Polars : la vague scandinave

Les nouveaux maîtres du roman policier sont suédois, norvégiens, islandais, finlandais et danois ! De Stieg Larsson à Camilla Läckberg, en passant par Jo Nesbø et Arnaldur Indridason, voici une incursion dans l’univers des auteurs du «cercle polar».

Polars : la vague scandinave
Camilla Läckberg – Photo: Suz/C.C. 3.0

Prenez un inspecteur solitaire — préférablement tourmenté —, puis parachutez-le dans une petite ville isolée de province, où il devra faire équipe avec quelques collègues aussi typés que lui.

Ajoutez-y quelques meurtres crapuleux, de même que de longues séances d’introspection (parfois accompagnées d’une forte quantité d’alcool !), et vous obtiendrez la recette gagnante pour créer le roman policier parfait… du moins, à la sauce scandinave.

En Europe comme ailleurs, les polars venus du froid connaissent un succès monstre ces dernières années. Les Mankell, Indridason et autres Nesbø caracolent en tête des palmarès : la trilogie Millénium, du Suédois Stieg Larsson, s’est écoulée à elle seule à plus 50 millions d’exemplaires, portée au départ par le simple bouche-à-oreille ! Nombre de ces œuvres ont été adaptées au cinéma et à la télévision, et le milieu littéraire parle même désormais d’une véritable « école scandinave » du roman noir.
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Mais derrière ces intrigues à la fois complexes et spectaculaires se profile une critique virulente sur un monde qui n’est plus tout à fait ce qu’il était. « Une société violente aux relents de racisme, hantée par son passé nazi : la littérature noire scandinave dépeint un mode de vie éloigné de la social-démocratie égalitaire vantée par les politiques », avançait déjà en 2007 le quotidien français Libération.

Même les auteurs féminins — la Finlandaise Leena Lehtolainen et l’Islandaise Yrsa Sigurdardottir, par exemple — écorchent cette vision d’une société idéalisée par l’entremise de leurs personnages, des femmes débordées qui doivent conjuguer avec des patrons exécrables et des horaires irréalistes.

Photographie d’une réalité méconnue ou simple divertissement pour lecteurs avides d’histoires glauques ? Une chose est sûre : le polar scandinave a le vent en poupe, et ses représentants sont devenus de véritables « stars » de la littérature à l’extérieur de leurs propres frontières nordiques. Voici 16 auteurs incontournables à connaître.

*     *     *

STIEG LARSSON
Suède

Qui n’a encore jamais entendu parler de Millénium ? La célèbre trilogie de Stieg Larsson remporte un succès phénoménal : à ce jour, plus de 50 millions d’exemplaires se sont envolés dans au moins 25 pays. En France, la maison d’édition Actes Sud a même créé une nouvelle collection de romans à suspense, Actes Noirs, au moment de publier le premier livre de cette suite.

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Stockholm, Suède – Photo : Bjørn Giesenbauer / Flickr

Une adaptation cinématographique et une série télévisée ont vu le jour, et un Millenium Tour est même proposé aux touristes qui visitent Stockholm, la capitale de la Suède, pour mieux s’imprégner de l’univers des ouvrages.

Stieg Larsson, tour à tour graphiste, journaliste et critique de littérature policière et de bandes dessinées, est décédé d’une crise cardiaque en 2004, à l’âge de 50 ans, quelques semaines avant d’avoir livré ses manuscrits à Norstedts, la plus grande maison d’édition suédoise.

Avant sa mort, l’auteur envisageait de produire au moins 10 volumes dans cette série et il s’était même mis à étudier la mécanique des coffres-forts pour « enrichir » son œuvre. Un quatrième tome, rédigé aux deux tiers, a été retrouvé, mais un imbroglio juridique impliquant les héritiers de Larsson en bloque la publication pour l’instant. Pour plusieurs, les événements tragiques qui ont entouré la publication de la trilogie Millénium ont d’ailleurs contribué au succès de l’œuvre, tout en faisant de Stieg Larsson une sorte de héros littéraire.

Dans le premier tome, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, Mikael Blomkvist, un reporter dans la quarantaine, quitte ses fonctions de rédacteur en chef de Millénium (une revue d’affaires sociales et économiques) après avoir perdu un procès pour diffamation. Un vieil homme fortuné fait appel à lui pour enquêter sur une affaire toujours non élucidée, soit la disparition d’une petite fille il y a 40 ans. Lisbeth Salander, une jeune rebelle et perturbée, souffrant du syndrome d’Asperger et placée sous contrôle social, viendra l’appuyer dans son travail. Les deux personnages reviendront dans les aventures subséquentes.

Œuvres suggérées :

Millénium 1 – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (2006 ; parution originale en 2005)
Millénium 2 – La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette (2007 ; parution originale en 2006)
Millénium 3 – La reine dans le palais des courants d’air (2007, versions traduite et originale)

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Résumé :
Millénium 2 – La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette

« Tandis que Lisbeth Salander coule des journées supposées tranquilles aux Caraïbes, Mikael Blomkvist, réhabilité, victorieux, est prêt à lancer un numéro spécial de Millénium sur un thème brûlant pour des gens haut placés : une sombre histoire de prostituées exportées des pays de l’Est. Enquêter sur des sujets qui fâchent mafieux et politiciens n’est pas ce qu’on souhaite à de jeunes journalistes amoureux de la vie. Deux meurtres se succèdent, les victimes enquêtaient pour Millénium. Dans ce deuxième volume de la trilogie, Stieg Larsson nous embarque dans un univers à cent à l’heure et signe un thriller au rythme affolant. »
Actes Sud

 

HENNING MANKELL
Suède

Né en 1948 à Härjedalen, dans le centre de la Suède, Henning Mankell a été élevé par son père, juge d’instance, sa mère l’ayant abandonné peu de temps après sa naissance.

