Ville-Marie : entrevue avec Pascale Bussières

Dans Ville-Marie, de Guy Édoin, Pascale Bussières incarne une infirmière aux urgences. Une occasion pour elle de fréquenter cette «antichambre entre la vie et la mort».

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Pascale Bussières (Photo : Christian Blais pour L’actualité)

Dans Ville-Marie, un film de Guy Édoin où elle partage la vedette avec Monica Bellucci, Pascale Bussières incarne une infirmière aux urgences. Une occasion pour elle de fréquenter cette « antichambre entre la vie et la mort » — ce sont ses mots —, un endroit qui l’effraie, comme nous tous, mais qui en même temps la fascine, et où les paillettes du showbiz paraissent bien dérisoires.

« L’hôpital est un lieu tampon, où tout le monde se retrouve sur un même pied », croit Pascale Bussières. Dans Ville-Marie, de fait, les trajectoires d’hommes et de femmes que rien ne destinait à se rencontrer vont converger vers un hôpital montréalais où travaille Marie, un personnage que retrouve Bussières, puis­qu’elle l’endossait déjà dans Marécages (2011), le film précédent de Guy Édoin.

Pour se préparer à ce rôle, la comédienne a effectué un stage d’observation aux urgences de l’hôpital Notre-Dame. « Je voulais être juste dans ma façon de bouger, de réagir aux situations qui se présentent. Je voulais goûter à la tension dans laquelle évolue le personnel. Je connais déjà un peu le monde hospitalier, il faut dire », explique celle qui a vécu pendant quelques années avec un médecin.

« Évidemment, c’est d’abord un lieu de souffrance, poursuit-elle, mais on y trouve aussi beaucoup d’humour. Il y a le protocole, les gens qui travaillent là le font avec sérieux, mais il y a éga­lement une grande huma­­nité qui se dégage des relations que les soignants nouent avec des inconnus qui entrent et qui sor­tent. Ce n’est jamais mécanique. »

Elle y revit aussi des choses qui, elles, n’appartiennent pas à la fiction. En 2011, alors que Marécages était présenté au Festival international du film de Toronto, Pascale Bussières avait reçu un coup de téléphone lui annonçant que son père, atteint d’un cancer en phase terminale, venait d’être admis aux soins intensifs. « J’avais sauté dans un avion sans même me chan­ger. J’étais arrivée au Jewish dans ma robe de gala, avec ma valise et mes talons hauts. Je détonnais ! En même temps, ça n’avait aucune importance : dans ces moments-là, il n’y a plus de place pour le futile, pour le superflu. »

 Faire la cute

Pascale Bussières aime le cinéma comme au premier jour lors­qu’elle tourne, mais ses aspects plus frivoles ont de moins en moins d’attrait à ses yeux. « Dans les festivals de films, tu peux vite “flyer”. Les limousines, le champagne, les partys… Il y a une évanescence tentante là-dedans, mais on ne peut pas vivre comme ça à l’année. Plus ça va, plus j’ai besoin de mon fief [elle vit pour l’essentiel à la campagne], besoin de m’ancrer dans quelque chose de tangible. »

Elle se défend bien de cracher dans la soupe, elle qui a la chance de tourner beaucoup. Ville-Marie est d’ailleurs un des trois films dans lesquels elle a joué qui prennent l’affiche cet automne, en plus d’Anna, de Charles-Olivier Michaud, qui porte sur le trafic humain en Asie du Sud-Est (23 octobre), et des Démons, de Philippe Lesage, qui explore les peurs maladives d’un garçon de neuf ans (30 octobre). « J’ai une chance immense de travailler autant. J’ai la chance, en fait, que mon tempérament farouche ne m’ait pas éloignée davantage des plateaux. Il faut bien le dire : je n’ai pas exactement le profil de l’actrice qui brûle d’aller faire sa cute à Paris ou à Angoulême ! »

(Ville-Marie sera en salles à compter du 9 octobre)