Philippe Brault : le plein de musique

Photo : Jocelyn Michel

Philippe Brault tire sur les manches de son pull dans le studio frigorifié du Mile End où il réalise le prochain album de la comédienne chanteuse Viviane Audet. Garçon difficile à ranger, car il se démultiplie en champs divers?: compositeur-interprète, musicien (contrebasse, basse, guitares, piano, mandoline, glockenspiel, etc.), arrangeur, réalisateur et concepteur sonore pour le théâtre, la danse, le cinéma, la télévision. On croit qu’il s’éparpille?: «Non, tout s’enlace et se fertilise.» On pense qu’il vise l’empilement?: «Comment refuser de participer à un livre musical sur iPad narré par Dany Laferrière, qui se passe en Haïti en 1962??» Pour l’exciter, facile?: offrez-lui une aventure qu’il n’a jamais tentée. La publicité?? «Les 30 petites secondes heureuses, c’est moins ma force?!»

En musique, rien ne lui échappe de la science des dynamiques, pourtant il ignore comment trouver l’équilibre entre la création et le quotidien. Scotché au boulot, le Montréalais de 31 ans, père d’une fillette, avoue?: «Ma vie est impossible»?; ajoute?: «Je veux des vacances.» À peine ce souhait formulé qu’il part en tournée avec la chanteuse Salomé Leclerc, joue sur scène avec Philémon Chante, compose des mélodies pour le slameur Ivy, traîne en studio avec Sylvie Paquette, Hôtel Morphée ou Pierre Lapointe — dont il est l’arrangeur principal et le directeur musical depuis 2004 — pour fignoler leurs nouveaux albums.

Il résume son travail?: «En gros, magnifier l’univers des autres.» Et révéler, en palimpseste, son propre monde. Initié au violon classique à l’âge de sept ans, Brault opte plus tard pour le violoncelle avant de se fixer, à l’adolescence, sur la contrebasse. À la musique classique il opposera bientôt, en adoptant la basse électrique, les secousses du rock avant d’accoster tous les rivages?: free jazz, pop, disco, électro…
Ce mois-ci, deux spectacles théâtraux portent sa signature sonore?: l’œuvre musicale hip-hop Mommy, d’Oliver Choinière, «avec une grand-mère qui rappe», et Furieux et désespérés, d’Olivier Kemeid, «une épopée presque cinématographique pour laquelle je crée l’ambiance d’une ville du Maghreb».

Au printemps, il agira comme directeur musical du Chant de Sainte Carmen de la Main, d’après l’œuvre de Tremblay revue par René Richard Cyr et Daniel Bélanger (Belles-Sœurs). Avec le succès prévu, c’est pas demain les vacances?!

Mommy, Théâtre aux Écuries, à Montréal, du 19 févr. au 9 mars, 514 328-7437?; Furieux et désespérés, Théâtre d’Aujourd’hui, à Montréal, du 19 févr. au 16 mars, 514 282-3900.