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Henning Mankell – Photo : PalFest / Flickr

Son œuvre « polaresque » (mettant en scène l’inspecteur Kurt Wallander) est généralement considérée comme le prolongement de celle imaginée par le couple suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö, qui a mis en scène le personnage de Martin Beck dans les années 1960 et 1970.

Entouré de son équipe, le commissaire Wallander plonge au fil des romans dans des affaires toujours plus sordides que les précédentes, en même temps qu’il s’enfonce dans un état de plus en plus dépressif.

Toutes ces histoires se déroulent dans la région de Skåne, au sud de la Suède, que l’auteur décrit comme « l’endroit où la Suède se termine — une sorte de Texas baltique ». On y trouve des clairières où ont parfois lieu d’étranges rituels, comme des jeux de rôles qui tournent au drame (Les morts de la Saint-Jean, un des romans les plus populaires de Mankell).

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Sud de la Suède – Photo : GeS / Flickr

Au sujet de son personnage principal, l’auteur indique : « Je ne suis pas sûr que nous serions amis s’il existait réellement. Wallander et moi partageons le même amour de la musique, mais nous sommes très différents et à vrai dire, je ne l’aime pas beaucoup. »

Henning Mankell a touché à d’autres formes d’écriture : il est l’auteur de romans (Comédia infantil, Profondeurs, etc.) et de livres pour enfants (Le chat qui aimait la pluie, La société secrète, etc.).

Parallèlement à sa carrière d’écrivain, le Suédois a formé une troupe de théâtre professionnelle au Mozambique, où il habite quelques mois par année avec sa femme, Eva Bergman (la fille du cinéaste Ingmar Bergman). Il est également engagé dans la lutte contre le sida sur le continent africain et participe à divers projets, dont la rédaction de « livres de la mémoire » — des témoignages d’adultes atteints de la maladie qu’il réunit dans un ouvrage accompagné de photos.

S’intéressant à la politique et aux relations internationales, il a participé en 2010 à l’expédition en mer organisée par des groupes activistes en faveur de Gaza dans le but d’acheminer de l’aide humanitaire. Le convoi a été intercepté par l’armée israélienne, et une dizaine de personnes ont été tuées au cours de l’opération.

Œuvres suggérées :

La cinquième femme (2000 ; parution originale en 1996)
Les morts de la Saint-Jean (2001 ; parution originale en 1997)
Les chiens de Riga (2003 ; parution originale en 1992)
La lionne blanche (2004 ; parution originale en 1993)
Le retour du professeur de danse (2006 ; parution originale en 2000)

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Résumé :
La cinquième femme

«Des meurtres à donner froid dans le dos se succèdent : un homme est retrouvé empalé dans un fossé, un autre ligoté à un arbre et étranglé, un troisième noyé au fond d’un lac. Et si le crime était la vengeance d’une victime contre ses bourreaux ? Dans ce cas, Wallander doit se hâter pour empêcher un autre meurtre tout aussi barbare. »
Points

 

MAJ SJÖWALL et PER WAHLÖÖ
Suède

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Le couple formé de Maj Sjöwall (née en 1935) et de Per Wahlöö (né en 1926, et décédé en 1975) a fondé ce que les experts de la littérature policière qualifient encore aujourd’hui d’« école suédoise » du polar.

Passionnés tous deux de criminologie — elle comme éditrice, lui comme reporter criminel —, ils ont écrit ensemble, de 1965 à 1975, dix romans dans lesquels évoluent l’inspecteur de police Martin Beck et son équipe. Cette série, baptisée Le roman d’un crime, se déroule à Stockholm et met en lumière une succession de meurtres, de viols et de disparitions suspectes.

Mais derrière des intrigues policières touffues et bien ficelées, ces histoires portent une critique sévère de la société suédoise de l’époque et du modèle social-démocrate. De son vivant, Wahlöö allait même jusqu’à définir le travail de son épouse et de lui-même de « scalpel ouvrant le ventre d’une idéologie appauvrie et exposant la morale discutable du pseudo bien-être bourgeois ».

Par exemple, Le policier qui rit dévoile une Suède qui, sous son vernis de démocratie parfaite, dissimule pour l’époque des actions discutables alors que s’y déroulent des manifestations contre la guerre du Viêt Nam.

Quelques romans du tandem ont été transposés au petit et au grand écran, notamment Le policier qui rit, qui est devenu The Laughing Policeman (1973) au cinéma américain avec Walter Matthau en vedette.

Œuvres suggérées :

Roseanna (2008 ; parution originale en 1965)
L’homme qui partit en fumée (2008 ; parution originale en 1966)
L’homme au balcon (2009 ; parution originale en 1967)
Le policier qui rit (2009 ; parution originale en 1968)
Les terroristes (2010 ; parution originale en 1975)

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Résumé :
Les terroristes

« Martin Beck est appelé à témoigner au procès d’une jeune femme soupçonnée de braquage, puis doit s’occuper du meurtre d’un magnat du porno. La justice suédoise, prétendument exemplaire, se révèle partiale et d’une effrayante médiocrité. Parallèlement, Beck est chargé de la protection d’un impopulaire sénateur américain en visite à Stockholm ; mais [l’inspecteur] Gunvald Larsson, de retour d’un traumatisant voyage en Amérique latine, est convaincu qu’un groupe de terroristes est décidé à saisir cette occasion pour commettre un attentat spectaculaire…

Ce dernier volume du Roman d’un crime, à certains égards tragiquement visionnaire, est aussi le livre le plus politique de Sjöwall et Wahlöö. Outre la dénonciation « citoyenne » des institutions, les auteurs s’attaquent à la social-démocratie suédoise, hypocrite, manipulatrice et profiteuse. »
– Rivages

(Photo de Maj Sjöwall : Dr Jost Hindersmann / Krimidoedel / C.C. 3.0)

 

JO NESBØ
Norvège

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« J’ai grandi à Oslo dans une famille de lecteurs et de raconteurs. Ma mère était libraire et mon père s’installait dans le salon tous les après-midis pour nous raconter des histoires, avec son style bien à lui. »

Voilà ce qui a donné envie à Jo Nesbø, 51 ans, d’écrire ses propres histoires… même s’il a d’abord travaillé comme journaliste économique, puis comme auteur-compositeur-interprète, de 1993 à 1998, au sein du groupe de musique pop Di Derre (« Eux là-bas »).

