PROFIL / Éric Robidoux : entre clavecin et chainsaw

Mélange de rockeur et de coureur des bois, Éric Robidoux présente le spectacle Concerto pour clavecin et chainsaw

Mélange de rockeur et de coureur des bois, Éric Robidoux dit être devenu lui-même dans le rang de la Barbotte, à Lacolle. « La forêt m’a empêché de devenir un bum. Après l’école, j’allais “trapper” plutôt que de faire des mauvais coups. » Aujourd’hui, la ville et la campagne, le besoin de solitude et le goût des autres s’accordent bien en lui.

Diplômé de l’École nationale de théâtre (promotion 2005), il a joué dans des spectacles pointus et d’autres plus divertissants, chanté Richard Desjardins et James Brown, suivi des stages de butô et de clown. Après l’exigeant Axël, de Villiers de L’Isle-Adam, précurseur du théâtre symboliste, il a fallu Un peu de tendresse bordel de merde, du chorégraphe Dave St-Pierre, pour que ses sens se rallument de nouveau.

Photo : Jocelyn Michel
Photo : Jocelyn Michel

Comédien, danseur, chanteur. Déjà, c’est pas mal. « Je voudrais être musicien. Mais quand je gratte ma guitare, je sais que Neil Young peut dormir tranquille. » Il ne rate pas son autoportrait : « Je suis ambitieux, chaotique, contradictoire, spécialiste en rien, instinctif, complexe, mais pas bibitte. » Bref, pas facile à saisir ; il cherche l’absolu, la virtuosité, la poésie. Il se tient du côté des créateurs qui secouent les dogmes, des chevaux qui refusent le mors.

Il exprime sa fougue dans son premier « raid artistique » :  Concerto pour clavecin et chainsaw. N’attendez pas une histoire ; plutôt une prestation rageuse, radicale.

« Il y aura mes textes et de la danse — avec un cochon vivant si je trouve le temps d’en apprivoiser un. Mais j’ai aussi le goût de fendre du bois, de tendre des pièges dans lesquels je me prendrai par besoin de me faire douleur et par défi de m’en dépêtrer. J’ai envie que le spectateur se décolle de son siège, qu’il sorte s’il est écœuré, qu’il me crie “Chou !” ». Voilà pour les intentions. Arrive la lucidité : « Mais ça sera sans doute moins malséant que je l’aurais espéré, car tout a été fait. Si ça se trouve, un acteur s’est déjà suicidé sur scène ! »

Robidoux a 32 ans, pas d’agent, pas trop d’argent. Il ne souhaite pas — du moins pour le moment — se prêter à la publicité ; il tourne peu au cinéma, mais beaucoup à l’étranger avec les spectacles de Dave St-Pierre. Le jour de notre rencontre, il comptait adresser à des maisons d’édition un choix de poèmes qu’il a écrits.

« J’ai une grande capacité pour philosopher, rêver… me déresponsabiliser. Tout en sachant que j’avance vers la mort, je travaille à me rassembler. »

Concerto pour clavecin et chainsaw, avec la participation de son cousin Martin Robidoux, claveciniste, Théâtre La Chapelle, à Montréal, du 2 au 6 nov., 514 843-7738. (Éric revient dans la même salle, du 9 au 20 nov., pour se faire l’interprète de
Gravel Works, de Frédérick Gravel.)

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