Raconte-moi un auteur: Martine Audet

L’auteure du recueil tête première / dos / contre dos souhaite que nous soyons toujours du côté de l’éclaircie.

martine audet
Martine Audet (Photo : archives personnelles)

Quel est votre rituel d’écriture? Quels sont vos rêves les plus fous? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur Général de parler de leur métier. Toutes les entrevues de la série «Raconte-moi un auteur» sont accessibles ici.

Martine Audet est finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général pour son recueil de poèmes tête première / dos / contre dos, publié au Noroît.

L’étincelle

Comment est né votre désir d’écrire, de créer? Des souvenirs d’enfance précis?

J’ai su qu’il y avait un langage possible pour moi lorsque j’ai entendu une professeure nous lire des poèmes dans un cours, au secondaire. Puis au début de la trentaine, alors que j’étais dans une sorte de stupeur, d’impossibilité d’être, quelques vers de François Charron trouvés dans un journal ont fait ressurgir cette étrange certitude et transformé la stupeur en étonnement, en interrogation. Rapidement lecture et écriture de poèmes sont devenues cette expérience du comment vivre, du comment dire, que je poursuis jusqu’à maintenant.

Le rituel

Où et quand vous installez-vous pour écrire, pour créer? À quoi ressemble votre espace de travail? Thé, café, boissons, objets fétiches?

J’écris surtout le matin, avant d’aller travailler et les jours de congé. Les contraintes ont créé une certaine discipline, cette discipline a, à son tour, créé un certain mouvement.

Mon espace de travail est une demi-pièce un peu sombre et chargée. Il y a l’ordinateur sur lequel j’écris, une pile de calepins, des crayons plus ou moins utilisés, quelques pierres, des papiers, des livres, bien sûr, du désordre. Je ne pourrais m’y perdre, mais, il me semble, que je pourrais m’y oublier facilement.

Il y a quelque temps, j’ai fixé à la porte de mon bureau une vieille boîte aux lettres achetée dans une brocante. Elle était identifiée par un irrésistible: MME A. Elle semble attendre lettres et mots. Mais je crois qu’elle est devenue, placée ainsi à l’entrée de ce petit espace d’isolement, le symbole de ce passage entre monde intérieur et monde extérieur que je cherche à maintenir ouvert par l’écriture du poème.

L’ouvrage

Quel est le livre qui vous a marqué, qui a changé votre vie? Pourquoi?

Je ne sais s’ils ont changé ma vie (comment savoir?), mais certains livres m’ont permis d’aller plus avant dans mes intuitions et expériences, un peu comme s’ils m’en donnaient la permission. Je pense, entre autres, aux œuvres de Paul Celan et de Gertrude Stein. D’autres livres (L’espèce humaine de Robert Antelme, par exemple) ont plus particulièrement avivé l’attention au fait d’être vivant, d’être mortel, aux conséquences de cela… aussi au faire et à la nécessité de continuer.

Le projet

Quel est votre prochain projet littéraire? Le ou les thèmes que vous prévoyez aborder?

Ma prochaine publication sera un livre de poèmes autour du comment être au monde. Un travail sur les élans, entre désespoir et émerveillement, effacement et fulgurance, une articulation, désarticulation, des transparences et des opacités. Il devrait paraître à l’automne 2016 avec quelques dessins de l’artiste Élise Palardy.

Le rêve

Vos rêves les plus fous! Pour le monde de la littérature (l’avenir du livre, par exemple), pour la société, pour votre entourage, pour les arts…

Rêver, comme écrire des poèmes, est, dans ce monde plutôt hostile, une folie. Mais certainement, comme je l’ai entendu dans un de mes rêves, une folie qui nous sauve de la folie. Mon rêve? Je voudrais que nous soyons en tout et toujours du côté de l’éclaircie.

Toutes les entrevues de la série «Raconte-moi un auteur» sont accessibles ici.


 Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.