Les romans de ce Norvégien présentent Harry Hole, un inspecteur de la police d’Oslo qui est parfois appelé à se déplacer ailleurs dans le monde pour ses enquêtes (par exemple, en Australie dans L’homme chauve-souris ou en Thaïlande dans Les cafards).

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Ålesund, Norvège – Photo : Pierre Duchesneau

Le policier n’est toutefois pas un enfant de chœur : Jo Nesbø le dépeint comme un homme bourru, solitaire, avec un fort penchant pour l’alcool et le tabac… et faisant usage de méthodes peu orthodoxes pour résoudre ses enquêtes. Un des maîtres incontestés du roman policier, l’Américain Michael Connelly, a d’ailleurs décrit Harry Hole comme son « nouveau héros » et Jo Nesbø, comme son auteur de romans policiers préféré.

Récipiendaire du Prix du meilleur roman scandinave en 1998 avec L’homme chauve-souris, Jo Nesbø est également l’auteur de romans jeunesse (La poudre à prout du professeur Séraphin et Baignoire à remonter le temps : Prout).

Œuvres suggérées :

L’homme chauve-souris (2002 ; parution originale en 1997)
Rouge-gorge (2004 ; parution originale en 2000)
L’étoile du diable (2006 ; parution originale en 2003)
Le bonhomme de neige (2008 ; parution originale en 2007)
Le léopard (2011 ; parution en 2009)

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Résumé :
L’homme chauve-souris

« Parce qu’une jeune Norvégienne a été sauvagement jetée d’une falaise à l’autre bout du monde en Australie, l’inspecteur Harry Hole de la police d’Oslo est envoyé sur place par une hiérarchie soucieuse de l’évincer. Ce qui n’aurait dû être que routine diplomatique va se transformer en traque impitoyable au fur et à mesure de meurtres féroces qu’Harry Hole refuse d’ignorer. Autre hémisphère, autres méthodes… Associé à un inspecteur aborigène étrange, bousculé par une culture neuve assise sur une terre ancestrale, Hole, en proie à ses propres démons, va plonger au cœur du bush millénaire. L’Australie, pays de démesure, véritable nation en devenir où les contradictions engendrent le fantastique comme l’indicible, lui apportera, jusqu’au chaos final, l’espoir et l’angoisse, l’amour et la mort : la pire des aventures. »
Folio

(Photo de Jo Nesbø : Hannibal / C.C.3.0)

 

CAMILLA LÄCKBERG
Suède

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Âgée de 36 ans, Camilla Läckberg est l’une des plus jeunes auteurs de romans policiers à succès (cinq millions de livres vendus).

Comme son compatriote norvégien Jo Nesbø, elle a senti l’appel de l’écriture à un très jeune âge : elle raconte avoir rédigé son premier livre, une nouvelle « sanglante » de quatre pages intitulée Tomtem (Le lutin), à l’âge… de cinq ans ! « J’ai toujours été fascinée par les histoires de meurtre et pourtant, j’ai eu une enfance idyllique », dit l’économiste de formation.

Son personnage, Erica Falk, est présentée comme une « héroïne femme au foyer » : il s’agit d’une écrivaine célibataire qui s’est reconvertie comme enquêteuse à l’âge de 35 ans. Elle habite et travaille à Fjällbacka, un petit village de pêche de 800 habitants, en Suède, où Camilla Läckberg a elle-même grandi.

C’est dans cet endroit paisible et sans histoire qu’un pêcheur trouve une petite fille de sept ans morte noyée (Le tailleur de pierre, paru en 2005)… mais dont les poumons sont remplis d’eau douce savonneuse. Quelqu’un l’a donc tuée avant de la jeter à la mer…

Le premier roman de cette auteure, La princesse des glaces, a obtenu le prix Polar International en 2008 ainsi que le Grand prix de littérature policière. Il a été adapté pour la télévision suédoise, tout comme son deuxième roman, Le prédicateur.

Œuvres suggérées :

La princesse des glaces (2008 ; parution originale en 2002)
Le prédicateur (2009 ; parution originale en 2004)
Le tailleur de pierre (2009 ; parution originale en 2005)
L’oiseau de mauvais augure (2010 ; parution originale en 2006)
L’enfant allemand (2011 ; parution originale en 2007)

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Résumé :
La princesse des glaces

« Erica Falck, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d’une amie d’enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d’eau gelée. Impliquée malgré elle dans l’enquête (à moins qu’une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l’oeuvre), Erica se convainc très vite qu’il ne s’agit pas d’un suicide. Sur ce point — et sur beaucoup d’autres —, l’inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint. À la conquête de la vérité, stimulée par un amour naissant, Erica, enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives, plonge dans les strates d’une petite société provinciale qu’elle croyait bien connaître et découvre ses secrets, d’autant plus sombres que sera bientôt trouvé le corps d’un peintre clochard — autre mise en scène de suicide.

