Les lauréats des Prix littéraires du Gouverneur général

Les gagnants des plus récents Prix littéraires du Gouverneur général montrent qu’en matière d’écriture, il n’y a pas deux chemins pareils…

Théâtre

Venir au monde (Atelier 10)
Anne-Marie Olivier

Comment s’est passée la création de Venir au monde ?

Premièrement, j’ai entendu des centaines de personnes me raconter leurs histoires de naissance. Ensuite, j’ai travaillé avec toute une équipe de création théâtrale, puis j’ai fait des allers-retours entre le local de répétition et ma table d’écriture.

Quel est votre rituel de création ?

Je n’ai pas de rituel de création. Un désir apparaît et je le suis.

Comment décririez-vous votre démarche artistique ?

Je suis mal placée pour décrire ma démarche, mais je peux vous dire que j’aime les histoires vraies, qu’elles me bouleversent et m’étonnent ; que le fil rouge de mon œuvre est le sens de la vie.

Quelle place le spectateur prend-il dans votre processus créatif ?

Le spectateur reste primordial pour moi, je ne l’oublie jamais. J’ai toujours à l’esprit que le cœur et la tête du spectateur ou de la spectatrice demeurent ma cible. Et ma flèche est faite de mots.

Quelle activité nourrit le plus votre créativité ?

La vie. Tout simplement. Parce qu’elle est absolument magnifique, terriblement injuste, et tout à fait étonnante.

Quel bouquin auriez-vous aimé écrire ?

La vie devant soi, de Romain Gary.

 

Poésie

La raison des fleurs (Le Quartanier)
Michaël Trahan

Comment s’est passée la création de La raison des fleurs ?

Je travaille de manière linéaire, sans trop regarder en arrière. J’avance ainsi, par accumulation : un poème ou un fragment après l’autre, pendant à peu près deux ans. Ensuite, j’imprime, je relis, je réécris. Je coupe de moitié. Je laisse dormir pendant un an, puis j’envoie à mon éditeur, avec qui je mets le point final.

Comment décririez-vous votre démarche artistique ?

J’écris des livres de littérature. Je crois que chaque œuvre appelle sa propre forme, sa propre démarche. J’essaie de respecter cette exigence.

Quelle place le lecteur prend-il dans votre processus créatif ?

Je prends très au sérieux la lecture, le fait qu’un lecteur ou une lectrice fasse l’effort de lire mon travail. Je respecte ce temps, et ce qu’il ou elle apporte en entrant dans le livre. Cela détermine la forme d’un engagement : dans toute œuvre, il doit y avoir une place pour l’autre. Cette place, j’y pense souvent pendant l’écriture.

Quelle activité nourrit le plus votre créativité ?

La lecture, assurément. La marche aussi. La photographie, le cinéma.

Quel bouquin auriez-vous aimé écrire ?

Je ne veux pas écrire les livres des autres. Je veux les lire — et je veux écrire avec eux.

 

Essais

Avant l’après : Voyages à Cuba avec George Orwell (La Peuplade)
Frédérick Lavoie

Comment s’est passée la création d’Avant l’après : Voyages à Cuba avec George Orwell ?

Le processus d’écriture a été ardu. Durant deux ans, j’ai cherché comment raconter le Cuba d’aujourd’hui et, en même temps, cette enquête que j’ai menée pour découvrir les circonstances de la réédition récente sur l’île du roman 1984, de George Orwell. Il me fallait trouver un moyen de bien entrecroiser ces deux récits parallèles. Il y aura eu beaucoup d’essais et d’erreurs, mais j’ai fini par y arriver, et je suis plutôt satisfait du résultat.

Comment décririez-vous votre démarche artistique ?

Je me rends d’abord sur le terrain pour récolter du matériel, avec un œil de journaliste. J’accumule des documents, des faits, des aventures, des impressions, des rencontres, des réflexions. Puis, j’essaie de transformer ce matériel brut en littérature. Je cherche constamment à rendre le mieux possible justice au réel, par l’intermédiaire de différents procédés narratifs.

Quelle activité nourrit le plus votre créativité ?

Prendre une douche.

Quel bouquin auriez-vous aimé écrire ?

J’ai lu beaucoup de livres que j’estime bien meilleurs que les miens, mais puisque je dispose de toute la liberté nécessaire pour écrire les livres que je souhaite écrire, je n’ai aucune raison d’envier quiconque.

 

Romans et nouvelles

De synthèse (Alto)
Karoline Georges

Comment s’est passée la création de De synthèse ?

Il y a d’abord eu un long moment d’exploration photographique et vidéographique du corps numérique (près d’une décennie !). En parallèle, j’ai dû faire face à la maladie de ma mère, puis à son décès. La violence de cette épreuve a généré l’impulsion de l’écriture ; j’ai écrit De synthèse avec l’impression d’une ébullition mentale continue. Certains moments étaient difficiles sur le plan émotionnel, mais le texte surgissait de manière claire. Ce fut certainement ma plus puissante expérience d’écriture.

Quel est votre rituel de création ?

Je travaille de nuit. Rien ne m’y oblige, mais c’est autour de minuit que mon cerveau entre en mode littéraire. Pendant l’écriture de ce roman, je créais d’abord une ou deux photographies virtuelles avec mon avatar 3D, puis je pouvais écrire pendant quatre ou cinq heures. Je terminais mes dernières phrases de concert avec le chant d’un bruant à gorge blanche qui venait s’installer chaque matin à quelques mètres de ma fenêtre.

Comment décririez-vous votre démarche artistique ?

Protéiforme. Indisciplinée. Résolument inspirée par les devenirs possibles de l’être. Les meilleurs comme les pires.

