PARENTHÈSE / État de sièges

Au théâtre, nous savons, en tâtant le fauteuil qui recevra nos fesses, à quel type de spectacle nous aurons affaire. S’il est trop capitonné, la pièce nous engourdira ; s’il est trop dur, la pièce, forcément moderne, nous provoquera, nous invectivera peut-être. Si c’est un banc rugueux, avec éclisses incorporées, qui attend votre séant, le spectacle sera long, et jeune, et expérimental, voire interactif.

Bref, on ne demande pas une bergère, mais on mérite mieux que ce fauteuil couinant au velours cramé qui fait suer le sillon fessier, ou si mal placé dans la salle qu’on le dirait en punition, convoquant du coup, avant même le lever du rideau, toute la gamme des émotions : de la colère au dépit.

Il arrive que le siège participe du dispositif scénique. Ainsi pour Ciels, de Wajdi Mouawad : on était juché sur un tabouret — pivotant, merci de la délicatesse — pendant deux heures et demie sans entracte. À la fin, on a applaudi et filé droit chez l’ostéopathe.

D’autres expériences théâtrales nous ont fait asseoir par terre, dans un rabaska, sur une lunette de toilette ou dans une baignoire… Les metteurs en scène ont de ces fantaisies !

On s’est parfois surpris, sur le trottoir à l’issue de la représentation, à discourir du confort de l’assise plutôt que de la qualité du spectacle. Comme quoi le théâtre ne parle pas qu’à la tête…

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