Au-delà d’une maîtrise évidente des règles de l’enquête et de ses rebondissements, Camilla Läckberg sait à merveille croquer des personnages complexes et — tout à fait dans la ligne de créateurs comme Simenon ou Chabrol — disséquer une petite communauté dont la surface tranquille cache des eaux bien plus troubles qu’on ne le pense. »
Actes Sud

(Photo de Camilla Läckberg : Suz / C.C. 3.0)

 

ARNALDUR INDRIDASON
Islande

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Né en 1961 à Reykjavík, la capitale de l’Islande qu’il habite toujours avec sa femme et leurs trois enfants, Arnaldur Indridason est considéré dans le milieu littéraire comme le pionnier des auteurs islandais de polars.

En entrevue pour un site Web français en 2008, il a déclaré : « Il n’existe pas de tradition de polar en Islande pour deux raisons […] : les gens, y compris les écrivains, [y] considéraient les histoires policières comme des mauvais romans. La deuxième raison, c’est que beaucoup d’Islandais ont longtemps cru en une sorte d’innocence de leur société. Très peu de choses répréhensibles se produisaient, et le peu de faits divers ne pouvaient pas donner lieu à des histoires policières. »

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Reykjavík, Islande – Photo : Kristin Sig / Flickr / Fotopedia

L’auteur n’a d’ailleurs pas la prétention de donner une image « exotique » de son pays à ceux qui le lisent : « J’ai toujours écrit mes livres pour 300 000 personnes, les 300 000 Islandais. J’écris la société telle que moi je la vois. Je crois que je deviendrais un auteur affreusement mauvais si j’essayais de me conformer à l’image que les étrangers ont de l’Islande, ou au contraire de la contredire. À ce moment-là, autant travailler pour le ministère du Tourisme ! »

Les histoires d’Arnaldur Indridason mettent en vedette une équipe de détectives occupée à démêler de sombres affaires avec, à sa tête, le détective Erlendur, un être tourmenté par sa fille aux prises avec des problèmes de drogues… et torturé par la disparition de son frère alors qu’il était enfant.

« Je ne m’intéresse aucunement au bonheur. « Les gens heureux n’ont pas d’histoire », comme le résume le proverbe. Le bonheur se suffit à lui-même, il n’y a rien à en dire; voilà pourquoi je préfère traiter de la souffrance et des conditions qui l’ont engendrée », affirme l’auteur.

Trois romans d’Indridason ont été adaptés pour la radio locale, et l’auteur travaille actuellement à l’écriture de deux scénarios de films (tirés de nouvelles qu’il a écrites) en collaboration avec le Fonds cinématographique islandais.

Œuvres suggérées :

La cité des jarres (2006 ; parution originale en 2000)
La femme en vert (2007 ; parution originale en 2001)
La voix (2008 ; parution originale en 2002)
L’homme du lac (2009 ; parution originale en 2004)
Hiver arctique (2010 ; parution originale en 2005)

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Résumé :
La voix

« Mauvaise publicité pour l’hôtel de luxe envahi par les touristes ! Le pantalon sur les chevilles, le Père Noël est retrouvé assassiné dans un sordide cagibi juste avant le traditionnel goûter d’enfants. La direction impose sur la discrétion, mais le commissaire Erlendur ne l’entend pas de cette oreille. Déprimé, assailli par des souvenirs d’enfance douloureux, il s’installe dans l’hôtel et en fouille obstinément les moindres recoins… »
Points

 (Photo d’Arnaldur Indridason : Anneli Salo / C.C. 3.0)

 

KARIN FOSSUM
Norvège

Surnommée « la Reine du crime » dans son pays, Karin Fossum, 56 ans, a entamé sa carrière d’auteure avec des recueils de poèmes primés dans les années 1970. Depuis 1995, elle se consacre exclusivement à l’écriture de romans à suspense, qu’elle écrit à partir de sa résidence d’Oslo.

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Henningsvær, Norvège – Photo : Pierre Duchesneau

Dans son œuvre, on retrouve Konrad Sejer, un inspecteur mélancolique assigné à de lourdes enquêtes (meurtres, disparitions, viols) dans des endroits souvent reculés de la Norvège. Karin Fossum, qui a jadis travaillé dans des hôpitaux, des maisons de repos et un centre de réhabilitation pour toxicomanes, se fait un devoir de creuser dans la psychologie la plus profonde de ses personnages et de s’amuser avec les concepts de « normalité » et de préjugés chez l’humain.

Par exemple, dans Celui qui a peur du loup, on soupçonne un évadé de l’asile psychiatrique d’être à l’origine du meurtre d’une vieille dame, dont le crâne a été fendu d’un coup de pioche. Mais est-ce bien l’auteur de ce crime atroce ?

Les livres de Karin Fossum ont été traduits dans 25 langues et ont remporté des prix internationaux. Ses deux premiers romans, L’œil d’Ève et Ne te retourne pas !, ont fait l’objet d’adaptations cinématographiques.

Œuvres suggérées :

L’œil d’Ève (2001 ; parution originale en 1995)
Ne te retourne pas ! (2004 ; parution originale en 1996)
Celui qui a peur du loup (2006 ; parution originale en 1997)
Le diable tient la chandelle (2007 ; parution originale en 1998)
La mort indienne (2009 ; parution originale en 2000)

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Résumé :
Ne te retourne pas !

