Quand le vinyle donne le ton

Par un effet intrigant, le bon vieux 33 tours réussit à redonner de la valeur à la musique.

L'engouement pour les vinyles renaît depuis quelques années... effet de mode? (Photo: iStockphoto)
L’engouement pour les vinyles renaît depuis quelques années… effet de mode? (Photo: iStockphoto)

Même nourris au téléchargement illégal, de plus en plus de gens ouvrent leur portefeuille pour acheter des 33 tours.

Pour l’instant, le retour du disque sous sa bonne vieille forme vinyle reste l’affaire de passionnés de musique et d’ama­teurs amusés qui suivent la vague. On fait grand cas du regain d’intérêt pour ce support presque tombé en désuétude autour des années 1990 avec l’apparition du CD. Et les chiffres tendent à le prouver : aux États-Unis, les ventes de 33 tours au doux son crépitant ont augmenté de 32 % en 2015, alors que les ventes de disques compacts chutaient de 13,9 %.

Toutefois, ce portrait mérite d’être considéré avec un peu de recul. Oui, il se fait davantage de vinyles et il s’en vend beaucoup plus, mais ce produit reste encore marginal, comme en font foi les chiffres globaux de l’industrie musicale. Selon la Recording Industry Association of America (RIAA), le nombre d’albums en vinyle vendus aux États-Unis en 2015 représente un peu plus de 10 % du total des exemplaires physiques vendus. Si on inclut les albums numériques, ce chiffre tombe à 1 %.


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Mais au-delà de la quantité, il y a la valeur. Par un effet intrigant, le bon vieux 33 tours réussit à redonner de la valeur à la musique. De par sa conception, sa matière, sa rareté, sa pochette grand format, il justifie le fait de recommencer à payer pour de la musique. Pour une génération élevée au téléchargement, illégal mais gratuit, voilà quelque chose qui étonne. À preuve, le 16 avril dernier, lors de la Journée des disquaires indépendants, la file devant le magasin Aux 33 tours, avenue du Mont-Royal, à Montréal, s’étirait sur des dizaines de mètres, et ce, avant même l’ouverture de la boutique, un samedi matin.

De manière générale, un disque en format vinyle se vend au détail de 15 à 30 dollars, selon sa qualité, sa provenance et sa rareté. Ce qui est beaucoup plus qu’un disque en version numérique, qui coûte de 10 à 12 dollars. Même dans les boutiques de vinyles d’occasion, le prix des albums tend à augmenter depuis quelques années.

Reste le danger de l’effet de mode. Une étude de la maison de sondage britannique ICM montrait que dans le groupe d’acheteurs de vinyles sondés, 48 % n’avaient pas écouté leur nouvelle acquisition. Pire, 7 % d’entre eux ne possédaient même pas de tourne-disque. Il faut croire que, pour certains, un vinyle représente davantage l’occasion d’une belle photo sur Instagram que d’une séance d’écoute musicale !

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N’ayez pas peur de Bandcamp

Vous venez de découvrir un nouvel artiste alternatif qui vous plaît, et pour que vous puissiez acheter son œuvre en ligne, le musicien vous dirige vers sa page Bandcamp. Bandquoi ? N’ayez crainte, c’est une plateforme que beaucoup de créateurs ont adoptée au fil des ans, car elle leur permet notamment d’exercer un plus grand pouvoir sur la mise en marché de leurs œuvres qu’avec iTunes, par exemple. Autres avantages pour l’artiste : le site prend un plus petit pourcentage des ventes qu’ailleurs, et il est possible d’y vendre tant des fichiers numériques que des CD, des vinyles et de la marchandise en tout genre. Chaque chanson peut également être partagée avec facilité sur les réseaux sociaux. Le consommateur, lui, a souvent l’occasion d’écouter un morceau au complet avant de l’acheter, et rendu à cette étape, il peut même choisir la qualité de fichier qu’il préfère, du MP3 de base au lourd fichier.