peterson, autre star du piano jazz qui a grandi à quelques rues de chez lui et qui représente, pour le jeune Oliver, un modèle. Mais il devra attendre longtemps avant de suivre ses pas.

« J’ai dû gagner ma vie, tout simplement. Quand j’avais 20 ans, on pouvait empocher une paye acceptable en jouant de la musique populaire, mais pour un contrat dans une boîte de jazz, on recevait à peine quelques dollars. Ça n’a pas tellement changé, d’ailleurs ! Je me suis marié jeune, j’ai eu un enfant assez vite ; alors, après mes études classiques, je suis allé vers le cabaret, la pop. J’aimais ça aussi, mais ça m’a tenu loin de ce que je voulais le plus faire. »

Le jeune prodige allait d’abord mettre son talent au service des autres, accompagnant par exemple — qui s’en souvient ? — les Alys Robi et Michel Louvain. Puis, en 1964, il devient directeur musical du Kenny Hamilton Show Band, un groupe de variétés à tendance calypso qui se produit essentiellement à Porto Rico, où Jones résidera pendant plusieurs années.

Ce n’est qu’en 1980 que le pianiste, de retour à Montréal, est entraîné pour de bon dans l’univers jazz par son ami Charles Biddle, contrebassiste et fondateur d’un nouveau cabaret, le Biddle’s Jazz & Ribs, où Oliver Jones prend rapidement ses aises. Dès l’année suivante, il est du deuxième Festival de jazz de Montréal, dont il deviendra un pilier et qui contribuera pour beaucoup, dixit le principal intéressé, à sa carrière internationale. « J’ai senti qu’une porte s’ouvrait, que je pouvais me con-sacrer à la musique qui m’habitait depuis si longtemps. »

Comme dans toute bonne improvisation jazz, la vie d’Oliver Jones renouait enfin avec son thème principal.

C’est lui qui le dit

« Le plus beau compliment qu’on puisse me faire, c’est de me dire après un concert :  “Je n’aime pas le jazz, mais j’ai adoré ce que je viens d’entendre ! ” »

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