« Dans un petit village de Norvège, une fillette de six ans portée disparue, puis retrouvée. Peu après, cette fillette explique qu’elle était simplement partie se promener. Mais elle révèle aussi que, près d’un étang, elle a découvert le cadavre d’une adolescente. La victime s’avère être Annie Holland, et son corps nu a été disposé de façon à ce que l’on croit à un viol. Pourquoi cette mise en scène ? La police commence par interroger ceux qui côtoyaient la jeune fille, c’est-à-dire les habitants du quartier qui ont noué des liens entre eux au fil du temps. Des rumeurs se mettent à circuler : la jeune Annie Holland, depuis quelques temps, avait changé… Après L’œil d’Ève, l’inspecteur Konrad Sejer se retrouve confronté à nouvelle affaire complexe. »
Points

 

ANNE HOLT
Norvège

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Inspectrice de police, reporter-présentatrice à la télévision norvégienne, avocate spécialisée dans la protection des enfants, ministre de la Justice : telle est l’impressionnant curriculum vitæ d’Anne Holt, 52 ans, aujourd’hui auteure de polars publiés dans plus de 25 pays.

La Norvégienne a écrit son premier livre, La déesse aveugle, en 1993. Ses toutes premières histoires relatent la vie de Hanne Wilhelmsen, une commissaire d’Oslo qui roule en Harley Davidson et qui tente de dissimuler son homosexualité auprès de ses collègues de travail et de son entourage.

D’autres romans, publiés plus tard, mettent en scène un duo d’enquêteurs: Johanne Vik, ex-employée tourmentée du FBI qui élève seule sa fille autiste, et Yngvar Stubø, inspecteur à l’attitude réservée.

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Norvège – Photo : Pierre Duchesneau

Le bagage professionnel d’Anne Holt lui permet de traiter de problématiques qu’elle connaît bien. Par exemple, pour La mort du démon (qui lui a valu le Prix des libraires norvégiens), son personnage enquête dans un foyer d’accueil pour mineurs où la directrice a été assassinée. Dans Bienheureux ceux qui ont soif, elle dénonce les failles du système judiciaire norvégien — ce qu’elle fait dans presque toutes ses œuvres — au moyen d’une double histoire : une série de « massacres du samedi » (qui font découvrir d’énormes quantités de sang, mais jamais de cadavres) ainsi qu’un viol atroce.

Anne Holt est aussi connue en Norvège pour ses prises de position en faveur des droits des homosexuels. Après avoir habité aux États-Unis pendant quelques années, elle est rentrée en Norvège et réside aujourd’hui à Oslo en compagnie de sa conjointe et de leur fille.

Œuvres suggérées :

La déesse aveugle (2000 ; parution originale en 1993)
Bienheureux ceux qui ont soif (2002 ; parution originale en 1994)
La mort du démon (2004 ; parution originale en 1995)
Cela n’arrive jamais (2009 ; parution originale en 2004)
Madame la Présidente (2010 ; parution originale en 2006)

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Résumé :
La déesse aveugle

« Un petit criminel toxicomane est trouvé abattu, le visage atrocement défiguré, au bord de la rivière Aker à Oslo, un vendredi soir. Cela n’éveille guère l’attention. Mais lorsque l’avocat de la victime est également trouvé assassiné dans son appartement quelques jours plus tard, l’affaire prend une autre tournure. La police, qui a chargé l’inspecteur Hanne Wilhelmsen de l’enquête, entrevoit alors les contours d’une mafia de la drogue particulièrement bien organisée. Elle se doute rapidement que derrière celle-ci, se trouve le monde des privilégiés de la société norvégienne. Mais qui est véritablement impliqué ? Et jusqu’à quel point ? »
Points

(Photo d’Anne Holt : Bjarne Thune / C.C. 3.0)

 

ARNI THORARINSSON
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L’Islandais Arni Thorarinsson, 60 ans, est journaliste de métier et il continue de collaborer à de nombreuses publications dans son pays. Il raconte s’être mis à l’écriture de romans policiers « par accident » lorsque, durant un été pluvieux passé en Suède, en 1994, il s’est mis à imaginer une histoire inspirée d’un de ses auteurs préférés du genre, le Canadien Ross Macdonald.

Son thème de prédilection ? Une Islande rongée par le racisme et les problèmes sociaux. « Les beaux paysages, les beaux volcans, Björk… Tout cela fait partie de l’Islande, mais ce n’est que la façade. Et en dessous, nous avons de gros problèmes. […] Les anciens et les malades sont ignorés par la société, alors qu’en même temps les grandes entreprises s’enrichissent. Ces dernières années, on voit une immigration bon marché. La société islandaise est devenue plus complexe, plus riche et plus pauvre en même temps. Je raconte tout ça avec un petit ton acerbe peut-être, mais tout est vrai », expliquait Thorarinsson en 2007 à un journaliste français. L’auteur aborde d’ailleurs le thème de la mondialisation dans son premier roman, Le temps de la sorcière.

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Reykjavík, Islande – Photo : David.Nikonvscanon / Flickr / C.C. 3.0

En même temps, Arni Thorarinsson accorde dans ses romans une importance à cette Islande mystique et traditionnelle qui fascine le monde entier : « Les Islandais conservent cette croyance en des choses surnaturelles. Ils croient en la vie après la mort, aux fées, aux trolls. »

L’œuvre de l’homme né à Reykjavík se veut teintée de jeux de mots, d’éléments parodiques et d’ironie. « S’il n’y a pas d’humour dans le drame, il n’y a pas de drame. Je pense qu’une partie importante du divertissement, c’est d’avoir de l’humour dans une histoire grave. Les deux aspects se mettent du coup en valeur », croit-il.

