Plages d’histoire

D’Aristote au massacre de la Saint-Barthélemy en passant par la ballerine de Degas : 11 romans palpitants remontent le temps !

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L’espionne qui aimait

Grèves générales, journalistes de gauche, gouvernement travailliste au pouvoir, bombes de l’IRA : en 1972, la Grande-Bretagne conservatrice est assiégée. C’est dans ce contexte qu’Ian McEwan imagine une opération de propagande montée par les services secrets, qui consiste à financer le travail de quelques auteurs susceptibles de promouvoir les idées de droite. La mission est confiée à une jeune fille gauche et inexpérimentée, qui mise sa carrière — et son cœur — sur un écrivain impossible à manipuler. La catastrophe qui s’ensuit est la preuve flagrante que littérature et politique ne font pas bon ménage et ne devraient jamais s’associer. M.D.
(Opération Sweet Tooth, par Ian McEwan, Gallimard, 448 p., 37,95 $ ; format numérique : 28,99 $)

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L’autre Belle Époque

On sait très peu de choses sur la petite ballerine qui servit de modèle à Degas pour sa célèbre sculpture : son nom (Marie van Goethem), son âge (14 ans), ses origines (fille d’un tailleur et d’une blanchisseuse belges), son triste destin (renvoyée de l’Opéra de Paris en 1879, elle finira prostituée). À partir de ces quelques éléments, Cathy Marie Buchanan fait revivre un Montmartre qui ressemble davantage à un roman de Zola qu’à une toile impressionniste : les jeunes danseuses qui ne trouvaient pas un « protecteur » étaient condamnées à crever de faim. La vie de bohème n’est pas rose quand l’art est réduit à un moyen de survie… M.D.
(Les filles peintes, par Cathy Marie Buchanan, Marchand de feuilles, 488 p., 34,95 $)

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Vente de charité

Les fermes ont toujours eu besoin de main-d’œuvre bon marché. Aujourd’hui, on importe des travailleurs agricoles étrangers. Il y a 100 ans, au Nouveau-Brunswick, on s’approvisionnait à l’encan paroissial en orphelins et en aînés. Le narrateur muet du Vol de l’ange a connu cette servitude institutionnalisée jusqu’à l’âge de 16 ans, puis à 50 ans, après avoir été arrêté pour contrebande d’alcool. Et le voilà encore mis aux enchères à la fin de sa vie, attendant la bonne âme qui voudra l’acheter et lui épargner les indignités de l’hospice. Un pan honteux de notre histoire qui en dit long sur les rudes conditions sociales de l’époque. M.D.
(Le vol de l’ange, par Daniel Poliquin, Boréal, 320 p., 25,95 $ ; format numérique : 18,99 $)

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Fils à Papineau

Premier-né du chef des Patriotes et membre fondateur de la Société des Fils de la Liberté, Amédée Papineau aura connu l’exil aux États-Unis et les revers politiques, les honneurs d’une carrière de protonotaire et les accusations de fraude, les conflits avec son père et leur résolution au manoir de Montebello, l’amour de la mère de ses trois enfants et la passion, à 77 ans, pour une jeune femme de 24 ans qui lui en donnera deux autres. Une vie palpitante, certes, qu’il a couchée sur 2 000 pages de Mémoires inédits et de carnets intimes. Mais il fallait la rigueur de Micheline Lachance pour départager le vrai du faux, et son talent de conteuse pour en faire une biographie qui se lit comme un roman. M.D.
(La saga des Papineau, par Micheline Lachance, Québec Amérique, 600 p., 29,95 $ ; format numérique : 19,99 $)

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L’année de l’Expo

Avec son Atomium, gigantesque création représentant un cristal de fer, l’Expo universelle de 1958 a fait entrer Bruxelles dans l’ère des découvertes scientifiques et de l’innovation technologique. Elle aura le même effet vivifiant sur Thomas, qui est chargé de superviser le pub du pavillon britannique. Ce fonctionnaire coincé et ancré dans les traditions prendra goût à la liberté et à l’aventure en compagnie d’une hôtesse belge, d’un journaliste russe et d’une espionne américaine. La satire est au rendez-vous dans ce roman nostalgique qui évoque les débuts de l’Union européenne et… les beaux jours de notre Expo à nous. M.D.
(Expo 58, par Jonathan Coe, Gallimard, 336 p., 37,95 $ ; format numérique : 26,99 $)

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Fidélité aveugle

Jean-Christophe Rufin nous a habitués à des romans de très haut calibre, et son dernier n’est pas moins admirable. Après la Première Guerre mondiale, un héros décoré de la Légion d’honneur est arrêté pour outrage à la nation. Quelles circonstances ont amené cet homme à retourner sa veste et à prendre soudain en grippe le chien fidèle qui l’avait suivi jusque dans les tranchées du front d’Orient ? Le juge qui instruit le procès voudrait bien innocenter l’accusé, mais ce dernier devra d’abord se réconcilier avec la femme qui l’a blessé et, surtout, comprendre que ce qui réduit le soldat à la bête peut aussi faire la grandeur d’un être humain. M.D.
(Le collier rouge, par Jean-Christophe Rufin, Gallimard, 160 p., 23,95 $ ; format numérique : 19,99 $)

