Paroles d’acteurs

Louis-José Houde, Marie-Thérèse Fortin et Patrice Robitaille parlent de leur rôle, de leur métier et de ceux qui les inspirent.

Photo : D.R.
Photo : D.R.

À peine la séance de photos venait-elle de commencer que Louis-José Houde, jusque-là très réservé, sortait l’artillerie lourde. Encadré par Marie-Thérèse Fortin et Patrice Robitaille, immobiles, concentrés, dans l’attente de directives du photographe, le jeune roi de la comédie remplissait sa promesse, lui qui avait annoncé à son arrivée sur le plateau : « Je me suis préparé quelques faces. » Mimiques, grimaces, mouvements fantaisistes des sourcils ou du menton, gestuelle comique, l’humoriste affichait l’assurance sans arrogance de celui qui vient d’apprendre que le film dont il partage la vedette avec Michel Côté, De père en flic, remporte un immense succès, avec des recettes de près de deux millions de dollars en cinq jours.

Marie-Thérèse Fortin, elle, n’avait toujours pas vu Les grandes chaleurs, comédie de situation dans laquelle elle tient le rôle principal, une première pour l’actrice au cinéma. Elle y joue sous la direction de Sophie Lorain, dont c’est le premier film. Consciente qu’il y a peu de grands rôles pour les femmes dans les comédies québécoises, Marie-Thérèse Fortin se dit convaincue que toutes les actrices de sa génération auraient voulu jouer le personnage de la quinquagénaire amoureuse bousculée par les événements imaginé par Michel Marc Bouchard.

Quant à savoir pourquoi on fait encore si peu de place aux femmes des décennies après le triomphe de Dominique Michel et Denise Filiatrault, Marie-Thérèse Fortin, prudente, se perd en conjectures. Est-ce parce que l’on mise plutôt sur le slapstick (burlesque) ? Parce que les femmes sont plus à l’aise dans un humour en demi-teintes ? S’agirait-il d’un effet collatéral du féminisme ? Faut-il plus d’aplomb que n’en ont la plupart des comédiennes pour prétendre faire rire le public ? Allez savoir ! Et pourtant, rappelle la directrice du Théâtre d’Aujour­d’hui, des actrices comme Guylaine Tremblay, Élise Guilbault, Anne Dorval et Anne-Marie Cadieux sont particulièrement douées pour la comédie. D’ailleurs, lorsqu’elle pense à La grande séduction, film dont la finesse et l’invention l’ont charmée, il lui vient aussitôt à l’esprit la belle complicité de Clémence DesRochers et Rita Lafontaine dans le rôle de délicieuses commères.

Pour avoir un avant-goût de l’humour de Patrice Robitaille, vedette des Doigts croches, il suffit de lui demander de se prêter à un essayage de costumes. Un col de chemise relevé évoque aussitôt les vampires de Karmina. Un pantalon trop ajusté ou une chemise semi-transparente le poussent à l’autodérision. Coscéna­riste des deux premières comédies de Ricardo Trogi, Québec-Montréal et Horloge biologique, Robitaille s’y est créé une image d’incorrigible macho. Une image conforme à son goût pour les comédies qui installent un malaise chez le public, dont celles du très provocateur Sacha Baron Cohen, qui en a choqué plus d’un avec Borat et Brüno.

Patrice Robitaille a aussi beaucoup de respect pour les Marc Messier, Michel Côté, Rémy Girard, des acteurs qui savent, invariablement, tirer tout le potentiel comique d’une réplique.

Quant à Louis-José Houde, un couche-tard, il fréquente peu les salles de cinéma. Plus curieux de ce qui se tourne au Québec que de la production américaine, attentif aux nouveautés, il porte un grand intérêt aux films d’hier et même à ceux d’avant-hier, comme La petite Aurore l’enfant martyre, le mélodrame de 1951 – qu’il jure être toujours incapable de regarder en entier, parce qu’il est trop impressionnable. De plus, il ne tarit pas d’éloges pour le cinéma québécois des années 1970, notamment pour le film Parlez-nous d’amour, de Jean-Claude Lord, dont il admire l’audace et le mordant des dialogues, signés Michel Tremblay. Aussi, dès qu’un vieux film passe à la télévision, rien à faire, il reste accroché à l’appareil.

Avant de tourner avec Émile Gaudreault, Louis-José Houde n’avait encore jamais lu de scénario, jamais tenu de premier rôle. Il apprécie donc pleinement la valeur du cadeau que le réalisateur lui a offert en lui proposant le personnage du fils dans De père en flic, un rôle écrit sur mesure.

Sur le plateau, Patrice Robitaille se perçoit, quant à lui, comme un acteur hyperréaliste, conscient des exigences du cinéma, soucieux de maîtriser parfaitement la courbe dramatique de son personnage, peu enclin à poser d’innombrables questions au réalisateur, qui, forcément, a bien d’autres chats à fouetter. Tôt ou tard, cela paraît aller de soi, il passera lui-même derrière la caméra, comme Ken Scott, le scénariste et réalisateur des Doigts croches, qui, le premier jour du tournage, en Argentine, avait perdu tous ses acteurs, égarés avec leurs chauffeurs quelque part dans les Andes. La réalité livre parfois une dure concurrence à la fiction…