Œuvres suggérées :

Le temps de la sorcière (2008 ; parution originale en 2005)
Le dresseur d’insectes (2009 ; parution originale en 2007)
Le septième fils (2010 ; parution originale en 2008)

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Résumé :
Le temps de la sorcière

«Muté dans le nord de l’Islande, Einar, le sarcastique reporter du Journal du soir, se meurt d’ennui. D’autant qu’il ne boit plus une goutte d’alcool ! Tout ceci deviendrait vite monotone… n’étaient ces étranges faits divers qui semblent se multiplier : un étudiant disparaît, des adolescents se suicident… Einar voit d’un autre œil cette microsociété gangrénée par la corruption et la drogue. »
Points

 

ÅKE EDWARDSON
Suède

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«Digne successeur de Henning Mankell» — voilà comment le milieu littéraire qualifie Åke Edwardson, qui a vu son œuvre traduite dans une vingtaine de langues. L’auteur, âgé de 58 ans, a reçu le Grand prix du roman policier suédois en 1997 pour son roman Danse avec l’ange. Il réside à Göteborg, dans l’ouest de la Suède.

C’est dans cette ville, la deuxième en importance au pays, qu’Edwardson a choisi de camper les histoires du commissaire Erik Winter. Celui-ci est entouré d’autres personnages, dont Halders, un policier aigri, raciste et misogyne, et Aneta, une inspectrice d’origine burkinaise avec qui Halders doit travailler de concert le plus souvent.

Les meurtres horribles sur lesquels ils enquêtent laissent des traces sur leur vie personnelle, et l’auteur se plaît à fouiller dans les émotions les plus profondes de chacun de ses protagonistes.

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Archipel de Göteborg, Suède – Photo : iStockphoto

Par exemple, dans Ce doux pays, Erik Winter se voit à la fois complètement déstabilisé et troublé par une sordide affaire de meurtre dans un commerce de la banlieue de Göteborg, où trois hommes sont retrouvés assassinés. Les témoins sont rares… et ceux qui savent quelque chose se taisent ou disparaissent.

Diplômé en littérature, Åke Edwardson est également enseignant à l’université et il collabore à de nombreux journaux suédois à titre de journaliste. La critique littéraire a unanimement salué son regard aigu sur les réalités sociales de la Suède.

Œuvres suggérées :

Danse avec l’ange (2002 ; parution originale en 1997)
Un cri si lointain (2003 ; parution originale en 1998)
Chambre numéro 10 (2007 ; parution originale en 2005)
Ce doux pays (2008 ; parution originale en 2006)
Presque mort (2009 ; parution originale en 2007)

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Résumé :
Un cri si lointain

« La canicule produit de drôles d’effets à Göteborg, en cette fin d’été. Tensions exacerbées, violences, affrontements quotidiens dans les rues, la ville est en ébullition. Quant au commissaire Erik Winter, il se laisse pousser les cheveux, fait du vélo et se baigne chaque jour dans la mer, en se demandant combien de temps encore il pourra résister aux pressions d’Angela, qui menacent durement sa vocation de dandy célibataire. Puis, une nuit, le corps d’une inconnue est découvert près d’un lac des environs. Plongée vertigineuse dans une histoire de solitude et de dépossession, cette seconde enquête d’Erik Winter touche aussi au monde secret des bikers scandinaves et nous entraîne jusqu’au Danemark.
Après Danse avec l’ange, Åke Edwardson confirme ici son talent, avec un ton bien à lui, excellant dans les atmosphères plombées et l’humour cinglant. »
JC Lattès

(Photo d’Åke Edwardson : Suz / C.C. 3.0)

 

LEIF DAVIDSEN
Danemark

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Après avoir fait ses études universitaires aux États-Unis, Leif Davidsen a travaillé comme correspondant à l’étranger (notamment à Moscou), puis comme réalisateur de documentaires pour la radio et la télévision danoises. Il a publié son premier roman policier au début des années 1990. Les pays de l’Est, sa spécialité, sont un thème récurrent dans son œuvre.

Pour ses aventures — qui, contrairement à plusieurs polars scandinaves, mettent chaque fois en vedette de nouveaux protagonistes —, l’écrivain privilégie les décors et les personnages réalistes. « Le genre devient de plus en plus fantaisiste, avec des personnages comme Lisbeth Salander [NDLR : de la trilogie Millénium de Stieg Larsson], qui est une superhéroïne. C’est certes amusant, mais comme peuvent l’être les contes de fées. Pour moi, elle est plutôt comme Fifi Brindacier dans les livres pour enfants, du Harry Potter pour adultes », compare-t-il.

Leif Davidsen, 50 ans, croit que son rôle d’auteur de polars va bien au-delà du simple divertissement : « Je trouve que l’art du roman est bien utile pour former des idées et pour comprendre nos vies d’aujourd’hui. Un bon roman est une meilleure façon de faire comprendre les complexités de la politique contemporaine. […] En observant, en comprenant et en transposant en littérature les personnes et les événements, le romancier transcende le journalisme et si cela fonctionne bien, on le lira durant des années », raconte-t-il en entrevue pour un site Web français.

Son premier livre, La chanteuse russe, a fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 1993. Il met en scène une employée de l’ambassade du Danemark et d’une prostituée, retrouvées mortes dans une chambre d’hôtel de Moscou, entourées de vidéos pornos et de dollars.

Œuvres suggérées :

La chanteuse russe (2011 ; parution originale en 1988)
La femme de Bratislava (2006 ; parution originale en 2001)
L’ennemi dans le miroir (2008 ; parution originale en 2004)
L’épouse inconnue (2009 ; parution originale en 2006)
La photo de Lime (2010 ; parution originale en 1998)

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Résumé :
L’épouse inconnue

« Marcus Hoffmann, 35 ans, homme d’affaires danois aux certitudes bien établies, est depuis 10 ans marié à Nathalie. Très occupé, il voyage beaucoup et n’a jamais pris le temps de s’intéresser au passé de son épouse, aux raisons qui l’ont amenée à fuir son pays, la Russie. Lorsqu’elle lui propose une croisière sur la Volga, il est partant, heureux de lui faire plaisir. Mais, à la première escale, Nathalie disparaît.

