Raconte-moi un auteur : Linda Amyot

Quel est votre rituel d’écriture ? Avec quel auteur prendriez-vous le thé ? Quel est l’ouvrage qui vous a marqué ? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de parler de leur métier… et de ce qui les inspire. Linda Amyot, finaliste dans la catégorie «Littérature jeunesse — Texte», s’est prêtée à l’exercice.

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Linda Amyot (photo : Jacques Frenette)

Linda Amyot est finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général 2014 dans la catégorie «Littérature jeunesse — Texte» pour Le jardin d’Amsterdam (Leméac Éditeur).

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Comment est né le désir d’écrire chez vous ?

Deux événements particuliers ont sans doute eu une incidence majeure dans mon cheminement, car je m’en rappelle encore très bien aujourd’hui.

Le premier, c’était en 5e année. Nous avions eu un exercice, que j’avais adoré, qui consistait à compléter une phrase avec les premiers mots imposés par l’enseignante. Celle-ci avait lu mon texte à voix haute devant toute la classe en me félicitant. J’étais terriblement gênée mais, en même temps, contente de voir que je pouvais donner libre cours à mon imaginaire et que le résultat était (et serait) apprécié.

Le deuxième, c’était en secondaire 1. Nous devions lire L’enfant et la rivière, d’Henri Bosco, pour le cours de français. Je me souviens, en lisant certains passages, m’être dit qu’un jour, j’écrirais des textes qui laisseraient d’aussi belles images, d’aussi belles sensations dans l’esprit des gens.

Quel est votre rituel d’écriture ?

J’écris sur mon ordinateur, à mon bureau, dans le silence. Ma démarche est instinctive, organique, pas du tout rationnelle ou organisée.

Tout commence avec un personnage qui s’installe, s’impose. Je porte longtemps en moi, parfois même des années, l’élément déclencheur de son histoire avant de commencer à écrire la moindre ligne.

À partir du moment où j’ai la phrase ou l’image initiale, de même que la phrase ou l’image finale, tout s’enclenche. C’est comme si le texte avait macéré quelque part en moi, à mon insu, et qu’il était maintenant prêt à couler sur la page, mais sans rythme régulier.

Il peut arriver que je travaille à un manuscrit quelques heures pendant quelques jours de suite, puis je n’y touche plus pendant des semaines — parfois même des mois —, d’une version à une autre, avant d’arriver à la version finale.

Un ouvrage particulièrement marquant pour vous ?

Les nouvelles d’Ernest Hemingway. Pour cette écriture extrêmement dense, où tout se passe entre les lignes, sous les événements racontés, dans les silences et les non-dits entre les personnages, les regards et les gestes ébauchés, dans la texture particulière de l’atmosphère qu’Hemingway rend en peu de mots. Pas d’explications inutiles, pas de verbiage, pas un mot de trop. Chacune de ses nouvelles, finement ciselée, fait appel à l’intelligence et à la sensibilité du lecteur.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Oh ! Tant de choses… Très souvent un détail, une photo dans un magazine, une anecdote que me raconte quelqu’un, un fait divers dans le journal, un événement anodin… La complexité des liens entre les gens. Les incidences d’un choix de vie, d’un geste posé sur les gens autour.

Deux auteurs (québécois et étranger) avec qui vous prendriez le thé ?

Voilà certainement la plus difficile de vos questions ! Et d’abord, pourquoi avoir envie de les rencontrer ?

Pour parler littérature et pratique d’écriture ? Depuis une quinzaine d’années, j’ai réalisé des entrevues de fond pour le magazine littéraire Nuit blanche avec de nombreux écrivains dont j’aime beaucoup le travail, comme Louise Dupré, Sylvie Massicotte, Neil Bissoondath, Élise Turcotte, Aki Shimazaki, la Canadienne Jane Urquhart, la Néerlandaise Anna Enquist, etc. D’autres entrevues sont en préparation, alors je suis plutôt gâtée de ce côté.

