Prix littéraires du Gouverneur général – les lauréats 2013 en quelques coups de crayon

Cette année encore, les jurys des Prix littéraires du Gouverneur général, formés de pairs, ont fait preuve d’une grande indépendance et récompensé d’abord l’excellence. Voici de brefs portraits des sept lauréats, dont les noms ont été dévoilés le 13 novembre.

Photos : Conseil des arts du Canada
Photos : Conseil des arts du Canada

Cette année encore, les jurys des Prix littéraires du Gouverneur général, formés de pairs, ont fait preuve d’une grande indépendance et récompensé d’abord l’excellence. Voici de brefs portraits des sept lauréats, dont les noms ont été dévoilés le 13 novembre.

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« ROMANS ET NOUVELLES » : Stéphanie Pelletier pour Quand les guêpes se taisent (Leméac)

À la rentrée 2012, elle avait fait tourner bien des têtes. Comment la jeune femme, qui a grandi à Métis-sur-Mer, avait-elle pu viser si juste d’entrée de jeu ? Dans quelle encre salée trempait-elle donc sa plume pour livrer ce bouquet de nouvelles dont l’écriture à la fois simple et habitée parvenait à faire vivre, en quelques lignes à peine, des personnages aussi denses, ballotés entre Éros et Thanatos ? Avec son tout premier livre, Stéphanie Pelletier enthousiasmait et la critique et le public. Voilà que Quand les guêpes se taisent récolte l’une des récompenses littéraires les plus prestigieuses au pays, ultime sceau apposé à une œuvre en herbe qu’on se promet de suivre de près.

 

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« ESSAI » : Yvon Rivard pour Aimer, enseigner (Boréal)

Quiconque a ouvert l’un de ses livres le sait : Yvon Rivard ne se complaît ni dans les lieux communs ni dans la facilité. Son regard sur l’enseignement, lui qui a pratiqué ce métier pendant 35 ans, ne pouvait pas être banal. L’essayiste, aussi scénariste et romancier – on lui doit les très beaux Le Milieu du jour (1995) et Le Siècle de Jeanne (2005) –, livrait avec Aimer, enseigner une réflexion sur la passion de dire à ceux qui suivent, d’éveiller le désir de connaître, explorant la notion exaltante, non sans risque, de ce que l’on nomme « l’éros pédagogique ». Un livre à mettre entre les mains de tous les professeurs, et plus généralement de tous ceux qu’intéresse l’idée de transmission.

 

 

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« POÉSIE » : René Lapierre pour Pour les désespérés seulement (Les Herbes rouges)

Est-ce bien un recueil de poèmes ? Au premier abord, on dirait plutôt un traité de botanique. Jusque dans les titres des sections du livre – « Catalogue de fleurs », « Herbier un », « Herbier deux » –, René Lapierre cultive l’ambiguïté. Mais est-ce bien si ambigu ? Et surtout, pourquoi trancher ? Pourquoi priver la poésie d’une telle proximité avec la flore ? L’écrivain accompli et professeur au long cours nous entretient du vertige de vivre, de la beauté fragile, des espèces menacées. Par touches, l’air de n’y pas toucher, le poète fait partout éclore le sens, laissant le lecteur plus enivré que désespéré. Le Prix du Gouveneur général (GG) « Poésie » couronne un titre singulier, à la trajectoire déjà exceptionnelle : Pour les désespérés seulement a en effet valu à son auteur le Prix de poésie Estuaire 2012 et le prix Alain-Grandbois 2013.

 

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« THÉÂTRE » : Fanny Britt pour Bienveillance (Leméac)

Le monde entier est un théâtre, cela ne fait plus aucun doute, et Fanny Britt a décidé de le découper pièce par pièce. Depuis sa sortie de l’École nationale de théâtre, en 2001, elle œuvre avec un égal bonheur à la traduction de dramaturges contemporains (elle a traduit une vingtaine de pièces à ce jour), à des titres de littérature pour la jeunesse (cette année, elle était également finaliste dans la catégorie « Jeunesse – texte » des GG pour Jane, le renard & moi, dont les illustrations valent à sa complice Isabelle Arsenault le prix « Jeunesse – illustration »), et bien sûr à l’écriture dramaturgique. Depuis la création de sa pièce Honey Pie (2003), qui marquait sa rencontre avec le metteur en scène Claude Poissant, elle ne cesse d’impressionner par la lecture à la fois sans concession et amoureuse qu’elle fait de notre époque, ce dont témoigne tout particulièrement Bienveillance, créée à Carleton en juillet 2012 par le Théâtre PÀP et les Productions À tour de rôle.

 

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« JEUNESSE – ILLUSTRATION » : Isabelle Arsenault pour Jane, le renard & moi (La Pastèque)

Dans le monde d’Isabelle Arsenault, la frontière entre le réel et le rêve s’estompe souvent au profit de l’étonnement et de la beauté, la solitude des personnages se peuple d’animaux rencontrés dans les livres, les couleurs froides et les traits économes n’en suscitent pas moins l’émotion vive. Un style bien à elle, à la fois très affirmé et au service du texte, qui attire les honneurs – on ne compte plus les prix remportés – et les applaudissements des critiques les plus exigeants, dont ceux de la New York Times Book Review. Celle qui est désormais représentée par la prestigieuse agence française Costume 3 pièces remporte avec les illustrations de Jane, le renard & moi, une BD conçue avec l’auteure Fanny Britt, un troisième prix littéraire du Gouverneur général !

 

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« JEUNESSE – TEXTE » : Geneviève Mativat pour À l’ombre de la grande maison (Pierre Tisseyre)

Le neuvième titre jeunesse de Geneviève Mativat en dit long sur son intérêt pour l’histoire, la grande, et ses répercussions sur la petite. États-Unis, milieu du XIXe siècle. Dany, une esclave qui grandit dans une plantation de coton, voit bientôt son quotidien chamboulé par l’embrasement politique et social qui s’étend à travers le pays et conduira à ce conflit fratricide qu’on appellera plus tard la guerre de Sécession. Les drames s’enchaîneront, tandis que Dany et son cousin Théo apprennent peu à peu le prix de la liberté. Un texte simple mais d’une grande richesse, qui célèbre l’intelligence et la curiosité des enfants, et qui place décidément son auteure, dont on apprend sans trop d’étonnement qu’elle détient une maîtrise en anthropologie du droit, parmi les voix les plus intéressantes du roman jeunesse actuel.


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« TRADUCTION » : Sophie Voillot pour L’enfant du jeudi (Boréal)

En quelques années à peine, elle est devenue l’une des traductrices les plus applaudies au pays. Il faut dire que tout ce qu’elle traduit se change en or, ou peu s’en faut. En 2006, cette Montréalaise originaire de Marseille remportait un premier prix du Gouverneur général avec Un jardin de papier, de Thomas Wharton, puis était finaliste aux mêmes prix les deux années suivantes, respectivement pour La fin de l’alphabet, de C.S. Richardson, et Logogryphe, de Thomas Wharton. Sa traduction du deuxième roman de Rawi Hage, Le Cafard, lui vaut en 2010 un nouveau GG. Aujourd’hui, on ne cesse de louer, dans le milieu de l’édition, son sens du récit, du détail et de la musicalité, que l’on reconnaît d’ailleurs dès les premières lignes de L’Enfant du jeudi, sa traduction du roman à succès d’Alison Pick. Résultat ? Un autre GG, qui s’ajoute à ce qu’il faut bien appeler, dorénavant, sa collection !

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