Podz: dérapage contrôlé

Le défi de l’adaptation cinématographique de la pièce de théâtre King Dave a mis sept ans à mûrir dans la tête du réalisateur.

Le réalisateur et scénariste Daniel Grou, plus connu sous le pseudonyme de Podz. (Photo: Julia Marois pour L'actualité)
Le réalisateur et scénariste Daniel Grou, plus connu sous le pseudonyme de Podz. (Photo: Julia Marois pour L’actualité)

Les tournages extrêmes, ça le connaît. On se souvient entre autres de la controversée scène de fusillade dans une école, long plan-séquence qui ouvrait la deuxième saison de la série policière 19-2. Habitué du petit écran (Les Bougon, Minuit, le soir, C.A.) comme du grand (Les sept jours du talion, L’affaire Dumont), Podz, alias Daniel Grou, présente son expérience la plus risquée à ce jour avec King Dave, film tiré de la pièce du même titre du comédien et scénariste québécois Alexandre Goyette, devenu un plan unique de 91 minutes et des poussières. Une prouesse technique au service d’un texte coup-de-poing, qui suit la descente aux enfers d’un jeune homme — incarné par Goyette — à l’égo surdimensionné mais fragile, petit criminel qu’une spirale de malentendus et de mauvais choix va mener à faire de grandes bêtises.

Ce film tient tout entier dans un plan d’une heure et demie. C’était particulièrement casse-gueule comme tournage, non?

Tous les tournages ont quelque chose de casse-gueule, les miens en tout cas! Mais celui-ci n’avait pas de précédent, c’était difficile d’être prêt à toutes les éventualités. En plus des déplacements et de l’enchaînement des actions, King Dave se décline en plusieurs temporalités, avec des flashbacks; il y a différents niveaux narratifs… Contraire­ment au plan-séquence de 19-2, par exemple, qui se déroulait en temps réel.

Ce qui est le but d’un plan-séquence, d’ailleurs: faire vivre au spectateur quelque chose comme s’il y assistait dans la vraie vie. Ici, ce n’est pas le cas…

En effet, et je pense que c’est l’un des aspects intéressants de ce film: ce plan sert à autre chose que ce à quoi cette technique sert d’habitude. Les mésaventures de Dave, qui de fil en aiguille va se retrouver dans une situation dramatique, se passent sur à peu près une semaine. Par ailleurs, son personnage nous apparaît tantôt à 22 ans, tantôt à 35 ans, puis enfant, par l’intermédiaire d’un jeune comédien, Élie Stuart. Je crois qu’il n’y a pas d’équivalent au cinéma.


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Vous vous intéressez à cette pièce depuis longtemps?

Ça fait sept ans que je suis là-dessus! À l’époque, je travaillais sur C.A. avec Alexandre, et un jour il m’a invité à voir sa pièce King Dave. Il y jouait tous les personnages, ce qui était assez impressionnant. Alexandre avait déjà l’idée d’en tirer un film et m’en avait touché un mot. Moi, je doutais un peu de la faisabilité, au début, mais on a fini par trouver les clés pour le faire. Le plus important, pour moi, était de préserver l’élan, la foulée de la performance théâtrale. De capter l’énergie de cette épreuve physique que s’imposait le comédien, avec l’épuisement qui en découle. D’où l’idée du plan-séquence: je voulais que ça sonne juste.

L’une des particularités de King Dave est de nous placer dans la tête de Dave et en dehors…

C’est le selfie suprême: sa confession, parce que c’en est une, est un discours double, qui comporte à la fois le texte et le sous-texte, parce que Dave commente lui-même ce qui lui arrive, avec beaucoup d’autodérision. Dave veut devenir un homme, mais il part sur une fausse piste, en voulant s’en prendre au gars qui a mis la main aux fesses de sa blonde. Avant d’être un défi technique, il s’agit d’abord d’une histoire bouleversante, que j’avais envie de raconter. Moi, j’aime tourner l’émotion, montrer la vulnérabilité chez les gens, ce que le cinéma ne montre pas si souvent: la plupart du temps, les personnages incarnent une idée, un profil; on ne montre pas tant l’indécision et l’incertitude, à l’écran. Le but n’était pas que le film soit techniquement parfait, mais qu’il soit émotivement fort.

Vous avez tourné le plan cinq fois en cinq jours. Quelle version avez-vous conservée?

La dernière. Il y a eu une magie, ce soir-là. On était peut-être plus détendus parce qu’on savait qu’il y en avait au moins une autre de bonne. Le tournage était un défi pour beaucoup de monde. Pensez au caméraman, qui tient la caméra pendant 91 minutes! Ou encore à la comédienne Mylène St-Sauveur, qui entre en scène après trois quarts d’heure… Disons qu’il y avait pas mal d’intervenants, sur le plateau, qui ne voulaient pas être «la personne qui gâche la sauce»!

(En salles le 15 juillet)