Raconte-moi un auteur : Fanny Britt

Quel est votre rituel d’écriture ? Avec quel auteur prendriez-vous le thé ? Quel est l’ouvrage qui vous a marqué ? L’actualité a demandé aux lauréats des Prix littéraires du Gouverneur général, édition 2013, de parler de leur métier… et de ce qui les inspire. Fanny Britt, gagnante dans la catégorie «Théâtre», s’est prêtée à l’exercice.

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Fanny Britt – Photo : Julie Artacho

Fanny Britt a remporté le Prix littéraire du Gouverneur général 2013 dans la catégorie «Théâtre» pour Bienveillance (Leméac).

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Comment est né le désir d’écrire chez vous ?

Depuis que je sais écrire, j’écris des histoires. Le geste m’a été aussi naturel que d’apprendre à marcher (ce qui ne veut pas dire que j’ai été bonne rapidement, au contraire !). C’est simplement ce que je fais, depuis toujours. C’est sans doute né de mon besoin d’expliquer le monde, de lui donner un sens qui serait rassurant, qui serait à la fois vertigineux et porteur de racines. Je suis une anxieuse ; dans l’écriture, je trouve du réconfort, et du courage.

Quel est votre rituel d’écriture ?

Mon rituel d’écriture n’a rien de romantique ! L’écriture se produit quand un ensemble de conditions gagnantes sont réunies : les enfants sont à l’école, je n’ai pas d’autres échéances immédiates et il n’y a pas trop de piles de lessive dans la maison ! Plus sérieusement : j’ai découvert, lors de l’écriture de ma pièce Bienveillance, que le mouvement m’était salutaire. J’écris de moins en moins dans mon bureau, et de plus en plus «en mouvement» : au parc, chez les autres, en voyage, au restaurant, à la bibliothèque. Les sons et les odeurs du monde qui m’entoure me nourrissent beaucoup, et brisent ma solitude d’auteure.

Un ouvrage particulièrement marquant pour vous ?

The Writing Life, d’Annie Dillard, est l’ouvrage sur l’écriture qui m’a le plus remuée, et encouragée — et qui a mis des mots sur la vie que j’ai choisie avec tant d’acuité, tant de précision que ç’en est aveuglant.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

L’inspiration est un concept très abstrait pour moi. Je ne sais pas si je suis inspirée autant qu’habitée, pressée, happée, tiraillée, préoccupée. Et cet état me suit partout, tout le temps. Une chanson, une visite à l’épicerie, une salle d’attente, un soir d’élection, le contact d’un homme : c’est toute la vie qui me traverse et me sert de matière.

Deux auteurs (québécois et étranger) avec qui vous prendriez le thé ?

J’ai envie de nommer quelqu’un que je connais déjà, Olivier Choinière. Je ne voudrais pas tant prendre le thé avec lui que lui administrer une pilule machiavélique qui me permettrait de lui voler son génie dramaturgique, sa force de frappe, sa démarche anticonformiste et sa liberté de création. Mais c’est sans doute mieux de les lui laisser, alors je vais m’abstenir.

Je prendrais bien le thé avec Zadie Smith. Je la remercierais pour son écriture cristalline, prodigieuse d’intelligence et ancrée dans le réel tout à la fois. Je tenterais de lui soutirer deux ou trois secrets d’équilibre de vie (elle a deux enfants, des mandats de professeur et des romans marquants à son actif). Mais si une rencontre devait se produire, je suis sûre que je ne ferais que glousser comme une groupie idiote, trop impressionnée par elle pour émettre la moindre phrase intelligible.

D’après vous, quelle est l’idée la plus fausse qu’on puisse se faire au sujet d’un écrivain ?

Je suppose qu’il est assez faux de croire que les créateurs sont sérieux et profonds en toutes circonstances. Beaucoup d’écrivains regardent la télévision. Beaucoup d’écrivains se couchent à 22 h. Beaucoup d’écrivains préfèrent préparer une lasagne que discuter de théâtre. (Et par beaucoup d’écrivains, je veux dire moi.)

Comment avez-vous réagi en recevant le Prix littéraire du Gouverneur général ?

Les prix, ça fait toujours plaisir. Le désir de reconnaissance est un genre de vice dont il serait idéal de se départir, mais il reste que lorsqu’elle se pointe, cette reconnaissance, ça fait du bien. Ce qui ne m’empêche pas d’être entièrement consciente du côté presque aléatoire de la chose. Il y a beaucoup un peu de chance et un peu de timing, malgré tout, dans ce genre d’exercice.

Un thème à aborder dans une prochaine œuvre ?

Le courage. J’en explorerai certaines facettes, surtout l’idée du courage dans la fragilité, dans un projet à venir à la Pastèque.

Quel est l’avenir du livre, selon vous ?

L’avenir du livre n’est possible que si on lui fait une place. Sa disparition n’est pas inéluctable : nous sommes là, et les œuvres, les auteurs et les lecteurs existent encore, même si leur forme change. Commencer par ne pas nier leur existence — et leur répercussion sur l’histoire, la culture, la mémoire et le bonheur collectif — serait certainement un bon début. Et remplir les bibliothèques scolaires !

Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

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