Quelle place le lecteur prend-il dans votre processus créatif ?

J’aime imaginer le lecteur doté d’une rare intelligence et d’une sensibilité raffinée et, par conséquent, je dois faire l’effort de soigner la moindre phrase, polir mes images, peaufiner mes idées, pour lui offrir la quintessence de mon processus créatif.

 

Traduction

Le monde selon Barney (Éditions du Boréal)
Lori Saint-Martin et Paul Gagné

Comment s’est passée la traduction du Monde selon Barney ?

C’est le dernier de cinq romans marquants de Mordecai Richler que nous avons eu l’honneur de traduire ou de retraduire pour les Éditions du Boréal, son chant du cygne, peut-être son roman le plus puissant. Nous l’avons abordé sans consulter la traduction qui en a été faite en France ; nous voulions avoir les coudées franches pour produire une version québécoise actuelle, libre et, nous l’espérons, aussi touchante et truculente que l’originale.

Quel est votre rituel de création ?

Plus qu’un rituel, nous avons une démarche commune, forgée au fil de plus de 100 traductions, qui implique de nombreuses révisions et relectures, avec des dialogues dans les marges et un va-et-vient constant. Quatre mains, deux têtes, une voix.

Comment décririez-vous votre démarche artistique ?

Traduire, c’est d’abord lire de très près. On ne peut pas sauter un seul mot, comme on le fait parfois dans la lecture ordinaire ; tout est important. Après, on recrée. Nous visons avant tout à rendre, en français, la « musique » du texte en langue originale.

Quelle place le lecteur prend-il dans votre processus créatif ?

Nous pensons au lectorat québécois avant tout, mais souvent les éditeurs demandent un texte accessible pour la France aussi. Les choix ne sont pas toujours évidents ! Une bonne traduction, selon nous, offre une expérience de lecture très voisine de celle du texte de départ.

Quel bouquin auriez-vous aimé traduire ?

Paul rêverait de traduire John Irving, un de ses auteurs fétiches. Pour Lori, c’est Alice Munro. Notre rêve commun : traduire pour le théâtre.

 

Littérature jeunesse — livres illustrés

Le chemin de la montagne (Comme des géants)
Marianne Dubuc

Comment s’est passée la création du Chemin de la montagne ?

C’est un livre que j’ai écrit en souvenir de ma grand-mère, qui était très présente dans mon enfance. Elle habitait chemin de la Montagne, à Mont-Saint-Hilaire. J’allais chez elle les fins de semaine, et nous montions jusqu’au Pain de sucre, un des sommets de la montagne. C’était long, et par moments difficile, mais avec un bon bâton de marche, ses collations, les histoires que nous nous racontions, nous atteignions toujours le sommet. Ce livre est rempli de souvenirs de ces randonnées avec elle.

Quel est votre rituel de création ?

Quand je cherche des idées, j’écris dans un grand cahier, sans réfléchir vraiment, jusqu’à ce que ma pensée se définisse. Je mets aussi une musique qui correspond à l’ambiance que j’ai envie de transmettre. Une fois que j’ai l’idée de mon livre, je continue d’écouter cette musique durant l’écriture et l’illustration.

Quelle place le lecteur prend-il dans votre processus créatif ?

Si je pense trop au public, ça m’inhibe et je n’arrive pas à créer. J’essaie de faire quelque chose que j’aurais aimé quand j’étais enfant. Je me substitue au lecteur, en quelque sorte.

Quelle activité nourrit le plus votre créativité ?

Depuis que je suis petite, j’aime fabriquer des choses. Enfant, je bricolais tout le temps, et maintenant, c’est toutes sortes de choses, de la cuisine au tricot en passant évidemment par l’illustration. Pour ce qui est de la créativité dans mon travail, raconter des histoires en images, c’est ce qui est naturel pour moi comme mode d’expression. Tout simplement.

 

Littérature jeunesse — texte

Ferdinand F., 81 ans, chenille (Soulières éditeur)
Mario Brassard

Comment s’est passée la création de Ferdinand F., 81 ans, chenille ?

Comme cela m’arrive souvent : le texte n’en a fait qu’à sa tête. Au début, je voulais juste écrire un album jeunesse. Mais je me suis surpris à m’attacher à ce vieil homme, à vouloir comprendre comment il en était arrivé là. C’est alors que les problèmes ont commencé.

Quel est votre rituel de création ?

J’aimerais bien en avoir un, mais je n’en ai pas. Il y a toutefois une constante : j’écris mieux dans la solitude. On ne me trouvera jamais attablé dans un café devant mon portable. D’autant plus que je n’ai pas de portable et que je ne bois pas de café.

Quelle place le lecteur prend-il dans votre processus créatif ?

Au moment de l’écriture, j’essaie de ne pas trop y penser. Par contre, lorsque vient le temps de la relecture et des corrections, j’essaie de me mettre à la place du lecteur, et je sollicite des avis. Comme j’aborde parfois des sujets délicats en littérature jeunesse, je veux être certain de bien accompagner le lecteur, tout en respectant son intelligence.

Quel bouquin auriez-vous aimé écrire ?

J’ai longtemps pensé que l’on écrivait les livres manquants de notre propre bibliothèque. Plus je vieillis, moins j’en suis sûr. Lorsque je suis devant celle-ci, ce ne sont plus des rayons vides que je vois, mais des salles aux plafonds si hauts que les échelles n’y sont d’aucune utilité. Pire encore, je devine que l’on bâtira sous peu de nouveaux édifices. Ce qui m’amène à croire que même si j’avais écrit certains des livres que j’admire le plus, la question resterait entière.

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