Printemps Tardif

C’est la fée de l’humour, du tendre et du dérisoire. Une couche de fragilité, deux couches de bonne humeur et un gros rhume le jour de notre rencontre.

photo : Jocelyn Michel

Catherine Tardif rit et tousse beaucoup. Dans le monde de la danse, on ne sait pas trop où la caser. D’ailleurs, elle personnifiait un robot en novembre dernier dans Passage, de Kondition Pluriel. C’est une interprète incarnée (elle a dansé pour Jean-Pierre Perreault et Danièle Desnoyers) et une créatrice délurée, moins chorégraphe que metteure en scène. Elle résume: « Je fais de la construction scénique. » On veut bien.

En 2001, elle fonde Et Marianne et Simon, compagnie dont elle est à la fois la patronne et la seule employée. Et où elle façonne des spectacles ludiques, pétris d’humanité, qui ne regardent pas le public de haut. Après Un show western et Le show triste, voici que s’amène Le show poche. Avec un titre pareil, Catherine prouve qu’elle n’a peur de rien. « Quand je compose, je me mets toujours dans la position de la première spectatrice. Alors si je trouve qu’on me donne du tout cuit dans le bec, qu’on veut trop me faire rire ou que les interprètes cabotinent, je débarque. »

L’être humain, c’est le grand truc de Catherine Tardif, son champ d’observation. Pas de théories creuses ou de sermons raisonneurs. Elle voue une attention à l’autre, à commencer par ses interprètes — souvent les mêmes, mélange de danseurs et de comédiens. Avec eux, elle pratique une méthode fondée sur l’improvisation.

Ils s’éclatent en toute liberté; elle — éponge majuscule — note les meilleures séquences, capte l’essence. Pour Le show poche, elle a recueilli quelque 500 petits numéros. Son travail: jeter des passerelles entre les scènes, créer des zones de tension. Résultat: une mosaïque de vignettes où coexistent le tragique, le familier et le farfelu.

Dans ce nouveau spectacle, vous ne saurez peut-être pas que Marc Boivin est en train de figurer le pont de Londres ou que Sophie Corriveau joue une tondeuse, ni que la troupe évoque, ici, des éléphants dans la boue et, là, des chameaux en caravane. Mais vous vous sentirez appelé, ça oui. « Ma quête, en tant que créatrice, passe moins par la pièce elle-même que par la relation fluide que je souhaite établir entre la salle et la scène. » Chez Tardif, pas d’autosatisfaction. Soudain, elle nous étonne: « La danse n’est pas mon art favori. Je préfère le cinéma. Et la musique. » Musique, élément clé de ses spectacles. Catherine et Michel F. Côté, complice de longue date et ex-conjoint, s’amusent à triturer des matériaux existants — chansons populaires, bandes originales de films — et à les réinventer juste assez pour surprendre le spectateur. C’est ça la signature Tardif: ses pièces nous rappellent toujours quelque chose dont nous ne sommes jamais sûrs…

• Le show poche, une coproduction Festival TransAmériques – Et Marianne et Simon, en association avec l’Agora de la danse, à Montréal, où le spectacle est présenté
du 28 au 30 mai, 514 844-3822.

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