Quand le titre veut se faire aussi gros que le livre

Un palmarès de romans aux titres si longs qu’ils peuvent presque se passer de résumé.

livre

À l’heure où les éditeurs s’arrachent les parts d’un marché stagnant et tentent d’attirer des lecteurs à l’attention de plus en plus déficitaire, le titre d’un roman ne peut plus se permettre d’être seulement évocateur ou poétique : il se doit d’être un outil de marketing stratégique, orienté en fonction d’une clientèle cible précisément segmentée.
Culture

L’évidence saute aux yeux quand on se penche sur ces «livres qui font du bien» (feel good books) — pochades au ton burlesque, comédies romantiques et fantaisistes où l’excentricité des personnages n’a d’égal que le rocambolesque de leurs aventures…

Leurs titres, calqués sur ceux des fables, des contes ou des guides pratiques, sont un savant mélange d’adjectifs superlatifs, d’associations incongrues, de marques de commerce et d’images à la limite du surréalisme.

Ces titres ont une autre caractéristique : leur longueur excessive, qui gruge presque tout l’espace de la couverture. Si bien que le résumé du roman, en quatrième de couverture, en devient redondant. Un minislogan publicitaire, en somme, qui ressemble à une tentative désespérée d’attirer l’attention des bouquineurs.

Remontant à La vie et les opinions de Tristram Shandy, gentleman, de Lawrence Sterne, et au Merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, de Selma Lagerlöf, la mode des titres allongés a été relancée en 2013 par Romain Puértolas, dont L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea a connu un succès mondial (250 000 exemplaires vendus).

Parmi les titres-marathons les plus récents, voici ceux qui sont aussi les plus essoufflants :

Comment Thomas Leclerc 10 ans 3 mois et 4 jours est devenu Tom l’Éclair et a sauvé le monde
(par Paul Vacca)

Le fabuleux voyage d’un jeune homme en combinaison spatiale dans un combi Volkswagen
(par Scarlett Thomas)

L’étrange histoire de l’ours brun abattu dans les quartiers espagnols de Naples
(par Antonio Menna)

Histoire d’Alice, qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un)
(par Francis Dannemark)

Le fabuleux destin d’une vache qui ne voulait pas finir en steak haché
(par David Safier)

La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel
(par Romain Puértolas)

La véritable histoire d’un Indien qui fit 7 000 km à vélo par amour
(par Per J. Andersson)

De l’influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire
(par Marc Salbert)

Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive
(par Christophe Donner)

Du danger de perdre patience en faisant son plein d’essence
(par Pascal Martin)

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates
(par Mary Ann Shaffer et Annie Barrows)

Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage
(par L.C. Tyler)

Le secret de la manufacture de chaussettes inusables
(par Annie Barrows)

Comment braquer une banque sans perdre son dentier
(par Catharina Ingelman-Sundberg)

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Une autre excellente parodie, à long titre, par Jeremy Leven: Satan : sa psychothérapie et sa guérison par l’infortune dr Kassler, L.P.C.V. (le premier con venu)