Quel avenir pour le livre ?

À l’heure où des maisons d’édition ferment boutique et où des lecteurs trompent leur libraire avec une liseuse électronique, L’actualité a demandé aux finalistes 2014 des Prix littéraires du Gouverneur général de faire part de leur vision du livre. Entre optimisme inébranlable et appréhensions technologiques, voici les réponses de certains d’entre eux.

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Photo : Getty Images

«Je cite Umberto Eco : “On peut toujours tenter d’inventer un nouveau moyen de faire rouler une voiture que la roue. Cependant je doute qu’on trouve mieux.” Le livre, s’il vient à perdre sa suprématie, la retrouvera, pour la simple et bonne raison qu’il est déjà le soutien le plus simple et le plus efficace de l’écriture. Ça n’empêche pas les autres moyens de prévaloir, momentanément…»
Robert Lalonde, finaliste dans la catégorie Romans et nouvelles pour C’est le cœur qui meurt en dernier (Boréal)

«Lire est une activité. Il n’y a rien de passif dans la recréation des univers par le lecteur. Le livre est menacé par tout ce qui encourage la passivité végétative.»
Michael Delisle, finaliste dans la catégorie Romans et nouvelles pour Le feu de mon père (Boréal)

«Je ne crois pas à la disparition du livre. Au contraire, je crois qu’avec l’avènement des médias sociaux, on en parle davantage. Les médias de masse font de moins en moins de place à la culture en général, encore moins aux livres. Mais tant qu’il y aura des lecteurs et qu’ils réussiront à partager leurs lectures, le livre survivra, d’une manière ou d’une autre. On est loin de la crise numérique que vit l’industrie du disque, par exemple. Je connais peu de gens qui consomment leur littérature numériquement. L’objet restera toujours — pour les enfants, surtout — une source de curiosité, et jamais on ne pourra remplacer l’odeur de l’encre et du papier. Je suis optimiste, voire romantique. Mais j’y crois.»
Patrick Isabelle, finaliste dans la catégorie Littérature jeunesse — texte pour Eux (Leméac)

«Il n’y a jamais eu autant de livres publiés, autant de lecteurs, et pourtant on n’a jamais autant craint sa disparition. Étonnant paradoxe.»
Bertrand Gervais, finaliste dans la catégorie Essais pour Un défaut de fabrication (Boréal)

«Tôt ou tard, le livre papier prendra le chemin du gramophone ou de la cassette huit pistes. Les habitudes de lecture, qui changent, finiront par imposer leur logique. Ça n’annonce pas pour autant la fin du livre : nous serons toujours aussi friands d’histoires. Quelle forme prendront-elles ? Je ne sais trop. Je ne me suis jamais fait à la liseuse ni aux livres audio, car je suis de la vieille école. J’aime que le livre sur lequel je viens par mégarde de verser une tasse de café puisse encore me révéler ses secrets.»
Éric Fontaine, finaliste dans la catégorie Traduction pour Les Blondes (Alto)

«Le livre comme objet de papier, je ne sais pas trop. Probablement une utilisation plus restreinte et plus spécialisée… Par contre, pour ce qui est de la réflexion, de la fiction et de la poésie, je suis certain qu’elles trouveront toujours des supports qui permettront leur partage, car ce sont des activités essentielles de l’être humain.»
Jean-Jacques Pelletier, finaliste dans la catégorie Essais pour Questions d’écriture : Réponses à des lecteurs (Hurtubise)

«On a cru à la mort de la radio lors de l’apparition de la télévision, on a chanté la mort du théâtre avec l’avènement du cinéma, on a pleuré la disparition de la sculpture avec la naissance de la 3D… Et pourtant, radio, théâtre et sculpture sont encore présents : renouvelés, certes, mais encore vivants.»
Olivier Kemeid, finaliste dans la catégorie Théâtre pour Moi, dans les ruines rouges du siècle (Leméac)

«Comme disait l’auteur Ray Bradbury : “Un ordinateur ne sent rien. Un livre doit sentir quelque chose. Vous devez le tenir entre vos mains et lui adresser votre prière. Vous le mettez dans votre poche et vous marchez avec lui. Il reste avec vous pour toujours. Mais l’ordinateur ne fait pas ça. Je suis désolé.”»
Mélanie Tellier, finaliste dans la catégorie Littérature jeunesse — texte pour Fiona (Marchand de feuilles)

«Le livre, c’est la trace. La marque laissée au sol. L’objet concret de la mémoire. On peut croire qu’avec les multitudes d’appareils rétro-éclairés qui nous envahissent, les livres pourraient disparaître. Mais quand je vois ma fille qui prend un livre comme un trésor, qui échange des livres avec ses amies, qui joue à écrire son livre (ou plutôt sa série d’aventures d’Abrika, la princesse de l’espace), je me dis que le livre a encore une place de choix.»
Simon Boudreault, finaliste dans la catégorie Théâtre pour As is (tel quel) (Dramaturge Éditeurs)

«J’ignore quel sera l’avenir du livre. Mais je sais ce que je lui souhaite : un avenir long et prospère. Ma mère m’a donné le goût, jeune, de la lecture. C’est l’un des plus beaux cadeaux qu’elle m’a faits.»
Dave Corriveau, finaliste dans la catégorie Essais pour La Corriveau : De l’histoire à la légende, coécrit avec Catherine Ferland (Septentrion)

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Grâce à ma liseuse, j’ai emprunté en 2014 tous les livres que je voulais sur BANQ. J’ai enfin lu autre chose que ce que me permettait mon budget: des traductions de polars en livre de poche! J’ai découvert Michael Delisle (Le feu de mon père, merveilleux), Rachel Leclerc, Carl Leblanc, Joana Gruda, Dominique Fortier et tant d’autres. Cette nouvelle technologie s’est avérée extraordinaire pour moi, mais j’ai quand même hâte d’ouvrir avec mes petits-enfants les livres que je leur offrirai à Noël. Jean-Jacques Pelletier a bien raison de dire que les créations littéraires trouveront toujours un support qui permettront leur partage … il le faut!