Raconte-moi un auteur : Jean-François Sénéchal

Quel est votre rituel d’écriture ? Avec quel auteur prendriez-vous le thé ? Quel est l’ouvrage qui vous a marqué ? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de parler de leur métier… et de ce qui les inspire. Jean-François Sénéchal, finaliste dans la catégorie «Littérature jeunesse – Texte», s’est prêté à l’exercice.

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Jean-François Sénéchal (photo : Julie Durocher)

Jean-François Sénéchal est finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général 2014 dans la catégorie «Littérature jeunesse – Texte» pour Feu (Leméac).

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Comment est né le désir d’écrire chez vous ?

Dans la maison où j’ai grandi, les livres étaient partout, empilés dans les coins, accumulés dans des boîtes, tassés dans des bibliothèques… C’est peut-être pour cette raison que le désir d’écrire m’est venu très rapidement, comme si je voulais rester en terrain connu. C’est la poésie qui m’a attiré en premier, très tôt à l’adolescence, avec l’influence des «poètes maudits». Ce qui était sombre et tragique m’inspirait beaucoup. Je me souviens encore des poèmes de Baudelaire écrits à la craie sur les murs de ma chambre…

Quel est votre rituel d’écriture ?

Pour moi, le meilleur temps pour écrire est le matin. Le fait d’être travailleur autonome me permet d’organiser mon horaire et de réserver à l’écriture les premières heures de la journée. Ensuite, je dois remplir mes obligations professionnelles, ce qui me conduit parfois tard le soir. Comme beaucoup d’écrivains le savent, ce n’est pas facile de conjuguer écriture, travail et famille. Sinon, la musique accompagne toujours mon écriture ; le café aussi.

Un ouvrage particulièrement marquant pour vous ?

Germinal, d’Émile Zola. C’est un roman dont le propos m’interpelle toujours autant et qui possède une incroyable force dramatique. Mon roman Feu fait d’ailleurs écho à l’exploitation des travailleurs décrite par Zola, un peu à la façon d’un hommage rendu à son œuvre. Aussi, j’aime l’idée que la mégalopole dépeinte dans Feu pourrait être la ville minière où se déroule l’action de Germinal, mais projetée dans un futur hypothétique. Comme si les acquis d’aujourd’hui avaient été perdus et que l’obscurité du passé ressurgissait demain.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Je suis anthropologue de formation, alors je suis sensible à la dimension culturelle et sociale du monde qui m’entoure. Mes personnages sont souvent emportés par des forces ou des phénomènes qui les dépassent et les poussent à l’action. Pour moi, ils sont toujours plus que des personnages : ils sont ce que le monde a fait d’eux. Et en retour, ils tentent d’agir sur ce même monde pour parvenir à leurs fins. Je crois que la littérature a la capacité de proposer une réflexion sur l’actualité, l’Histoire ou l’être humain aussi pertinente que celle d’essais savants. Autrement, le courage, l’empathie et la solidarité m’inspirent beaucoup, surtout parce qu’ils sont porteurs d’espoir et de beauté.

Deux auteurs (québécois et étranger) avec qui vous prendriez le thé ?

Il y a en tellement que je pourrais faire une surdose de théine… Mais je dirais Gabrielle Roy et Marguerite Yourcenar. Avez-vous déjà vu leur regard ? C’est comme s’il laissait deviner toute la profondeur de leur univers littéraire. De leur humanité, aussi, ce qui revient peut-être au même. Pour moi, ces deux écrivaines incarnent ce que la littérature est capable de plus beau et de plus fort à la fois. Mais puisqu’elles sont toutes deux décédées, je crois que je devrai me contenter d’un dialogue imaginaire autour d’une seule tasse de thé. Ou bien relire leur autobiographie.

D’après vous, quelle est l’idée la plus fausse qu’on puisse se faire au sujet d’un écrivain ?

Que l’écrivain n’a qu’à se laisser porter par l’inspiration du moment dans une espèce de transe créatrice. En réalité, c’est une activité qui demande beaucoup d’énergie, de rigueur, de discipline (dans mon cas, du moins), et peut-être surtout de temps. Heureusement, l’écriture peut aussi être incroyablement gratifiante.

Qu’est-ce que cela vous fait de voir votre travail remarqué par les Prix littéraires du Gouverneur général ?

C’est toujours agréable de voir son travail reconnu par des pairs. En tant que jeune auteur, c’est comme si on me disait : «Continue ! Tu es sur la bonne voie». Mais il faut garder à l’esprit que les prix, peu importe lesquels, impliquent beaucoup de subjectivité, de timing, et qu’ils laissent dans l’ombre d’autres livres aussi méritants.

Un thème à aborder dans une prochaine œuvre ?

La question de la solidarité est très présente dans mes deux derniers romans, et elle le sera aussi dans mon prochain livre. Même s’ils développent des situations très différentes, ils montrent tous, chacun à leur façon, comment le lien social est une arme contre la souffrance et la barbarie. Cette fois, l’action se déroulera en banlieue, près d’un grand boulevard. Mon école secondaire était située à quelques pas du boulevard Taschereau, alors c’est un univers que je connais bien et qui est riche en possibilités.

Quel est l’avenir du livre, selon vous ?

Le livre de papier va peut-être disparaître un jour, mais jamais le désir de raconter et de lire des histoires. Tout simplement parce que l’être humain est ainsi fait. Évidemment, cette disparition hypothétique amène une foule de questions à propos de l’édition, de la diffusion des œuvres et des droits d’auteur, mais des solutions seront trouvées, j’en suis convaincu. C’est difficile de savoir ce que l’avenir nous réserve dans 10 ans, alors imaginez 50 ans ou 100 ans !

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Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.