Paméla Kamar, directrice artistique d’Arometis

Née au Liban, élevée à Montréal, Paméla Kamar milite pour la diversité et le métissage. C’est bien la fille de sa mère, Aïda, ex-journaliste, présidente de Vision Diversité. Le duo œuvre à l’enseigne de l’organisme fondé en 2006, dont l’un des bons coups s’appelle Arometis, album réunissant les univers chamarrés de 17 artistes montréalais d’origines multiples. Ainsi, La Bolduc se colle à des sons arabo-berbères, l’accordéon se fiance à la kora, la gigue se faufile entre rythmes latinos, musique carnatique (de l’Inde du Sud) et autres couleurs slam, slaves ou africaines. Le résultat ? Excitant.

Directrice artistique de l’album, Paméla « marraine » le spectacle, suite de cette aventure unique, qui égaiera les festivals cet été.

Photo : Jocelyn Michel

La création de Vision Diversité repose sur une intuition de votre mère.

Pour elle, quelqu’un qui vient s’installer dans une société — où il y a bien sûr une période d’adaptation, si ce n’est à la langue — doit s’y enraciner. L’immigré ne doit pas rester enfermé dans le lien culturel avec son pays d’origine, mais se frotter à la culture d’accueil et l’enrichir.

À Vision Diversité, il importait à ma mère d’avoir deux regards : celui d’une femme arrivée ici à 35 ans et celui d’une autre, moi en l’occurrence, qui a vécu la loi 101 à l’école. Quand je lui disais le patronyme d’un de mes amis, ma mère me demandait souvent : « Il vient d’où ? » Je répondais : « Ben, c’est un Québécois. » Même s’il était noir ou jaune.

Cela paraît si simple pour votre génération. Mais n’est-ce pas plus compliqué pour les plus âgées ?

C’est sûr qu’il y a des habitudes ancrées. À commencer par des mots qu’il faut rayer de son vocabulaire, comme race ou ethnie. Dans les ministères, on change peu à peu les expressions « communauté culturelle » par « diversité », et « minorité » par « métissage ». Sous l’appellation « artiste des communautés culturelles », un artiste québécois qui joue de la musique mandingue [de l’Afrique de l’Ouest], par exemple, ne se reconnaît pas.

Outre votre volonté d’instaurer un modèle de société basé sur la diversité, quelles sont vos actions concrètes ?

Sur le plan culturel (mais Vision Diversité agit aussi sur les plans économique et éducatif), nous organisons une trentaine de rendez-vous par an pour mettre en valeur des artistes profes­sionnels locaux qui ont fait du métissage — entre la culture de leur pays d’origine, la culture québécoise, qu’ils ont embrassée, et les autres cultures dont ils se sont imprégnés — le moteur de leur créativité.

Vous n’êtes pas des agents d’artistes ni des organisateurs de tournées. Qui êtes-vous donc ?

Des producteurs. Si nous suscitons des séries originales, comme les Rendez-vous des rythmes du monde, à l’Espace culturel de la Place des Arts, nous cherchons également à inscrire nos artistes dans des festivals déjà en place, des concours de la relève, etc.

Que signifie Arometis ?

À la fête de la fin de l’enregistrement du disque, un membre du groupe, un peu sous l’effet de l’alcool, a inventé ce nom dans lequel il faut entendre les mots art, arôme et métissage.

En cinq ans, vous avez côtoyé plus de 300 artistes. Que trouvent-ils auprès de vous ?

Un climat familial, par la force des choses : papa travaille avec nous, et mon frère [le chanteur K.Maro] n’est jamais loin avec ses conseils. Chaque jour, pendant la durée de l’enregistrement de l’album, ma mère a cuisiné pour une vingtaine de personnes. Pour nous, des artistes reposés, au ventre plein, vont mieux assurer leur prestation que s’ils angoissent sur des questions de rentabilité. Ça, c’est mon boulot.



Les artistes d’Arometis participent le 10 mai à la « soirée Tirage » offerte aux donateurs de Terre Sans Frontières (au Gesù, à Montréal), ainsi qu’à la soirée annuelle de levée de fonds de La Maison bleue, le 31 mai (au Théâtre Rialto, aussi à Montréal). La Maison bleue offre des « services de périnatalité sociale aux femmes enceintes vivant en contexte de vulnérabilité, ainsi qu’à leur famille ».

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