Prix Robert-Cliche 2022 : Plessis, de Joël Bégin

Le prix du premier roman québécois, assorti d’une bourse de 10 000 $, est remis cette année à l’auteur Joël Bégin, qui voit ainsi son œuvre publiée chez vlb Éditeur. Répétera-t-il le succès du lauréat de l’an dernier, Tout est ori?

Photo de J Bégin : Julia Marois / montage : L’actualité

Pour son premier roman, qui sera en librairie dès le mercredi 4 mai 2022, Joël Bégin avait envie de créer un univers politique et historique de tous les possibles. Avec Plessis, il nous transporte à Schefferville en 1959, lors du décès de Maurice Duplessis. Accident… ou pas ? Ce nouvel auteur a véritablement le désir de brouiller les pistes ! Et, visiblement, cela a plu au jury constitué des auteurs Samuel Archibald (Arvida, Quinze pour cent), Monique Proulx (Aurores montréales, Le sexe des étoiles) et Camille Toffoli (Filles corsaires).

Entretien avec le lauréat, qui nous présente son livre. 

D’où vous est venue l’idée d’écrire au sujet de la mort du premier ministre Duplessis ?

Les premiers textes que j’ai rédigés, au gré de l’inspiration, étaient des vignettes historiques. Dans l’une d’elles, on suivait un jeune Gérald Godin en train de couvrir les funérailles de Duplessis pour Le Nouvelliste de Trois-Rivières, écoutant au passage des théories du complot farfelues sur la mort du premier ministre : c’est la matrice de Plessis. Il m’a fallu une année d’écriture pour comprendre que je tenais là un roman, et trois autres pour tisser une masse hétéroclite à partir de ces fragments !

Comment votre travail de professeur de philosophie a-t-il influencé l’écriture de Plessis 

Question difficile. J’imagine qu’il y a un aspect didactique, notamment en ce qui concerne la vie politique de l’époque, qui dérive de cette propension de l’enseignant à expliquer, à faire passer les savoirs — et, dans sa part moins lumineuse, à montrer qu’on sait des choses. Mais si je détecte vraiment la philosophie quelque part dans ce roman, c’est bien sous les traits de ces multiples quêtes des origines, et de ce doute, omniprésent, qui plane : qu’est-ce qui est vrai ?

Justement, vous jouez un peu (beaucoup !) avec le vrai et le faux dans votre livre. Quelle liberté cela vous a-t-il procurée ? 

La grande difficulté que j’ai rencontrée dans l’écriture de fiction réside dans la liberté qu’elle accorde. À peu près tout y est permis (un personnage se heurte à un mur : va-t-il rebrousser chemin ? creuser un trou ? passer au travers ? appeler sa fée marraine ?). Mon moyen pour réduire l’immensité paralysante des possibles fut de me rattacher à des figures et des faits historiques. Mais il n’était pas question pour autant de me laisser limiter par eux ; c’était au contraire l’occasion de les gauchir, de les détourner. Les lieux, dates, personnages et événements historiques constituaient autant d’étoiles fixes qu’il m’était permis de relier par l’imagination. J’ai tâché de tracer une nouvelle constellation.

Je crois que Plessis — comme toute œuvre — admet une foule de lectures et d’interprétations, et qu’il n’est pas donné à l’auteur de les arbitrer. J’ai bien hâte d’en discuter avec les lecteurs, auxquels je laisse le soin, pour l’instant, de se dépêtrer avec cette question.

Quelle a été votre réaction quand on vous a annoncé que vous remportiez le prix Robert-Cliche ?

J’étais abasourdi. Ma journée de télétravail avec trois enfants fiévreux accrochés aux jambes prenait, comme qui dirait, une tournure radicalement différente. Puis, au fil des heures, la surprise a laissé place à la joie, à l’excitation, et aussi à une parcelle d’inquiétude : j’allais succéder à ce superbe Tout est ori !

Depuis 1979, le prix Robert-Cliche récompense chaque année (sauf exception) un premier roman soumis de façon anonyme. En plus de voir son roman paraître dans une des maisons du Groupe Ville-Marie Littérature, le lauréat reçoit une bourse de 10 000 dollars offerte par Québecor. Ce prix a contribué à lancer la carrière d’écrivains connus, dont Chrystine Brouillet et Robert Lalonde.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.