«Panik» : un roman touchant sur la culture inuite

Les suggestions livres de la chroniqueuse Martine Desjardins. 

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Panik, par Geneviève Drolet, Tête première, 316 p.

Bien humblement, Geneviève Drolet précise qu’elle n’est pas spécialiste de la culture inuite. Elle a néanmoins effectué quatre séjours à Igloolik, dans le Nunavut. « C’est l’endroit le plus dépaysant que j’aie visité durant toute ma carrière de cirque », dit l’auteure de 30 ans, qui est aussi équilibriste. « Et j’ai visité plus de 35 pays. »

Elle a rapporté assez d’anecdotes dans ses bagages pour remplir un roman d’apprentissage aussi rude et aussi saisissant que l’Extrême-Arctique : l’histoire d’une adolescente rebelle envoyée en punition à Igloolik, chez un ami de son père. Auprès de cet homme solitaire et bourru, la citadine suivra un cours de survie en accéléré dans les conditions les plus rudimentaires. Cernée de toutes parts par le désert des glaces, elle sera contrainte de s’initier au dépeçage du renard, à la couture des peaux de caribou, aux fouilles du dépotoir en quête d’objets récupérables. « Ces expériences-là, je les ai faites moi-même », dit Geneviève Drolet, qui les raconte « quasi mot pour mot », avec un souci d’authenticité et un penchant marqué pour l’incongru qui contribuent à imposer la présence de la narratrice dès la première phrase.

Les pages les plus touchantes de Panik sont réservées aux Inuits. Ici, pas de voyeurisme à l’égard des problèmes sociaux, pas d’idéalisation du noble chasseur non plus. Enfants, adultes et aînés sont observés dans leur quotidien, à distance respectueuse, afin de rendre compte honnêtement de ce qui en fait des êtres à part, parfaitement adaptés à leur environnement : leur notion élastique du temps, leur économie de paroles et de mouvements, la jeunesse de leur population, leur ambiguïté quant aux traditions ancestrales comme aux importations du Sud, leur conception insolite de la propriété, qui permet le partage des enfants tout en exacerbant les jalousies conjugales.

« Je voulais leur rendre honneur, avec cœur et tout l’amour que j’avais pour eux », dit l’auteure. Comme le soleil de minuit, la sincérité parfois un peu crue de son écriture illumine une région trop souvent plongée dans l’ombre de nos préconceptions et fait de Panik une éclatante réussite.

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D’autres suggestions livres : 

geant enfoui
Le géant enfoui, par Kazuo Ishiguro, Fides, 416 p.

La surprise du printemps aura été de voir Kazuo Ishiguro et Muriel Barbery, deux auteurs littéraires dont les personnages emblématiques sont respectivement un butler (Les vestiges du jour) et une concierge (L’élégance du hérisson), s’aventurer sur le terrain de la « fantasie » — genre plutôt destiné à un public de nerds et d’ados. Déroutants, certes, exigeants aussi, leurs nouveaux romans sont tous deux plongés dans une brume qui sert d’allégorie au monde moderne.

Dans Le géant enfoui, la brume est issue du souf­f­le d’une dragonne et provoque l’amnésie dans une Angleterre arthurienne peuplée de chevaliers, d’ogres et de moines sinistres. Cette amnésie est une arme à double tranchant : elle efface les torts passés et les haines ancestrales, mais également les liens d’affection. Ishiguro propose la vision d’une humanité qui ne saurait se définir sans devoir faire face à ses souvenirs.

vie des elfes
La vie des elfes, par Muriel Barbery, Gallimard, 304 p.

Dans La vie des elfes, la brume est un écran opaque qui sépare le monde des elfes et celui des humains. Les premiers ont déclaré la guerre aux seconds à coups d’armes météorologiques — qui laissent présager les catastrophes des changements climatiques. Il revient à deux jeunes filles hybrides, l’une pianiste et l’autre paysanne, de créer un pont entre les ennemis. Par le truchement de ces héroïnes, Barbery prône l’alliance entre l’art et la nature comme seule planche de salut.

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temps glaciaires
Temps glaciaires, par Fred Vargas, Flammarion, 496 p.

Quatre meurtres déguisés en suicides, deux pistes distinctes. L’une, toute fraîche, mène à une société secrète qui s’amuse à recréer les assemblées du régime de la Terreur. L’autre, douteuse, remonte à un incident survenu à un groupe de touristes en Islande. Quand le commissaire Adamsberg entreprend de suivre ces deux pistes de front, sa décision jette un froid dans sa brigade, qui menace alors de faire sa propre révolution. Entre les filiations historiques et les allusions au surnaturel, l’intrigue de Temps glaciaires est truffée d’invraisemblances, mais les fidèles lecteurs de Fred Vargas ne la trouveront que plus délectable.

nageuse
La nageuse au milieu du lac, par Patrick Nicol, Le Quartanier, 168 p.

« Seule comme une baigneuse au milieu d’un lac, subitement épuisée », la mère de Patrick Nicol a lentement sombré dans les eaux troubles de la maladie d’Alzheimer. Avec un courage résigné, l’auteur sherbrookois raconte comment les petites distractions de « cette femme désertée » se sont muées en confusion, puis en démence. Entre-temps, les rôles familiaux se sont inversés, et il a dû assumer celui de père à l’égard de sa mère — et voir une partie de lui-même disparaître avec l’être aimé. Un récit d’une rare sensibilité, où tous ceux dont un parent souffre d’alzheimer se trouveront en terrain trop familier.

 

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