Raconte-moi un auteur : François Archambault

Quel est votre rituel d’écriture ? Avec quel auteur prendriez-vous le thé ? Quel est l’ouvrage qui vous a marqué ? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de parler de leur métier… et de ce qui les inspire. François Archambault, finaliste dans la catégorie «Théâtre», s’est prêté à l’exercice.

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François Archambault

François Archambault est finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général 2014 dans la catégorie «Théâtre» pour Tu te souviendras de moi (Leméac Éditeur).

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Comment est né le désir d’écrire chez vous ?

Le désir d’écrire est venu au primaire, quand j’ai fait mes premières compositions. Ce que j’écrivais faisait sourire mes professeurs. Je m’intéressais aux choses absurdes de la vie. En fait, très tôt, j’ai eu envie de devenir journaliste.

Je me souviens aussi d’avoir écrit une bande dessinée, quand j’avais 11 ou 12 ans. C’était une histoire de science-fiction, avec des ovnis, des extraterrestres, qui mettait en scène des amis et des voisins qui habitaient sur ma rue.

À la même époque, j’ai rédigé, sur du papier stencil que mon père rapportait de l’école où il était directeur, une parodie de revue qui s’appelait le Reine-Élizabeth. Il y avait des articles sur les célébrités, sur la politique, une analyse des proverbes trouvés dans les pages roses du dictionnaire, etc… Tout ça sur le mode humoristique.

Pour moi, l’écriture a tout d’abord été un jeu, un moyen d’échapper au réel. Ou de le réinventer, plutôt.

Quel est votre rituel d’écriture ?

Je ne peux pas dire que j’ai un rituel précis. Habituellement, avant d’écrire quelque chose, je dois y réfléchir longtemps, prendre des notes. Quand j’ai une idée du thème que je veux développer, quand je sais comment ça commence et comment ça finit, je peux débuter.

J’écris mes premières versions à la main. Habituellement dans le silence. Des fois avec de la musique. Si j’écris du drame, j’écoute du David Darling (l’album Cello, ou Dark Wood). Si c’est de la comédie, la trame sonore de Stardust Memories, de Woody Allen. Ou Louis and The Good Book, de Louis Armstrong. Mais je dirais que les premières versions se font dans le silence, généralement le matin, à la maison, dans mon bureau ou à la table de la salle à manger.

Un ouvrage particulièrement marquant pour vous ?

Le roman qui m’a le plus marqué est assurément L’Immortalité, de Milan Kundera. C’est un livre que j’ai lu et relu plusieurs fois, toujours avec un plaisir renouvelé. Dans ce livre, Kundera s’amuse avec la structure du récit, il s’amuse à intervenir lui-même comme personnage, il s’amuse à berner le lecteur, à semer de fausses pistes.

C’est un livre qui m’a fait comprendre l’importance du thème dans une œuvre. Il y a une structure musicale dans toute l’œuvre de Kundera qui est particulièrement réussie dans celle-ci. Les personnages et les situations se répondent, pour mieux éclairer le thème du roman. Pour faire réfléchir, de manière ludique, le spectateur-lecteur.

Pour moi, ce roman est aussi impressionnant, par sa construction et son travail de détail, qu’une cathédrale. Sauf que c’est une cathédrale où on a le droit de s’amuser et de rire…

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Je serais tenté de répondre «tout». La vie. Ce que je vis, ce que j’entends, ce qu’on me raconte, ce que je lis… Mais c’est vrai et ce ne l’est pas tout à fait. En fait, quand j’écris, je choisis mon terrain de jeu. Je ne vais pas parler de tout en même temps. Quand j’ai décidé de quoi je vais parler, quand j’ai trouvé mon thème, l’histoire que je veux raconter, je prête attention différemment à ce qui se passe autour de moi. Tout ce que je reçois, tout ce que je perçois peut alors devenir une inspiration. Naturellement, je me mets à être attiré par les histoires qui peuvent nourrir ma réflexion et le récit auquel je travaille. Mon cerveau se met à filtrer les informations. Il y a un tri qui se fait naturellement.

Deux auteurs (québécois et étranger) avec qui vous prendriez le thé ?

Si on me donne le choix, je prends le thé avec Réjean Ducharme. Ça me semble évident. Juste pour pouvoir dire : j’ai pris le thé avec Réjean Ducharme… Ça se place bien dans une conversation, non ? Mais aussi, j’aimerais bien l’entendre me dire ce qu’il pense de notre monde qui carbure à la célébrité, lui qui a préféré vivre dans l’ombre et l’anonymat.

Pour l’auteur étranger, je m’inviterais à la table de Michel Houellebecq. Le personnage m’intrigue. On peut dire qu’il est à l’opposé de Réjean Ducharme, mais, en même temps, il a orchestré sa propre disparition dans son roman La Carte et le Territoire. Je ne suis pas certain qu’on deviendrait de grands amis, mais je suis fasciné par son travail, autant en roman qu’en poésie…

D’après vous, quelle est l’idée la plus fausse qu’on puisse se faire au sujet d’un écrivain ?

Les gens sont souvent surpris quand je leur dis que je joue au hockey sur glace. Deux fois par semaine. Que j’aime énormément ça et que je me débrouille assez bien. On pense que les auteurs sont des êtres qui ne vivent que pour les idées et qui, forcément, n’aiment pas le sport. J’en connais plusieurs qui aiment ça. Et qui aiment regarder les matchs du Canadien à la télé et jouer aux gérants d’estrade… Oui, oui !

Qu’est-ce que cela vous fait de voir votre travail remarqué par les Prix littéraires du Gouverneur général ?

Ça fait qu’on reçoit des courriels de félicitations d’amis et collègues… C’est plutôt agréable. Et c’est comme recevoir une petite tape d’encouragement. Ça donne le goût de poursuivre son travail…

Un thème à aborder dans une prochaine œuvre ?

Je travaille présentement sur deux œuvres qui abordent la notion de crime. Une pièce de théâtre et un scénario de film. C’est la même thématique, mais traitée de manière dramatique dans un cas, et sur un mode plus léger (oserais-je dire comique ?) dans l’autre.

Quel est l’avenir du livre, selon vous ?

Pour moi, le livre, comme le théâtre, est fait pour résister à l’invasion du numérique. L’expérience offerte par le livre permet une rencontre avec soi-même qu’Internet ne peut pas offrir. Même chose pour le théâtre. Cette rencontre, dans un même lieu, de gens qui prennent une pause du tourbillon de leur vie est quelque chose d’unique. Et de nécessaire. Qui n’est pas prêt de disparaître. Le livre et le théâtre permettent un arrêt dans le temps qui permet d’aller au fond des choses. C’est quelque chose qui demeure essentiel et précieux. Je dirais même : encore plus maintenant qu’avant !

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Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

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Merci ,François Archambault de rester François Archambault,…Merci de nous donner le goût de Lire, de Tenir et de Sentir un livre .
Félicitations vous êtes un des Grands et je vous donne tout le mérite dêtre de Chez Nous. J’espère vous rencontrer au Salon du livre.
à bientôt.