Ottawashington

Chaque semaine qui passe nous intègre, en économie comme en culture, dans une aventure continentale. Même le style outrancier des élections présidentielles, aux États-Unis, influence nos mœurs électorales.

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Photo: © Lawrence Jackson

Pourtant, nous n’y avons pas droit de vote, nous ne participons ni aux caucus ni aux primaires. Raison de plus pour tenter de saisir cet événement, grâce à un solide ouvrage de vulgarisation historique : Les présidents américains, de Kaspi et Harter.

Les auteurs y tracent le portrait des présidents les plus marquants, ils décrivent l’origine des doctrines politiques et expliquent le mécanisme complexe qui, depuis 1776, a fait élire 44 hommes à la Maison-Blanche, tous protestants, sauf Kennedy, aucune femme, aucun Juif, et blancs jusqu’en 2009.

Dans la majorité des scénarios de fiction politique, le président des États-Unis est menacé par des ennemis qui se sont infiltrés dans son administration, et c’est le patriotisme indéfectible d’un agent solitaire qui lui sauve la vie. Ces histoires sont fondées sur deux réalités : l’homme le plus puissant de la planète a déjà été assassiné, de Lincoln à Kennedy, et la plus ancienne démocratie du monde mise d’abord sur l’initiative individuelle. De plus, les enjeux sont colossaux.

Nos voisins du Sud vivent dans une kermesse électorale perpétuelle : la Chambre des représentants (435 membres) est renouvelée tous les deux ans, ainsi qu’un tiers des 50 sénateurs. La sélection des candidats permet de revisiter l’histoire et ses pratiques parfois archaïques : en Iowa, par exemple, le caucus réunit les républicains à 19 h en janvier dans des cuisines ou des écoles ; c’est le retour à la place du village. Les primaires comme les caucus, qui se tiennent à différentes dates, servent de sondages de popularité, puis ils se transforment en campagnes nationales menant à la fête de la Convention.

L’élection présidentielle coûte des milliards : le territoire est vaste, la publicité l’arme essentielle. De campagne en campagne, on invente : en 1828, Andrew Jackson multiplie les barbecues, les banquets et les parades. Lincoln innove en publiant son autobiographie. En 1896, le candidat Bryan parcourt en train 30 000 km et prononce 600 discours, le microphone n’est pas encore inventé !

Mais déjà, le patronage et l’argent des affaires pèsent lourd : Standard Oil verse 250 000 dollars à la campagne de McKinley, le vainqueur républicain. Les relations avec les groupes de presse s’inten­sifient, les journalistes prennent pied à la Maison-Blanche, s’ajoutent à l’arsenal de propagande la photographie, les actualités cinématogra­phiques, la radio, les potins sur la vie privée, la télévision, Internet.

Et pourtant, le président n’est pas vraiment élu au suffrage universel. De peur que les démagogues ne soulèvent le peuple, les fondateurs ne faisaient confiance qu’aux grands électeurs désignés. En 2000, le candidat Al Gore avait obtenu 500 000 voix d’avance sur George W. Bush au scrutin populaire, mais ce dernier, en emportant la Floride, obtenait le vote majoritaire des élites. Si le président est à l’origine des lois et nomme 3 000 fonc­tion­naires à son arrivée, il est aussi le chef des armées. Exit Al Gore, bonjour l’Irak. Cet automne, les Québécois qui favorisent Obama ne peuvent qu’allumer un lampion à l’Oratoire.

 

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Les présidents américains
Par André Kaspi et Hélène Harter
Tallandier
257 p., 32,95 $.

 

 

 

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