Raconte-moi un auteur : Marianne Dubuc

Quel est votre rituel d’écriture ? Avec quel auteur prendriez-vous le thé ? Quel est l’ouvrage qui vous a marqué ? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de parler de leur métier… et de ce qui les inspire. Marianne Dubuc, finaliste dans la catégorie «Littérature jeunesse – Illustrations», s’est prêtée à l’exercice.

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Marianne Dubuc (photo : Mathieu Lavoie)

Marianne Dubuc est finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général 2014 dans la catégorie «Littérature jeunesse – Illustrations» pour Le lion et l’oiseau, texte de Marianne Dubuc (Les Éditions de la Pastèque).

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Comment est né le désir de créer chez vous ?

J’ai toujours aimé inventer des histoires et dessiner. Ma mère ne m’a jamais refusé de crayons (elle disait souvent que j’étais «la petite fille avec le plus de crayons en ville»), et je dessinais partout, tout le temps. Dessiner et créer, c’est une habitude que j’ai depuis longtemps !

Quel est votre rituel de création ?

Je suis maman à la maison, et j’ai commencé à faire des livres en même temps que j’ai commencé à être maman, ou presque. J’ai donc pris l’habitude de travailler le soir et de nuit, pendant que les enfants dorment. Mon rituel est assez terre à terre, et très efficace, pour utiliser au maximum les 30 minutes de sieste des enfants, ou les quelques heures de fin de soirée. Comme je passe mes journées avec les enfants, la recherche se fait tout naturellement, avec eux. C’est intense, mais je n’aurais pas fait autrement.

Mon conjoint est aussi dans le milieu de l’édition, et nous travaillons ensemble depuis plusieurs années. C’est bien pratique d’avoir une telle personne à ma disposition pour remettre les choses en perspective, et ce, même à 1 h du matin !

Un ouvrage particulièrement marquant pour vous ?

Les habits-oiseaux, d’Anne-Marie Chapouton (illustré par Noëlle Herrenschmidt), aux éditions du Père Castor.

C’est un livre que j’avais quand j’étais petite. Outre le fait qu’il me représente assez bien (la petite fille de l’histoire a du mal à garder sa chambre en ordre, et sa mère lui offre un porte-manteau où ses «habits-oiseaux» pourront se percher… ça me ressemble beaucoup !), je me souviens d’avoir beaucoup aimé les illustrations, les couleurs… Ce livre, je l’ai perdu avec le temps, et je n’ai jamais pu le relire. Pourtant, je me souviens avoir aimé la folie de l’idée des habits-oiseaux. Et quand je pense aux livres jeunesse, ce livre me vient en tête à tout coup. J’imagine qu’il a dû me donner le goût d’inventer des histoires à mon tour.

Et je cherche toujours un porte-manteau de ce genre, si quelqu’un en a un qui traîne…

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Mon quotidien, évidemment. Et aussi mon enfance. Mes souvenirs. J’aime beaucoup les souvenirs, les histoires qui ont fait ma vie et ce que je suis. Sans être une nostalgique, j’aime me rappeler et garder avec moi les différents moments de ma vie. C’est une nostalgie souriante, disons (et on peut insérer ici un petit bonhomme sourire).

Deux auteurs (québécois et étranger) avec qui vous prendriez le thé ?

Gerda Muller, parce que ses livres au Père Castor m’accompagnent depuis que je suis toute petite. J’ai récemment regardé une entrevue avec elle, alors qu’elle refaisait Boucle d’or et les trois ours, et sa méthode de travail et de création m’inspirent beaucoup.

Réjean Ducharme. Simplement parce que j’ai adoré ses livres adolescente, où pour la première fois, je me reconnaissais dans un style et dans un univers. Depuis, peu d’auteurs m’ont fait le même effet.

D’après vous, quelle est l’idée la plus fausse qu’on puisse se faire au sujet d’un créateur ?

Hum… je pense qu’une chose qui impressionne les gens, c’est notre capacité à inventer des univers… Et en fait, je suis tout aussi impressionnée par les musiciens. Pour moi, c’est complètement mystérieux qu’une personne puisse inventer un air de musique dans sa tête. Pourtant, les gens me disent la même chose de mon travail.

Qu’est-ce que cela vous fait de voir votre travail remarqué par les Prix littéraires du Gouverneur général  ?

C’est, évidemment, un grand honneur ! (Je ne sais pas quoi dire de plus, ça résume tout !)

Un thème à aborder dans une prochaine œuvre ?

Je n’ai pas de thème précis en tête pour le moment. Ce qui est certain, c’est que le temps, l’amitié et les voyages sont souvent présents dans mes histoires. Lorsque je commence un nouveau projet, je ne sais jamais où il me mènera. Je laisse mes idées se former, et le thème apparaît de lui-même. La prochain sujet de mes livres sera donc une surprise pour moi, comme pour vous !

Quel est l’avenir du livre, selon vous ? 

Je suis une optimiste. Je vois difficilement comment on pourrait remplacer l’expérience de la lecture d’un livre jeunesse imprimé, qu’on parle de la manipulation de l’objet, de l’émerveillement pour un tout-petit lorsqu’il en tourne les pages ou des formats variés qui permettent aux créateurs de surprendre et d’innover. Le livre jeunesse est en fait un espace de création littéraire en pleine effervescence. En ce qui concerne la littérature adulte, c’est une autre paire de manches. Le médium est appelé à changer, bien que, personnellement, je reste une amoureuse du livre papier.

Votre relation avec vos lecteurs ?

Un des aspects de mon travail qui me plaît particulièrement, c’est de rencontrer mes lecteurs, justement ! Mon public étant très jeune (de 2 à 8 ans pour le moment), les rencontres sont toujours pleines de surprises et de sincérité. J’aime voir leur approche de mon travail, et la façon qu’ils ont de se l’approprier. Les tout-petits n’ont pas de réserve face à un livre, ils en font ce qu’ils veulent, et ça me plaît beaucoup.

Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

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Nous avons trois livres d’elle à la maison, de loin mes préférés. Son trait de crayon est simple mais juste, et ses histoires sont fantastiques. De la belle ouvrage, dirait ma grand-mère.