Raconte-moi un auteur: Jean-Philippe Warren

«Que la culture soit un parc où aller flâner.» C’est le vœu de Jean-Philippe Warren, lauréat du Prix du Gouverneur général, catégorie Essai. 

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Jean-Philippe Warren (Photo : Allen McEachern)

Quel est votre rituel d’écriture? Quels sont vos rêves les plus fous? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de parler de leur métier. Toutes les entrevues de la série «Raconte-moi un auteur» sont accessibles ici.

Jean-Philippe Warren est lauréat des Prix littéraires du Gouverneur général pour son essai Honoré Beaugrand: la plume et l’épée (1848-1906), publié aux Éditions du Boréal.

L’étincelle

Comment est né votre désir d’écrire, de créer? Des souvenirs d’enfance précis?

 J’écris aujourd’hui comme j’ai dessiné enfant: c’est-à-dire dans la plus grande exubérance et le plus grand désordre. Adolescent, une fois abandonnée l’idée assez floue de devenir bédéiste, j’écrivais de longues lettres à ma grand-mère, qui vivait en France, et ces missives sont progressivement devenues le point de départ d’une pratique d’écriture qui m’a suivi jusqu’à aujourd’hui. Autre façon de dire que j’ai commencé ma carrière de sociologue comme épistolier. Il en reste sans doute quelque chose.

Le rituel

Où et quand vous installez-vous pour écrire, pour créer? À quoi ressemble votre espace de travail? Thé, café, boissons, objets fétiches?

 Mon espace de travail est minuscule, mais il déborde et tend à envahir chaque pièce de la maison. Les piles de documents s’accumulent sur mon bureau, les étagères, le plancher, à tel point que l’on ne peut marcher que péniblement à travers les obstacles qui jonchent le sol.

J’écris n’importe quand, n’importe comment, dans le silence de la nuit profonde ou au milieu des cris de mes enfants, au rythme des chansons de Led Zeppelin ou en écoutant à la radio des parties de hockey, en mangeant des crudités ou en jeûnant pendant des heures, en me levant constamment pour m’occuper d’autre chose ou me forçant à rester cloué à ma chaise tout une journée.

Écrire ailleurs que chez moi? Ça m’arrive; mais ce n’est jamais aussi simple et, pour ainsi dire, agréablement inconfortable. Un jour, j’écrirai Voyage autour de mon bureau, comme l’avait fait Xavier de Maistre pour sa chambre!

L’ouvrage

Quel est le livre qui vous a marqué, qui a changé votre vie? Pourquoi?

 Les chants de Maldoror, sans aucun doute. Ma grand-mère me l’avait offert pour mes 12 ans. Je l’ai lu comme un cauchemar, comme un traumatisme, comme une blessure. J’ai été hanté par ce texte pendant des années. J’en lisais des extraits à mes amis et nous imaginions ensemble les histoires les plus maléfiques. Je me demande encore comment ma grand-mère a pu croire me faire un cadeau en me donnant cet ouvrage.

Le projet

Quel est votre prochain projet littéraire? Le ou les thèmes que vous prévoyez aborder?

Après avoir terminé un ouvrage sur la contre-culture avec la sociologue Andrée Fortin, je souhaite écrire une histoire de l’amour au Québec, avec la professeure de littérature Marie-Pier Luneau. Toujours, c’est le Québec qui me fascine, cette drôle de société, cette presqu’Amérique, ce grand-petit peuple, ce clair-obscur culturel.

Le point de départ n’a, au fond, que peu d’importance. Les thèmes universaux ne sont pas l’exclusivité des civilisations anciennes. Chaque nation, chaque groupe, chaque personne peut vivre en soi tous les doutes et tous les espoirs de notre commune humanité.

Le rêve

Vos rêves les plus fous! Pour le monde de la littérature (l’avenir du livre, par exemple), pour la société, pour votre entourage, pour les arts…

Je rêve que la course à la marchandisation du monde s’arrêtera un jour. Que la forêt ne sera plus seulement du bois à débiter, la rivière un cours d’eau à harnacher, l’individu une ressource humaine à exploiter. Que la culture sera un parc où aller flâner. Je rêve, comme le poète, à un jour semblable à un oiseau sur la plus haute branche.

Toutes les entrevues de la série «Raconte-moi un auteur» sont accessibles ici.


Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

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