Pierre Laporte, ce méconnu

Peu d’historiens se sont intéressés au parcours journalistique et politique de Pierre Laporte. Voilà pourquoi il faut saluer le travail remarquable de Jean-Charles Panneton.

Chronique de Pierre Cayouette : Pierre Laporte, ce méconnu

Au terme d’une recherche rigoureuse qui s’est étirée sur plus de six ans, cet historien originaire de Trois-Rivières redonne la place qu’il mérite dans notre «?album de famille?» à celui qui fut assassiné le 17 octobre 1970, lors de la crise d’Octobre.

Sans jamais pour autant verser dans l’hagiographie, et en gardant un souci constant de la nuance, Jean-Charles Panneton démontre d’abord comment Pierre Laporte fut, dans la première partie de sa vie publique, un pionnier du journalisme d’enquête au Québec. Longtemps avant les Alain Gravel, Marie-Maude Denis et Daniel Leblanc de ce monde, Pierre Laporte s’est appliqué, du temps où il était reporter au quotidien Le Devoir, à mettre au jour diverses affaires de corruption. Le scoop de sa carrière, rappelle l’historien, fut son enquête qui aboutit, en 1958, au scandale du gaz naturel, mettant en cause le gouvernement de Maurice Duplessis.

Quand il a choisi de s’engager en politique et fut élu député libéral de Chambly, en 1961, Laporte était animé par les mêmes idéaux de justice et «?le même goût du combat à visière levée?», comme l’écrit si bellement le journaliste Gilles Lesage dans sa généreuse préface. Tour à tour ministre des Affaires municipales et des Affaires culturelles dans le cabinet de Jean Lesage, puis ministre du Travail et de l’Immigration sous Robert Bourassa, Pierre Laporte a mené à terme plusieurs réformes et a participé très activement à l’élan de la Révolution tranquille, rappelle Jean-Charles Panneton.

En somme, nous dit l’historien, Pierre Laporte ne méritait pas de sombrer dans l’oubli. Cette «?mise au ban?» de sa société s’ajoute au destin tragique d’un homme arrêté en pleine course, alors qu’il n’avait que 49 ans et qu’il avait encore beaucoup à donner au Québec. p.c.

Pierre Laporte, par Jean-Charles Panneton, Septentrion, 472 p., 29,95 $.

 


MAUDIT BONHEUR

Le journaliste et animateur Mario Proulx est devenu, au fil des ans, un spécialiste de la quête de sens. Il a pris l’heureuse habitude de publier sous forme de livre le fruit des vastes enquêtes qu’il mène dans le cadre de séries radiophoniques pour la Première Chaîne de Radio-Canada. Après s’être penché sur la fin de vie et l’enfance, voilà maintenant qu’il «?s’attaque?» au bonheur. Qu’est-ce qui compte le plus?? Rechercher à tout prix le bonheur ou simplement vivre le plus intensément possible?? Une quinzaine de personnalités répondent à cette question et à bien d’autres. Boris Cyrulnik, Pascal Bruckner et Christian Bobin participent à cette vaste enquête. Bonheur de lecture assuré?! (La soif de bonheur, Bayard Canada, coll. «?Société Radio-Canada?», 336 p., 29,95 $)


UN NOUVEAU REGARD SUR LES AUTOCHTONES

Au moment où le gouvernement du Québec fait la promotion du Plan Nord, la question autochtone refait surface. Réjean Morissette, qui a longtemps travaillé au Secrétariat aux affaires autochtones, propose un éclairage nouveau sur la place des autochtones dans l’histoire du Canada. Il suggère d’en finir avec leur statut permanent d’«?opprimés?». Il faut, soutient-il, leur redonner une citoyenneté, en abolissant le statut d’autochtone et les réserves. «?Les revendications territoriales insensées et non fondées des Innus et des Attikameks menacent leur avenir comme citoyens du Québec?», croit-il. Voilà un essai qui fera du bruit. (Les autochtones ne sont pas des pandas?: Histoire, autonomie et citoyenneté québécoise, Hurtubise, 408 p., 29,95 $)