Raconte-moi un auteur: Jacques Goldstyn

L’auteur-illustrateur a pondu L’arbragan au cimetière Mont-Royal.

Jacques GoldstynQuel est votre rituel d’écriture? Quels sont vos rêves les plus fous? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de parler de leur métier. Toutes les entrevues de la série «Raconte-moi un auteur» sont accessibles ici.

Jacques Goldstyn est finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général pour son livre jeunesse illustré L’arbragan, publié aux Éditions La Pastèque.

L’étincelle

étincelle001Comment est né votre désir d’écrire, de créer? Des souvenirs d’enfance précis?

Quand j’étais petit, il y avait un tableau noir dans la cuisine sur lequel mon père traçait des formes géométriques. Je devais ajouter des lignes de fuite et transformer les formes en volumes. Ces jeux de perspective m’amusaient énormément. C’est à ce moment que j’ai réalisé que j’étais doué en dessin. J’avais aussi un bon sens de l’observation. Je pouvais rester longtemps à sketcher dans ma tête la carrosserie d’une Volkswagen dans la rue ou alors la silhouette du réparateur de vélos unijambiste de la rue Galt.

Le rituel

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Où et quand vous installez-vous pour écrire, pour créer? À quoi ressemble votre espace de travail? Thé, café, boissons, objets fétiches?

Étrangement, à la maison, je ne dessine jamais sur ma table à dessin, qui est pourtant dans une pièce spacieuse et bien éclairée. Je me répands toujours sur la table de la salle à manger, au grand dam de ma compagne. J’aime dessiner tôt le matin, dans le calme absolu.

Pour écrire, c’est différent. Je n’écris pas mes histoires à la maison. Il me faut un lieu plus propice à l’inspiration. J’ai ainsi pondu Le petit tabarnak sur la véranda du presbytère de l’église Sainte-Madeleine et L’arbragan au cimetière Mont-Royal.

Pour dessiner (à la main, je ne travaille pas à l’ordi), je carbure au chocolat noir 90 % avec des litres de thé vert. Un objet fétiche: un morceau de calcaire fossilifère de Montréal datant de l’ordovicien. Quand j’ai un deadline serré, je regarde les petits brachiopodes lithifiés en me disant qu’ils batifolaient sans souci il y a 450 millions d’années.

L’ouvrage

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Quel est le livre qui vous a marqué, qui a changé votre vie? Pourquoi?

La 25e heure, de Virgil Gheorghiu. Un roman qui raconte les tribulations d’un pauvre hère qui est barouetté à travers l’Europe en guerre. Affublé successivement et contre son gré de diverses nationalités, il tente en vain d’échapper à l’absurdité de l’intolérance et du sectarisme. C’est un livre hallucinant que mon père m’a fait découvrir quand j’avais 15 ans. Plus tard, 1984, de George Orwell, et Si c’est un homme, de Primo Levi, ont également bouleversé ma vision de l’humanité.

Le projet

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Quel est votre prochain projet littéraire? Le ou les thèmes que vous prévoyez aborder?

Le prisonnier sans frontières, l’histoire sans parole d’un prisonnier d’opinion qui est au désespoir dans sa cellule, persuadé qu’il est oublié de tous. Jusqu’au jour où un petit rat et un oiseau viennent lui porter des lettres. C’est le marathon d’écriture annuel d’Amnistie internationale qui m’a inspiré.

Je termine aussi un livre sur l’amitié entre une petite fille afghane et une photographe. J’ai écrit cette histoire en pensant à Anja Niedringhaus, la brillante photographe allemande assassinée en 2014. La petite fille a une soif intarissable de liberté et rêve de s’évader de l’obscurantisme. Je ne donne pas le punch, mais je peux vous dire que ça se termine bien…

Le rêve

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Vos rêves les plus fous! Pour le monde de la littérature (l’avenir du livre, par exemple), pour la société, pour votre entourage, pour les arts…

Mes deux plus récents projets ont un lien avec la liberté de penser, qui est en péril dans le monde. Le choix des thèmes n’a pas été prémédité, ils se sont révélés spontanément. Je suis encore très affecté par la tuerie de Charlie Hebdo, qui a vu périr entres autres Charb et Cabu, deux libres-penseurs généreux et pleins d’imagination. Mon rêve le plus fou? Qu’on ne puisse plus emprisonner ou menacer des gens pour crime de littérature.

Toutes les entrevues de la série «Raconte-moi un auteur» sont accessibles ici.


Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

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J’ai parlé à ce monsieur tous les mois pendant cinq ans, pour lui commander des dessins, sans jamais le rencontrer. Je lui ai serré la main au Salon du livre de Québec 2015. Il est aussi sympathique en personne, un vrai chic type. J’ai offert son livre « L’Arbragan » à un voisin et ami, qui le lit tous les soirs à son gamin de cinq ans. C’est un livre magnifique. Il est temps que son immense talent soit reconnu à l’échelle nationale.