Pas sérieux, cet orchestre!

Oubliez l’atmosphère feutrée des concerts de musique classique: quand l’Orchestre de jeux vidéo se produit dans les salles montréalaises, le public a le droit de crier, d’applaudir et de s’exclamer à sa guise!

(Vincent Mesure)
Photo: Vincent Mesure

Lors de son premier concert, en 2008, l’Orchestre de jeux vidéo (OJV) avait attiré à peine 300 spectateurs dans la salle de spectacle d’une école secondaire de la métropole. Huit ans plus tard, il s’apprête à remplir, en février prochain, les 2 100 places de la Maison symphonique de Montréal. Après un mois de vente, plus de 1 000 billets ont déjà trouvé preneur pour le concert Évolution, pendant lequel les spectateurs pourront notamment entendre des airs tirés des jeux vidéos Final Fantasy, Donkey Kong et Chrono Trigger.

Que s’est-il passé pour que cet ensemble de 55 musiciens âgés de 20 à 52 ans, bénévoles de surcroît, investisse la demeure du très sérieux Orchestre symphonique de Montréal (OSM)? Tout a commencé par un pari un peu fou, explique Sébastien Wall-Lacelle, tromboniste et cofondateur, avec Jocelyn Leblanc et Catherine Caplette-Bérubé, de l’OJV. «À la première répétition, nous étions à peine 25 musiciens. On ne savait pas trop comment nous allions être reçus», se souvient celui qui enseigne la physique au cégep de Saint-Jérôme le jour.

Au fil des années, le bouche-à-oreille a fait son effet, tout comme le charme bien particulier de ce type de musique. Selon Jonathan Dagenais, directeur musical et artistique de l’OJV depuis 2015, la nostalgie que suscite, par exemple, un concert consacré aux pièces musicales de jeux de Nintendo 64 attire un public jeune qui, autrement, «ne mettrait jamais les pieds dans une salle de concert». Dans un univers de têtes blanches où les tarifs pour jeunes finissent à 30 ans (!), c’est une nécessaire bouffée d’air frais.

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À 35 ans, Éric Couto, père de quatre enfants et travailleur social, est un spectateur régulier de l’Orchestre. Pour celui qui a connu la «musique cacanne» du Nintendo, du Super Nintendo, puis de la PlayStation, entendre ces reprises en version orchestrale est un véritable délice. «J’associe cette musique à du temps de qualité, de divertissement, voire à des émotions fortes. Même s’il me manque les clés pour apprécier son exécution, je possède les références», dit-il.

Ce souci d’atteindre de jeunes et moins jeunes aficionados de la manette se reflète jusque dans l’ambiance qui règne durant les concerts de l’OJV. Oubliez l’atmosphère guindée qu’on trouve normalement lors de l’interprétation de la Tétralogie de Wagner. Pensez plutôt à un minifestival du jeu vidéo où des consoles sont mises à la disposition de tous et où il est de bon aloi de se présenter accoutré en Link, en Master Chief ou en n’importe quelle autre figure du «dixième art». Si l’envie vous en prend, vous pouvez même crier, applaudir ou vous exclamer pendant la représentation.

Qu’en est-il de la qualité musicale? S’il est tentant de trivialiser ce répertoire considéré comme «enfantin» par beaucoup, il n’en est pourtant rien, assure Jonathan Dagenais. «Ce n’est pas parce qu’une musique se veut non sérieuse qu’elle ne peut pas être prise sérieusement», nuance le chef dans la trentaine. La preuve: l’arrangement de chacune des pièces de l’OJV fait l’objet d’un appel d’offres ouvert au grand public, puis d’un long processus de révision et d’adoption. La chef assistante de l’OSM, Dina Gilbert, est du même avis. «L’important, c’est que ce soit bien fait. Il ne faut pas plaire à tous au risque de sacrifier la qualité», affirme-t-elle.

 

Preuve que l’attrait pour la musique orchestrale de jeux vidéos est fort, l’Orchestre Métropolitain, sous la direction de Dina Gilbert, présentera la Symphonie du jeu vidéo de Montréal en novembre 2017. Ce concert symphonique multimédia, qui revisitera les thèmes musicaux de nombreux jeux vidéos conçus dans la métropole, s’inscrit dans le cadre des festivités entourant le 375e anniversaire de la ville. «On l’oublie souvent, mais il y a énormément de boîtes de production de jeux vidéos à Montréal. C’est ici que naissent plusieurs gros titres», souligne la jeune chef.

Selon Investissement Québec, Mont­­réal est le cinquième pôle mondial du jeu vidéo (après Tokyo, Londres, San Francisco et Austin) et regroupe la majorité des quelque 230 entreprises que compte la province dans ce domaine. Jonathan Dagenais attribue d’ailleurs une partie du succès de l’OJV à cette réalité. «On profite du statut de la métropole par la bande. On gravite en quelque sorte autour de l’industrie», illustre-t-il.

Outre l’enregistrement d’un concert en studio ainsi que la présentation d’un concert à Québec en 2017 — une première —, l’OJV aimerait produire sous peu la bande originale d’un titre québécois.

Tout en continuant de décoincer la musique classique, bien sûr.

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