Prêt à tout entreprendre pour elle, Marcus, qui ne parle pas russe et qui ne possède aucun code pour décrypter la société, est propulsé dans un enfer de violence et de corruption. Seules deux personnes peuvent l’aider : Sacha, un gamin des rues qu’il a pris en affection, et Victor, personnage trouble et richissime, rencontré quelques années plus tôt en France. Au rythme des informations apportées par Victor sur son épouse et ses liens avec le terrorisme tchétchène, Marcus découvre qu’il vit depuis le début avec une inconnue. Pour la retrouver, il va devoir abandonner ses convictions et se remettre en cause. »
Actes Sud

(Photo de Leif Davidsen : Mogens Engelund / C.C. 3.0)

 

LEENA LEHTOLAINEN
Finlande

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Les auteurs de romans à suspense finlandais traduits en français ne sont pas légion. On trouve néanmoins Leena Lehtolaien, née en 1964 à Vesanto, dans le centre de la Finlande. Précoce, l’auteure a même publié un premier roman — destinés aux jeunes — à l’âge de 12 ans !

Dans ses polars, c’est Maria Kallio, une femme de petite taille aux cheveux roux (et à la langue bien pendue) qui mène l’enquête. Travaillant dans un univers machiste, l’inspectrice fait preuve d’une volonté de fer et d’un tempérament musclé, alors que dans sa vie personnelle, elle jongle tant bien que mal entre les horaires de la garderie et ceux qu’exige son boulot.

« Je ne crois pas qu’il y ait de bons et de mauvais sentiments sur cette terre. Il y a juste des individus que les événements de la vie poussent à commettre l’irréparable. C’est cela que j’ai envie de donner à voir », explique Leena Lehtolainen en entrevue au site Web 100pour100finlande.

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Helsinki, Finlande – Photo : Pierre Duchesneau

Ainsi, les meurtriers que poursuit son personnage de Maria Kallio ne sont pas des tueurs en série, mais plutôt des mères de familles, des hommes divorcés ou des jeunes sportifs, par exemple.

Lauréate de nombreux prix littéraires, Leena Lehtolainen a vu certains de ses romans adaptés pour la télévision finlandaise.

Œuvres suggérées :

Mon premier meurtre (2005 ; parution originale en 1993)
La poisse (2007 ; parution originale en 1994)
Un cœur de cuivre (2009 ; parution originale en 1995)

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Résumé :
Mon premier meurtre

« Après quelques années à la police nationale où la routine des procès-verbaux et interrogatoires de petits délinquants l’ennuie, Maria Kallio reprend ses études à la fac de droit. Elle accepte alors un remplacement. C’est l’occasion de sa première enquête criminelle : un jeune homme est retrouvé noyé, après un week-end dans la villa de ses parents en compagnie de sept autres membres d’une chorale. L’un d’eux est forcément le coupable. Maria connaît les suspects et sa jeunesse ne la rend guère crédible. La victime était un garçon riche, talentueux et aux succès faciles. Autant de bonnes raisons de lui en vouloir… »
J’ai lu (Flammarion)

(Photo de Leena Lehtolainen : Matti Järvinen / C.C. 2.5)

 

YRSA SIGURDARDOTTIR
Islande

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Née en 1963, l’auteure a d’abord tenté sa chance dans le monde littéraire en écrivant des livres humoristiques pour enfants, car elle en avait assez de constater la qualité médiocre des ouvrages que lisait son propre fils.

Avec des titres aussi attachants que Nous voulons Noël en juillet, les livres jeunesse d’Yrsa Sigurdardottir ont connu un bon succès dans son pays, mais elle a depuis changé de registre pour se consacrer à une écriture plus sérieuse : celle du polar. « C’est tellement difficile d’être drôle tout le temps ! » dit-elle.

L’écriture de romans à suspense n’est cependant pas le premier métier de l’Islandaise, ingénieure civile de formation, qui agit comme responsable technique pour l’un des plus gros projets hydroélectriques d’Europe (situé au beau milieu de son pays natal) ! L’auteure se consacre ainsi à l’écriture des enquêtes criminelles de son duo fétiche — Thora Gudmundsdottir et Matthew Reich — le soir, après ses journées passées sur les chantiers.

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Islande – Photo : Nicolas Couturier / Fotopedia / C.C. 3.0

Les sites isolés, de même que les ambiances calmes et mystérieuses, jouent un rôle important dans l’œuvre d’Yrsa Sigurdardottir, ce qui ne l’empêche pas d’y semer çà et là des éléments hautement sordides. Par exemple, dans Ashes to Dust (qui n’a pas encore été traduit en français), une femme s’étouffe avec sa propre langue après que le meurtrier y eut injecté du… Botox !

Les romans d’Yrsa Sigurdadottir remportent un succès monstre à l’étranger : ils sont maintenant publiés dans 35 pays. Un seul, Ultimes rituels, a été traduit en français jusqu’à présent.

Œuvre suggérée :

Ultimes rituels (2011 ; parution originale en 2005)

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Résumé :
Ultimes rituels

« Novembre 2005, Reykjavík. Un étudiant allemand est retrouvé mort, atrocement mutilé. Le jeune homme étudiait l’histoire islandaise et portait un intérêt tout particulier à ses heures les plus sombres. Sa famille ne se satisfait pas des conclusions de la police et décide de louer les services de l’avocate islandaise Thora Gudmundsdottir et de l’ancien inspecteur Matthew Reich, un Allemand. Leur enquête parallèle révèle que l’étudiant assassiné était membre d’un mystérieux groupuscule, composé d’Islandais fascinés par l’histoire de la torture et de la sorcellerie. »
Éditions Anne Carrière

(Photo d’Yrsa Sigurdadottir : Tim Duncan / C.C. 3.0)

 

GUNNAR STAALESEN
Norvège

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L’auteur de 63 ans a d’abord publié deux romans poétiques avant d’écrire son premier polar en 1975, inspiré par l’œuvre des Suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö. Il a choisi sa ville natale, Bergen, pour camper ses histoires de prostitution, de meurtres, de fugues et d’avocats puissants.

