Raconte-moi un auteur: Chantal Savoie

«Beauvoir, Woolf et Bourdieu m’ont permis de comprendre quelque chose et m’ont enlevé un poids qui pesait sur mes épaules.»

Quel est votre rituel d’écriture? Quels sont vos rêves les plus fous? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de parler de leur métier. Toutes les entrevues de la série «Raconte-moi un auteur» sont accessibles ici.

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Chantal Savoie (Photo : Louise Bilodeau)

Chantal Savoie est l’une des finalistes aux Prix littéraires du Gouverneur général 2015, catégorie Essais, pour Les femmes de lettres canadiennes-françaises au tournant du XXe siècle, publié aux Éditions Nota bene.

L’étincelle

Comment est né votre désir d’écrire, de créer? Des souvenirs d’enfance précis?

J’aime de l’écriture qu’elle soit un défi et une leçon d’humilité. La conjonction de ces deux caractéristiques est tellement typique de ma personnalité que cela remonte forcément à l’enfance, mais je n’en ai aucun souvenir.

Le rituel

Où et quand vous installez-vous pour écrire, pour créer? À quoi ressemble votre espace de travail? Thé, café, boissons, objets fétiches?

Je me fixe un objectif puis je m’installe à mon vieux bureau, assise sur une chaise de bois droite et dure, j’appuie le genou gauche sur la paroi du bureau, je commence à écrire en tournant autour du pot avec d’interminables phrases introductives jusqu’à ce que j’oublie mon corps et ensuite, là, je travaille pour vrai.

L’ouvrage

Quel est le livre qui vous a marqué, qui a changé votre vie? Pourquoi?

Les livres, en général, ont changé ma vie. S’il faut indiquer des titres précis, je ne peux aller en deçà de trois: Le deuxième sexe, de Simone de Beauvoir, Une chambre à soi, de Virginia Woolf, et La distinction, de Pierre Bourdieu. Chacun d’eux m’a permis de comprendre quelque chose qui a enlevé un poids qui pesait sur mes épaules. Ça change tout.

Le projet

Quel est votre prochain projet littéraire? Le ou les thèmes que vous prévoyez aborder?

Mon prochain essai porte sur les préférences musicales des lectrices du Bulletin des agriculteurs dans les années 1940!!! C’est un autre essai d’histoire culturelle qui est en quelque sorte le prequel de mon travail sur les admiratrices de Michel Louvain. J’y brosse le portrait culturel d’une génération de jeunes filles durant la Deuxième Guerre mondiale sous l’angle des chansons qu’elles écoutent.

Mon équipe et moi avons retracé 28 000 demandes de chansons qui sont formulées dans les pages du Bulletin des agriculteurs par des jeunes femmes de différentes régions entre 1939 et 1949. L’échantillon des 60 chansons les plus demandées est très révélateur d’un monde en pleine transformation et, surtout, il ne correspond à peu près pas au contenu des synthèses qu’on peut lire sur la chanson québécoise des années 1940, toujours présentées comme celles où prédomine la Bonne chanson de l’abbé Gadbois.

La «mauvaise» chanson à laquelle je me suis intéressée n’est pourtant ni en anglais, ni amorale, et elle permet de saisir une facette méconnue de l’imaginaire de cette époque.

Toutes les entrevues de la série «Raconte-moi un auteur» sont accessibles ici.


Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.