Que sommes-nous?

Blaise Pascal se disait effrayé par le silence des espaces infinis. Il aurait eu le tournis devant le comportement aléatoire de l’infiniment petit, que la science découvre depuis peu.

Photo : SPL

Difficile en effet d’admettre que nous ne sommes que des assemblages précaires d’atomes en perpétuel mouvement, tenus ensemble par des bosons, que nos « corps » sont sans cesse traversés d’ondes diverses et qu’en plus notre libre arbitre n’est qu’une illusion. Ce serait en effet par défaut que nous croyons prendre des décisions personnelles : l’inter­action complexe des molécules et des atomes de la pensée échappe pour l’instant aux équations, mais un jour la science comportera une loi générale de la chimie du cerveau. C’est ce que soutient Stephen Hawking, pour qui nous représentons « des machines biologiques » nées des suites du big-bang et apparues grâce à des conditions sur Terre étrangement favorables.

En 1687, la loi de Newton énonçait que « tout objet dans l’Univers attire tout autre objet avec une force proportionnelle à sa masse ». L’expérience, indiscutable, pouvait se reproduire : une balle lancée en l’air retom­bait toujours, la masse de l’une l’emportait sur l’autre. Tant que la science étudiait notre monde en trois dimensions, les lois scientifiques nées de l’obser­vation étaient convaincantes. La gravitation, l’électroma­gnétisme, les divers champs de forces, l’état des solides et liquides, la vitesse de la lumière, les spectres d’ondes s’expliquaient en laboratoire.

Mais vint Einstein. À 26 ans, en 1905, le physicien introduisait le temps comme quatrième dimension, déduisant la notion de relativité restreinte. Poursui­vant ses travaux, Einstein découvrait la relativité générale, déclarant notre Univers courbe, et la physique devenait une géométrie. Les scien­tifiques inventèrent alors un nouveau langage, la théorie quantique, élaborant de nouveaux modèles mathématiques pour prédire le mouvement des astres, tout en expliquant l’imprévisibilité des particules subatomiques. Des instruments nouveaux, dans de nouveaux laboratoires, appuyés par l’ordinateur, leur permettaient de vérifier les hypothèses.

À qui se fier ? Si vous ne maîtrisez pas la physique quantique, vous ne pouvez qu’acquiescer sans comprendre. Doit-on s’en inquiéter ? Les physiciens eux-mêmes croient aux neutrons, qu’ils n’ont jamais vus. Cette approche déterministe et matérialiste répugne évidemment aux croyants, mais la question de savoir s’il existe dans l’Uni­vers un grand architecte est assez provocante pour qu’on trouve depuis des mois le livre de Stephen Hawking sur la liste des meil­leures ventes.

Il faut avouer que si Dieu a créé l’homme, comme le disent les religions anciennes, il n’était certes pas pressé de le voir arriver sur Terre : il a mis 10 milliards d’années pour dessiner le décor stellaire des galaxies, et un temps infini pour que des unicellulaires nés dans des soupes chimiques se trans­forment en ces magnifiques bipèdes que nous sommes devenus. Aujourd’hui, les physiciens imaginent un « Multivers » de plusieurs dimensions exis­tant parallèlement au nôtre, dont on ne sait s’il va con­tinuer à prendre de l’expansion ou se replier sur lui-même et nous écraser. Avouons que nous sommes les témoins privilégiés d’un extraordinaire feuilleton.

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Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers?, par Stephen Hawking et Leonard Mlodinow, Odile Jacob, 240 p., 34,95 $.

«Ces questions sont naturellement du ressort de la philosophie. Mais la philosophie est morte faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique.»

 

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