Raconte-moi un auteur: Jean-Philippe Dupuis

Le poète Jean-Philippe Dupuis souhaite que l’état sauvage de notre monde reprenne du terrain sur notre terre.

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Jean-Philippe Dupuis (Photo : Pauline Dupuis)

Quel est votre rituel d’écriture? Quels sont vos rêves les plus fous? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de parler de leur métier. Toutes les entrevues de la série «Raconte-moi un auteur» sont accessibles ici.

Jean-Philippe Dupuis est l’un des cinq finalistes aux littéraires du Prix du Gouverneur général 2015, catégorie Poésie, pour son recueil Langue maternelle, publié au Lézard amoureux.

L’étincelle

Comment est né votre désir d’écrire, de créer? Des souvenirs d’enfance précis?

Des gribouillis d’enfants que je structurais en phrases et paragraphes sur des feuilles, je suis passé vers la fin de mon enfance à l’écriture de chiffres et de nombres en ordre croissant; des colonnes rédigées sur une tablette de feuilles jaunes. Me suis rendu dans les dix mille et quelque chose.

J’aimais ces feuilles et certainement j’aimais le geste d’écrire mais comme je n’avais rien à dire, à confier, c’étaient donc des nombres. Mon premier livre numérique. Puis sont venus les mots…

Le rituel

Où et quand vous installez-vous pour écrire, pour créer? À quoi ressemble votre espace de travail? Thé, café, boissons, objets fétiches?

Je ne m’assois pas pour écrire. Ce n’est pas un acte préparé d’avance. Cela peut se faire n’importe où et à n’importe quelle heure du jour. Principalement dans un carnet que je garde sur moi.

Écrire est d’abord une pulsion, une réaction à la montée des images en moi, images qui me prennent par le collet, me saisissent et pointent du doigt une feuille, un crayon. Écrire devient une obligation et tout doit s’arrêter, je dois suspendre ce que je fais. Ça n’a rien d’exceptionnel, c’est l’ébauche. C’est l’écriture qui se formule comme ça, c’est des façons de dire cette chose qu’on a fait rouler en soi un certain temps. On arrive à une sorte de rythme, un phrasé, une musique et puis, ben, il faut la noter.

On peut se la répéter parce qu’on a rien pour écrire, rien pour s’enregistrer. Par exemple, au volant de sa voiture, on ne peut s’arrêter, on se répète cela comme une sorte de mantra, je ne sais trop, ça devient très important. Il arrive qu’on oublie et c’est une blessure immense, quelque chose de très douloureux et si j’arrive à tout saisir sur papier, je me sens beaucoup mieux, me sens rassuré et je peux continuer à vivre si on peut dire sans trop exagérer sa pensée.

Et puis, oui, vient un temps où tout doit être rassemblé, recueilli et cela devient un long travail d’écriture, long puisqu’on n’avance pas d’un pas bien assuré dans sa langue. Un travail auquel j’accorde beaucoup de temps. Tous les mots sont tournés et retournés plusieurs fois. Comme des pierres. Et le dictionnaire historique de la langue française est là juste à côté.

L’ouvrage

Quel est le livre qui vous a marqué, qui a changé votre vie? Pourquoi?

Les Lettres à Théo, de Vincent Van Gogh. Parce que. Parce que c’est Vincent. Un esprit que j’admire. Un être extrêmement sensible, vulnérable, très intelligent, très cultivé, ouvert, amoureux, passionné et persévérant. Jusqu’au bout.

Le projet

Quel est votre prochain projet littéraire? Le ou les thèmes que vous prévoyez aborder?

Ce sera, je crois, et j’hésite à en parler, un livre d’entretiens avec des écrivains autour du poète Saint-Denys Garneau. Une sorte de suite au documentaire que j’ai réalisé il y a quelques années sur les dernières années de la vie de Garneau.

Le rêve

Vos rêves les plus fous! Pour le monde de la littérature (l’avenir du livre, par exemple), pour la société, pour votre entourage, pour les arts…

Je souhaite que l’état sauvage de notre monde, ce qu’il en reste, reprenne du terrain sur notre terre. Et cela touche l’aspect sauvage en nous. Le wildness dont parle Thoreau et cette lueur aussi que nous portons tous en nous quand nos yeux se posent sur de grands paysages. Qu’une place plus grande soit accordée au primitif, au brut, dans la littérature, l’art en général. Dans une sorte de désir d’harmonie, d’équilibre, de douceur.

Toutes les entrevues de la série «Raconte-moi un auteur» sont accessibles ici.


Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

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