Paul-André Fortier : l’âge du cœur

Avec Misfit Blues, le chorégraphe et danseur démontre que, à 65 ans, il demeure l’une des figures les plus pertinentes de la danse contemporaine.

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Photo : Mathieu Rivard

« Wow, en forme, le vieux ! » Combien de fois a-t-on entendu ces mots, ou leur équivalent, parmi l’assistance de Solo 30×30, ce spectacle que Paul-André Fortier a donné 450 fois, de 2006 à 2012, dans des lieux publics de plusieurs grandes villes du monde ?

Avec Misfit Blues, le chorégraphe et danseur démontre que, à 65 ans, il demeure l’une des figures les plus pertinentes de la danse contemporaine.

La scène s’est répétée à Montréal, Nancy, Newcastle, Yamaguchi… Des badauds s’approchant, intrigués par cet homme mûr qui transforme le quotidien en spectacle de ses gestes vifs, d’une formidable élégance. Mais le plus beau venait juste après, quand ces spectateurs improvisés de Solo 30×30 oubliaient le temps, y compris celui qui est passé sur le corps de Paul-André Fortier, pour se laisser émerveiller par son art chorégraphique si maîtrisé, intemporel.

Dans le milieu très compétitif de la danse contemporaine, où les interprètes se font vieux dès la mi-trentaine, Paul-André Fortier fait figure d’exception. « C’est dommage, observe-t-il, parce qu’un corps plus âgé est chargé d’une histoire, il y a là une matière très riche pour les chorégraphes. Au théâtre et au cinéma, on en crée des rôles pour les artistes mûrs, pourquoi pas en danse ? Heureusement, ça a tendance à changer », croit-il, ce à quoi il contribue très certainement. « Le mouvement n’est pas l’apanage des jeunes ! »

Celui qui évolue dans le domaine depuis 40 ans ne veut pas pour autant devenir une curiosité ou le porte-étendard d’un troisième âge en bonne santé. Fortier dansait, Fortier danse et Fortier dansera, point à la ligne. « Je ne le fais pas pour montrer qu’on peut repousser des limites physiques, je le fais parce que j’ai encore des choses à dire, comme chorégraphe et comme danseur. »

Thérapie de couple

Cette fois, c’est sur le couple que le créateur a des choses à dire. Dans Misfit Blues, créé à l’occasion du prochain Festival TransAmériques, il partage la scène avec la Saskatchewanaise Robin Poitras, pour laquelle il a écrit, en 2009, le solo She.

Proche du théâtre, celui de Beckett et ses situations absurdes, le duo explore l’intimité d’un homme et d’une femme qui s’abandonnent aux mouvements de leurs pulsions les plus secrètes. « Voilà un bon exemple de ce que je n’aurais pas pu écrire il y a 20 ans. Ma lecture du couple n’est pas du tout la même aujourd’hui. Les notions de tabou, de confiance, de lâcher-prise, ça évolue comme le reste ! »

Par le moyen d’une gestuelle débridée, par celui d’une langue inventée, aussi, ils délirent, s’évadent, se fâchent, se retrouvent. Autour d’eux ? Rien, sinon un banc et un ventilateur sur un rond blanc, sorte d’arène au bord de laquelle veille un coyote conçu par le plasticien autochtone Edward Poitras — et, pour la petite histoire, premier mari de Robin.

Pourquoi cet animal ? Chacun y verra ce qu’il veut, mais il n’est pas inintéressant de souligner que le coyote est fidèle, à la vie à la mort. Sa simple présence module la perception, forcément. « J’ai déjà utilisé des projections élaborées, créé des effets sophistiqués, mais je suis de plus en plus attiré par l’économie de moyens. J’ai réalisé que moins il y en a, plus le spectateur a un espace pour être créatif, transformer ce qu’il reçoit. On n’a pas besoin de grand-chose pour lancer l’imaginaire ! »

Ah ! si jeunesse savait…

(31 mai, 1er et 2 juin à l’Agora de la danse)

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C’EST LUI QUI LE DIT

« Il y a une surenchère technologique de nos jours. J’aime bien que le spectateur soit actif, moi, et souvent les artifices de la technologie le rendent passif. »

« Je ne le fais pas pour montrer qu’on peut repousser des limites physiques, je le fais parce que j’ai encore des choses à dire. »

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