Ses histoires se déroulent dans les années 1980, au moment où la ville a commencé à se transformer radicalement. « J’aime me rappeler mon passé, et également rappeler aux gens comment c’était. La Norvège [d’avant] est assez différente du pays dans lequel je vis aujourd’hui », explique-t-il en entrevue.

Les romans de Gunnar Staalesen présentent Varg Veum, un ancien employé de la protection de l’enfance devenu détective privé — le seul de toute la ville de Bergen — après avoir un peu trop bousculé un trafiquant de drogue. Veum, un homme divorcé, frustré par ses histoires avec les femmes et un peu trop porté sur l’aquavit, porte un nom qui a un sens bien particulier pour les Norvégiens, explique l’écrivain.

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Bergen, Norvège – Photo : Pierre Duchesneau

« Il y a une vieille expression scandinave, varg i veum, qui signifie » le loup dans un sanctuaire ». Elle est utilisée pour décrire une personne qui, il y a longtemps, était hors-la-loi, et que tout le monde pouvait tuer. Le nom de Varg Veum signifie que c’est un loup solitaire, et également une sorte de hors-la-loi, qui se situe dans la frange entre la police et les criminels. »

Comme chez Maj Sjöwall et Per Wahlöö, le modèle social scandinave en prend un sérieux coup dans l’œuvre de Staalesen. Ainsi, dans La femme dans le frigo, l’auteur met en relief les changements majeurs qu’a entraîné, dans la vie des Norvégiens, la découverte du pétrole en Norvège au cours des années 1970.

« Plus généralement, je pense qu’au Nord, le gros problème vient du fait que l’État-providence, la morale, la solidarité entre les gens s’effritent. Il s’est produit un glissement vers la droite la plus égoïste, influencée par le mode de vie américain. Remettre en cause ce mouvement, et peut-être même le stopper, serait un défi très important pour un écrivain moderne de roman noir », dit-il.

Francophile, Gunnar Staalesen a fait une partie de ses études en français à l’Université de Bergen.

Œuvres suggérées :

La belle dormit cent ans (2005 ; parution originale en 1980)
La femme dans le frigo (2006 ; parution originale en 1981)
La nuit, tous les loups sont gris (2007 ; parution originale en 1983)
Fleurs amères (2010 ; parution originale en 1991)
Les chiens enterrés ne mordent pas (2011 ; parution originale en 1992)

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Résumé :
Les chiens enterrés ne mordent pas

« Engagé comme garde du corps par un joueur qui a du mal à rembourser ses dettes, Varg Veum se retrouve mêlé à une série de morts étranges assaisonnées d’un soupçon de chantage… Seuls indices pour mener son enquête : le souvenir d’une nuit d’amour alors qu’il était étudiant et la photo de quatre hommes autour d’une table. Commence alors un marathon dans les rues d’Oslo qui mènera le privé norvégien bien plus loin qu’il ne pouvait le soupçonner… »
Folio

(Photo de Gunnar Staalesen : Nina Aldin Thune / C.C. 3.0)

 

HÅKAN NESSER
Suède

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Håkan Nesser figure parmi les écrivains de polars les plus primés en Scandinavie : il a notamment remporté le Prix du meilleur roman policier suédois à trois reprises.

L’auteur, également enseignant au secondaire, est né en 1950 et partage sa vie entre Uppsala (en Suède) et Londres (en Grande-Bretagne) en compagnie de sa conjointe, qui est psychiatre.

Son personnage principal, Van Veeteren, gagne sa vie comme détective dans les premiers romans, puis comme propriétaire d’une boutique de livres anciens (sa passion) — ce qui ne l’empêche pas de rester actif au sein de l’escouade. L’action se déroule dans une ville fictive, Maardam, située dans le nord de l’Europe sans qu’on ne sache jamais précisément s’il s’agit de la Suède, de la Pologne, des Pays-Bas ou de l’Allemagne.

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Nord de la Suède – Photo : ArcticBjarki / Flickr / C.C. 2.0

Cynique, bourru et excentrique, mais néanmoins drôle, l’inspecteur Van Veeteren est entouré de deux comparses, Münster et Moreno, pour réaliser ses enquêtes. À l’extérieur du bureau, il tente de se rapprocher de son fils Erich, qui n’est pas étranger au monde du crime et des stupéfiants.

Les aventures de Van Veeteren se déplacent parfois dans des lieux imprégnés de mystère. Dans Le mur du silence, l’inspecteur enquête sur la disparition d’une adolescente qui séjournait dans un camp de vacances. Une fois sur place, il découvre plutôt une secte très fermée…

Œuvres suggérées :

Retour à la grande ombre (2007 ; parution originale en 1995)
Le mur du silence (2007 ; parution originale en 1997)
Funestes carambolages (2008 ; parution originale en 1999)
Eva Moreno (2011 ; parution originale en 2000)

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Résumé :
Funestes carambolages

« Il ne voulait pas renverser ce garçon, c’était un accident. Il a bien fallu se débarrasser du témoin, il n’avait pas le choix. Peut-on être coupable de meurtre sans être un meurtrier ? Le commissaire Van Veeteren, accablé par l’assassinat de son unique fils, reprend du service pour démasquer le coupable. Entre deuil et culpabilité, ces deux hommes que tout oppose se retrouvent unis par le vacarme de la mort. »
Points

(Photo de Håkan Nesser  : Dr Jost Hindersmann / Krimidoedel / C.C. 3.0)

 

 

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