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Sagesse antique

Dans son testament, le philosophe Aristote exprimait le souhait que sa fille, Pythias, soit donnée en mariage à un lointain cousin. À partir de cette petite mention et de ses vastes connaissances en culture hellénique, Annabel Lyon a construit un roman captivant sur les mœurs des prostituées et des grandes prêtresses, des esclaves et des soldats, et où les sacrifices d’animaux trouvent écho dans le sang de la maturité sexuelle. Sous son experte gouverne, Pythias est plus fascinante qu’une héroïne moderne, et le IVe siècle avant notre ère offre des réponses pleines de sagesse à nos préoccupations actuelles. M.D.
(Une jeune fille sage, par Annabel Lyon, Alto, 360 p., 27,95 $ ; format numérique : 18,99 $)

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Le repos du guerrier

En 1946, Hisao rentre chez lui après avoir servi dans l’armée japonaise pendant la terrible bataille de Peleliu. Dans le train, il perd un œuf de jade qu’il avait acheté pour sa bien-aimée. Il tentera de le retrouver pendant tout le récit. L’homme qui avait soif est un ouvrage tout en retenue où les émotions ne sont qu’effleurées. C’est aussi un portrait subtil d’un Japon aux plaies béantes. E.D.
(L’homme qui avait soif, par Hubert Mingarelli, Stock, 160 p., 26,95 $)

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Si tu y es, frappe deux fois !

Par un soir de 1848, deux fillettes de l’État de New York entrent en communication avec un esprit, qu’elles appelleront Mister Splitfoot. Kate et Margaret Fox partiront exploiter leurs dons de médium en ville, où elles s’enrichiront. L’Amérique offre alors un terreau fertile à la crédulité, qui permettra aux sœurs de devenir les figures de proue du spiritisme. Dans ce récit aux accents gothiques inspiré d’une histoire vraie, Hubert Haddad brosse un portrait foisonnant d’une Amérique où des veufs millionnaires éplorés étaient prêts à payer le prix fort pour communiquer avec feu leur épouse. Kate et Margaret Fox connaîtront la gloire et la célébrité, avant d’être abandonnées par leurs bons esprits. Présenté dans une langue marquée d’une délicieuse préciosité et saupoudré d’étonnantes prouesses lexicales, ce roman émeut jusqu’à la dernière page. L’auteur brille par ses descriptions, notamment celle de la ville de Rochester au XIXe siècle. Assez documenté pour enseigner sans lasser par l’énumération d’artéfacts inutiles, ce livre témoigne non seulement d’une époque palpitante, mais aussi du désir humain jamais assouvi de communiquer avec les morts. E.D.
(Théorie de la vilaine petite fille, par Hubert Haddad, Zulma, 400 p., 35,95 $)

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Hémoglobine

Le 23 août 1572, Mattias Tannhauser, chevalier de Malte, arrive à Paris pour y retrouver sa femme, au moment où une des pages les plus sombres de l’histoire de France est sur le point de s’écrire : le massacre de la Saint-Barthélemy. S’ensuivent presque 1 000 pages de meurtres, de pendaisons, de corps éventrés et de cadavres sanguinolents, assortis de procédés littéraires simples à la portée de tous. Pour bien s’informer sur ces événements tragiques, on choisira un traité d’histoire qui encadrera cette lecture. E.D.
(Les douze enfants de Paris, par Tim Willocks, Sonatine, 942 p., 39,95 $)

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Immortels mensonges

Ari Spinoza, narrateur du roman L’élixir de l’immortalité — philtre dont la recette est d’ailleurs fournie à la fin du livre —, raconte comment la famille Spinoza a traversé l’histoire de l’Europe dans une fresque familiale qui s’étend du XIIe siècle, au Portugal, jusqu’aux années 1960, à Budapest. On l’aura compris, Ari descend directement du grand philosophe néerlandais du même nom. Il est souvent impossible de démêler, dans ce roman philosophique brillamment construit, le vrai du faux, et on se surprend très souvent à y préférer les parties inventées, tant leur souffle narratif est porteur. Difficile aussi de dire si ce roman se veut un musée de toutes les souffrances que les Juifs ont endurées ou s’il montre que ces derniers ont toujours fait partie intégrante du tissu social et politique de l’Europe. Staline, Freud et même un Voltaire grabataire y font de surprenantes apparitions. Le charme opère dès les premières pages et ne se dément pas. « Nous sommes faibles et, pour supporter notre nature, nous nous mentons. » Ces mensonges, parés de velours et d’autres fines étoffes, resteront toujours plus présentables que la vérité toute nue. E.D.
(L’élixir de l’immortalité, par Gabi Gleichmann, Grasset, 544 p., 34,95 $)

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Autre suggestion mais pas encore disponible au Qc (je crois). « Pharao-nique ! La vie sexuelle au temps des pharaons : Histoire et révélations » de Thierry Do Espirito, éd. de l’Opportun, 272 pp., 14,90 €.

« J’aurai envie de descendre dans l’eau/Pour me laver devant toi/Et ferai en sorte que tu voies mes charmes/A travers ma robe de lin royal de première qualité ». Poème trouvé à Deir el-Medineh, où vivaient les ouvriers qui ont construit et décoré la majeure partie des tombes de la vallée des Rois.