Qu’est-ce qu’une vie réussie ?

Il y a quelques années, l’essayiste français Luc Ferry faisait la démonstration que cette inter­ro­gation remontait jusqu’aux origines de la philosophie et il citait tour à tour les réponses de Platon, Aristote, Nietzsche, Freud, saint Augustin, Pascal et Spinoza.

Chronique de Pierre Cayouette : Qu'est-ce qu'une vie réussie ?

Il y a quelques années, l’essayiste français Luc Ferry faisait la démonstration que cette inter­ro­gation remontait jusqu’aux origines de la philosophie et il citait tour à tour les réponses de Platon, Aristote, Nietzsche, Freud, saint Augustin, Pascal et Spinoza.

Dans un tout autre registre et dans un esprit beaucoup plus terre à terre, le banquier Jacques Ménard pose à son tour une question semblable. Qu’est-ce que «?réussir?»?? demande-t-il. Pour le guider dans sa réflexion, le président de BMO Nesbitt Burns et BMO Groupe financier a choisi d’interviewer 22 personnalités de divers horizons qui constituent des exemples de réussite dans leurs champs respectifs.

Kent Nagano, le Dr Gilles Julien, Yvon Deschamps, Chantal Petitclerc, Bernard Voyer, Julie Payette, le cardinal Jean-Claude Turcotte, Céline Dion et David Suzuki font partie du groupe, tout comme quelques gens d’affaires, dont Laurent Beaudoin, Jean Coutu et Aldo Bensadoun.

Jacques Ménard les a interviewés dans le but de connaître les éléments déclencheurs de leur carrière, les moments cruciaux de leur vie, les modèles qui les ont inspirés et les qualités qui ont mené à leur succès. Il les a invités à raconter aussi leurs périodes de doute et leurs échecs.

Tous confirment l’adage de Félix Leclerc?: «?Il y a plus de courage que de talent dans la plupart des réussites.?» La confiance en soi et le talent y sont pour quelque chose, mais c’est surtout le travail, la discipline, la passion et la créativité qui mènent à la réussite.

Il en résulte un ouvrage qui, bien qu’inégal, demeure avant tout inspirant, en particulier pour de jeunes lecteurs. Il ne s’agit surtout pas d’un livre de «?recettes?», d’une entreprise élitiste ou d’un condensé de psycho-pop. Jamais, dans ce livre, on ne laisse croire que le fait de devenir riche et célèbre est synonyme d’une vie réussie. Au contraire, Jacques Ménard ne cesse d’insister sur la nécessité de s’engager, sur le devoir de soli­darité avec les plus démunis. Il privilégie la dimension collective de la réussite et préfère l’idée de «?réussir sa vie?» à celle de «?réussir dans la vie?».

Certains esprits cyniques ont raillé l’entreprise de Jacques Ménard, mettant en doute la légitimité de l’engagement du «?méchant banquier capitaliste?». C’est facile et réducteur. Il faut, au contraire, saluer l’initiative et la quête de Jacques Ménard. Sa lutte incessante contre le décrochage scolaire témoignait déjà d’un engagement sincère. Sa réflexion au sujet de la réussite vient approfondir et préciser son message. Rien ne l’obligeait à toute cette action. Il aurait pu se contenter de mener la vie des gens riches et influents, sans «?redonner?» à la collectivité. Il a plutôt choisi de s’engager, et c’est tout à son honneur.

Réussir?: Aller au bout de ses rêves, par Jacques Ménard, avec Denis et Michèle Beauregard, VLB, 256 p., 24,95 $.

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RÉCONCILIER SCIENCE ET LITTÉRATURE

Aux yeux du professeur de littérature de l’UQAM Jean-François Chassay, on aurait tort de considérer la science et la littérature comme deux univers inconciliables. Au contraire, en transformant notre rapport au monde et nos perceptions, la science bouleverse aussi notre imaginaire. Des avancées scientifiques – comme la mise au point de la bombe nucléaire et les percées de la génétique – ont influencé de nombreuses œuvres littéraires. Jean-François Chassay en fait l’éloquente démons­tration dans cet essai. (La littérature à l’éprouvette, par Jean-François Chassay, Boréal, 144 p., 19,95 $)

 


LE SEXE ASSIÉGÉ

Partout dans la sphère publique (sites Internet, arts, publi­cité ou téléréalités), nous sommes envahis par la «?sexualité spectacle?», cons­­­­­tate Michel Dorais, sociologue de la sexualité et auteur de plusieurs essais sur la question. Le spécialiste n’en appelle pas pour autant à la censure, mais plutôt au développement du sens critique et de l’intériorité. La sexualité, dit-il, «?est une relation à soi et à autrui, une source d’identité et d’appartenance, un lieu de rencontres entre nos différences et nos ressemblances tant physiques que psychiques…?» La sexualité spectacle attise plutôt la passivité, l’illusion, le mensonge ainsi que la fausseté. Michel Dorais souhaite plus d’authenticité. (La sexualité spectacle, par Michel Dorais, VLB, 144 p., 21,95 $)