Perrine Leblanc : une maille à la fois

Son premier roman, L’homme blanc (2010), lui avait ouvert les portes de la maison Gallimard. Elle y retourne pour nous raconter les luttes irlandaises dans Gens du Nord.

Photo: Justine Latour

Comment s’est passée la création de Gens du Nord ?

Dans le chaos, puis dans la clarté. J’ai rencontré sur le terrain, en tant que romancière, des gens impliqués dans le conflit nord-irlandais, qui a pris fin il y a une vingtaine d’années. Mais depuis le Brexit, cette « paix » est fragile. J’ai vécu des trucs incroyables pendant cette phase de recherche, et il m’est arrivé d’avoir peur pour ma propre sécurité, car la matière avec laquelle j’ai eu à travailler est explosive. L’écriture du livre m’a apaisée ; j’ai pu mettre un peu de lumière dans tout ça grâce au récit.

Comment décririez-vous votre démarche artistique ?

Mon processus créatif est assez simple, mais il est long. Mener à bien un projet de roman peut me demander jusqu’à cinq ans. Les deux premières années sont généralement consacrées à la conception du projet, à la recherche documentaire, au repérage sur le terrain et, au besoin, à l’immersion dans une époque. Je détermine ensuite la forme que pourrait prendre le roman en élaborant un plan qui sera forcément amendé, puis j’écris. 

Gens du Nord s’ancre en Irlande. Pourquoi avoir choisi ce pays ?

Je suis née au Québec et ma langue est le français, mais mon identité est moins évidente : c’est une mosaïque. Mes deux grands-mères sont d’ascendance irlandaise. Si ma grand-mère maternelle avait choisi d’élever ses enfants dans sa langue natale, je serais fort probablement une autrice de langue anglaise… Mais je suis aussi d’ascendance acadienne par mon grand-père maternel, et un jour j’écrirai très certainement sur les Acadiens, ce peuple d’ici déraciné plusieurs fois comme les Irlandais, par la pauvreté d’abord, par la violence de la conquête anglaise, puis par le retour chez soi. Écrire est toujours une exploration des territoires.

Comment votre processus de création a-t-il évolué au fil des années ?

Je suis partie de Montréal pour m’établir en Gaspésie. Là-bas, je me suis inventé une nouvelle routine. Mon écriture est fortement influencée par ce mode de vie dans lequel les arts textiles, que j’ai découverts en 2019, occupent une place importante. Le tricot est un puissant anxiolytique qui me permet de travailler l’étoffe du récit à mesure que je crée du tissu avec de la laine, ma fibre de choix. Mon écriture a gagné en précision et en sobriété, pour être au plus près du sujet, même si je vis à 900 pas de ce que la nature a de plus lyrique à nous offrir : la mer. Et c’est exactement le ton dont Gens du Nord avait besoin pour que la réalité et la fiction entrent en relation.  

(Gens du Nord , Gallimard, 192 p.)

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