Néanmoins, j’aimerais bien avoir le plaisir de discuter avec de grands auteurs de polars : l’Islandais Arnaldur Indridasson, les Écossais Ian Rankin et Philipp Kerr, le Suédois Henning Mankell et l’Anglais John Harvey, par exemple. J’adore suivre un même enquêteur d’un roman à l’autre, mais je n’aurais aucun talent pour ce genre littéraire, alors ces auteurs me fascinent.

Ou alors, serait-ce pour découvrir la personne derrière l’écrivain ? Parler de choses et d’autres ? Alors je serais heureuse de bavarder avec les Canadiens Elizabeth Hay et David Bergen, les Britanniques Anita Brookner et Joseph Connolly, la Norvégienne Herbjørg Wassmo, la Canadienne d’origine britannique Helen Humphreys, l’Espagnol Antonio Muñoz Molina. Et, s’il était possible de réunir quelques fantômes autour d’une table, j’inviterais Hemingway (sans oublier le mojito !), Anne Hébert et Gabrielle Roy.

D’après vous, quelle est l’idée la plus fausse qu’on puisse se faire au sujet d’un écrivain ?

Sans doute celle que l’inspiration lui tombe dessus et qu’il n’a pas d’autres efforts à fournir, de travail à faire.

Qu’est-ce que cela vous fait de voir votre travail remarqué par les Prix littéraires du Gouverneur général ?

Lorsque mon premier roman pour la jeunesse, La fille d’en face, a remporté plusieurs prix littéraires en 2011, j’étais ébahie. J’avais mis tant d’années et rédigé tant de versions avant d’arriver à la version finale que je ne savais plus quel jugement porter sur mon travail.

Je croyais aussi que je n’arriverais jamais à écrire un deuxième roman jeunesse qui soit autant apprécié. Ça m’a paralysée pendant plusieurs mois. Jusqu’à ce que je me rende compte que cette belle réception critique était fort agréable, mais que ce n’était pas pour ça que j’écrivais ; que l’essentiel était de continuer à écrire cette histoire d’une adolescente et d’une vieille femme à une croisée de leurs chemins, une histoire qui toucherait de jeunes et peut-être de moins jeunes lecteurs. Alors oui, dans cette perspective, je suis particulièrement fière que Le jardin d’Amsterdam ait été retenu par le jury.

Un thème à aborder dans une prochaine œuvre ?

Je n’écris jamais à partir d’un thème, mais bien avec un personnage qui insiste pour s’exprimer. Dans le prochain roman jeunesse, ce personnage sera sans doute un adolescent, Adrien, qui me harcèle depuis que j’ai terminé Le jardin d’Amsterdam. Mais comme je suis à travailler le manuscrit d’un quatrième roman de littérature générale, Adrien doit attendre…

Quel est l’avenir du livre, selon vous ?

Le livre perdurera, bien sûr ! Peut-être est-ce parce que je suis une lectrice à l’ancienne qui a besoin de toucher le papier, de tenir l’objet entre ses mains et qui refuse les versions électroniques, mais je n’arrive pas à sombrer dans le pessimisme et à croire à la mort du livre.

Votre relation avec vos lecteurs ?

Il m’arrive d’avoir l’occasion de bavarder avec des lecteurs — adolescents ou adultes — et, à chaque fois, je trouve ça très plaisant. Je suis toujours surprise de découvrir ce qu’ils ont aimé ou moins aimé dans mes textes, comment ils ont interprété tel ou tel passage, etc.

Lors d’une rencontre avec les membres du club de lecture d’une école secondaire, par exemple, quelques lectrices insistaient pour savoir ce qu’Élaine et Lena, les personnages de La fille d’en face, s’étaient dit à la toute fin, une fois la porte de la chambre refermée. J’ai refusé, les renvoyant à ce qu’elles imaginaient comme lectrices. Car, à mes yeux, c’est ça l’important : ouvrir des voies à l’imaginaire des autres.

 

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Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

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